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15 décembre 2008 1 15 /12 /décembre /2008 16:24



Le 24 août dernier, trois nervis racistes d'extrême droite furent arrêtés aux Etats-Unis, à Denvers. Ils avaient le projet d'y assassiner Barack Obama, le candidat du parti démocrate (gauche libérale) pour l'élection présidentielle du mois de novembre prochain. L'occasion pour l'hebdomadaire belge Télémoustique de proposer à ses lecteurs une radioscopie de l'ultra droite raciste, nationaliste et terroriste d'outre-Atlantique. Avec l’éclairage de ResistanceS.be, le web-média de l'Observatoire de l'extrême droite. Voici des extraits de l'entretien que Manuel Abramowicz accorda sur ce sujet au journaliste Pascal De Gendt de Télémoustique.



Avec l'aide notamment de ResistanceS.be, l'hebdomadaire belge Télémoustique a récemment proposé à ses lecteurs un voyage dans l'Amérique fasciste, suite au projet d'assassinat du premier possible président afro-américain de l'Histoire des Etats-Unis © Télémoustique.



Aux Etats-Unis, l'image incarnée de l'extrême droite est celle des cagoules et des tuniques blanches du Ku Klux Klan (KKK). «Il existe une multitude de branches, de chapelles qui se réclament du KKK. Mais il n'y a plus d'organisation klaniste unifiée», explique Manuel Abramowicz, coordinateur de l'Observatoire belge de l'extrême droite.

«Certaines chapelles du KKK continuent le ''folklore" d'antan qui caractérisait cette vieille organisation raciste et violente : port de cagoules et cérémonie de la croix brûlée. D'autres branches klanistes se sont transformées en organisations néonazies pures et dures. Ces groupuscules prônent la violence armée contre les Noirs et les Juifs. Ces derniers, dans leur ''mythologie'', se cachent sous le vocable du ZOG (Zionist Occupation Government). Une partie des mouvements d'extrême droite aux Etats-Unis ont par ailleurs, légalement, pris la forme de milices paramilitaires».

«Les activistes de l'extrême droite américaine vivent souvent reclus, de manière sectaire, dans des propriétés privées transformées en camps retranchés. C'est de là que venait Tim McVeigh, l'auteur de l'attentat à Oklahoma City», continue Manuel Abramowicz. «Le 19 avril 1995, veille de la célébration de la naissance du ''Führer'' Adolf Hitler, ce terroriste d'extrême droite faisait exploser un bâtiment fédéral, provoquant la mort de 168 victimes innocentes. Tim McVeigh a agi seul. Mais, pour avoir été fourni en armes et explosifs, il devait faire partie d'une organisation dont il n'a été que le bras armé. Il a été idéologiquement formé pour commettre ce type d'attentats».

Pour le raciste qui rêve de passer à l'action, les Etats-Unis sont en tout cas un vrai paradis au regard de ce que connaît l'Europe. On y trouve beaucoup plus facilement des groupuscules violents, parfois folkloriques mais souvent bien structurés, et armés...


Guerre ethnique
«La progression démographique inquiète obsessionnellement l'ultradroite blanche américaine. Les mouvements néofascistes états-uniens craignent que les Blancs ne deviennent qu'une minorité parmi les autres minorités. La thèse de la guerre ethnique aux USA traverse toute l'extrême droite américaine, comme en Europe d'ailleurs», explique Manuel Abramowicz. «Un de leurs ouvrages de référence est "Les Carnets de Turner", écrits dans les années 70 par William Pierce, sous le pseudonyme d'Andrew Macdonald, leader du groupuscule Alliance nationale. Les récits d'attentats et de meurtres de Noirs constituent le corps de cet ouvrage qui trouve également un écho jusque chez nous. A Bruxelles, des exemplaires de ce livre appelant à la haine raciale étaient vendus sous le manteau, dans un restaurant de la rue Blaes » (Note de RésistanceS.be : voir notre encadré ci-dessous).

Cette idéologie séduit plutôt les laissés-pour-compte de l'ultralibéralisme, une population généralement rurale qui trouve dans cette haine raciale un exutoire à ses propres problèmes. Si de nombreux conflits idéologiques ou de personnes empêchent heureusement une unification de cette extrême droite violente, les différents courants partagent tous des idées «suprémacistes», antisémites et antiétatiques. «Adeptes de la théorie du complot et traversés de courants paranoïaques, les militants de l'ultradroite raciste nationaliste doivent paniquer à l'idée d'avoir un jour un président noir. Cette perspective peut être un facteur de redynamisation pour l'ultradroite raciste blanche».




Aux Etats-Unis, il y a une myriade d'organisations, souvent groupusculaires, se revendiquant ouvertement – et légalement ! - du nazisme. C'est le cas du NSDAP-AO. S'auto-désignant comme le parti hitlérien allemand reconstitué outre-Atlantique, le NSDAP-AO bénéficie de «sections» ou de correspondants en Europe. En France, il s'agit du Mouvement national-socialiste français (MNSF). Ce groupuscule est lié en Belgique au Front Eolh-Belgica, formé des nazis-skins de Konflikto 28. Ces derniers avaient apporté leur soutien au mouvement Nation. Désormais, ils semblent soutenir le nouveau Front national... - Document : ResistanceS.be – Observatoire de l'extrême droite (www.resistances.be).



Danger relatif


Un de plus. Ces dernières années, la guerre contre le terrorisme islamique et l'afflux d'immigrés mexicains et sud-américains leur ont en effet déjà servi. Sans oublier les tonalités très religieuses qu'a pu prendre, à certains moments, la politique des années Bush. «C'est vrai qu'une organisation comme l'Eglise mondiale du Créateur, par exemple, exerce une réelle influence sur les skinheads néonazis. Jusqu'en Belgique d'ailleurs, où une ''section'' de cette secte politico-religieuse néonazie a existé. Mais comme c'est souvent le cas en Europe, l'extrême droite américaine est une armée mexicaine: il y a plus de personnes qui veulent devenir général que de troupes et de soldats. Les divisions entre les différents courants nationalistes américains sont profondes, datent parfois de plusieurs dizaines d'années, et sont donc presque impossibles à gommer. Mais ceci n'exclut pas une possible répétition d'actions aveugles et terroristes visant Barak Obama, à l’instar du projet de l'assassiner lors de la convention démocrate de Denver, à la fin du mois d'août», conclut Manuel Abramowicz.


Roger Martin, auteur du livre de référence «AmeriKKKa, voyage en Amérique fasciste», ne se dit pas trop inquiet. «Des tentatives de paumés sont toujours possibles, mais les gens vraiment dangereux sont surveillés. De plus, pour être un peu iconoclaste, je rappellerai d'abord que tout le discours d'Obama ne déplaît pas à l'ultradroite. Il s'est, par exemple, fait le chantre de la NRA, le puissant lobby des armes, et a attaqué Hillary Clinton sur son idée de contrôler la vente d'armes».


Si Obama remporte l'élection, Roger Martin est d'ailleurs persuadé que les partisans du mouvement pour les droits civiques ne seront pas les seuls à crier victoire: «Pour les extrémistes, l'élection d'Obama serait du pain bénit. Elle serait une opportunité formidable de mobilisation».


Ce paradoxe suffira-t-il à l'immuniser contre ces balles qui ont déjà fauché quelques-uns de ses prédécesseurs?


[extrait de l'article-entretien de Pascal De Gendt, publié dans l'hebdomadaire belge Télémoustique, du 3 septembre 2008, pages 30 à 34]




«The Turner Diaries»... vendu à Bruxelles !

Aux Etats-Unis, les extrémistes de l'Amérique fasciste et raciste ont leur livre de chevet. Il s'agit d'un roman intitulé «The Turner Diaries». Il a été écrit il y a trente ans déjà, en 1978 (certaines sources parlent de l'année 1976). Son auteur est un certain Andrew Macdonald, un nom derrière lequel se cachait le docteur William L. Pierce (1933-2002). En 1974, cette personnalité de la politique nord-américaine de l'ombre fonda la National Alliance, un groupuscule nationaliste radical peu avare de témoignages de sympathie envers le nazisme d'Adolf Hitler. Cette alliance nationale existe toujours de nos jours pour défendre la «race blanche».

Le roman de son dirigeant-fondateur relate l'histoire d'un «résistant blanc», Earl Turner, dans un pays sous la coupe du multiculturalisme. Turner, un ingénieur électricien sans histoire, va pourtant un jour prendre les armes contre le gouvernement américain vendu au «cosmopolitisme». C'est sa haine de l'oligarchie et de la démocratie qui sera le moteur de sa croisade contre les ennemis désignés de l'Amérique blanche : les progressistes, les Noirs et les Juifs. La guerre d'Earl Turner sera totale. Terroriste et sans pitié, ce voyage au cœur de la guerre ethnique est guidé par le journal de bord de ce Turner.

Le roman politique de Pierce est devenu depuis la référence des militants de base du néonazisme et de l'antisémitisme nord-américain. Il a été vendu à plus de 500.000 exemplaires. Plus qu'une histoire romancée, il est considéré comme un «Manuel de survie» à l'invasion étrangère du sol national américain sous le contrôle des Juifs. Tous les adeptes du «terrorisme noir» utilisent «The Turner Diaries» comme référence pour endoctriner les futurs guerriers blancs de la lutte armée. L'extrême droite des USA n'est pas la seule du globe à avoir pris pour argent comptant l'histoire d'Earl Turner. Même si ce livre a été interdit dans de nombreux pays.

Le livre de William Pierce a été traduit et édité voici déjà plusieurs années en langue française par Henri de Fersan, un publiciste d'extrême droite français. Connu sous le titre «Les Carnets de Turner» (parfois référencé comme «Le Journal de Turner»), cette édition est illustrée par Chard, la caricaturiste vedette de l'extrême droite française, du journal national-catholique Présent à l'hebdomadaire Rivarol (sur Chard, lire sur ResistanceS.be l'article «Rivarol, Chard et leurs amis n'aiment pas les Juifs»).

Depuis lors, la version française se lit abondamment chez les partisans de l'Ordre nouveau. En 2003, «Les Carnets de Turner» pouvaient s'acheter, pour la somme de 20 euros et avec une dédicace d'Henri de Fersan, dans un restaurant bruxellois de la rue Blaes, dont le propriétaire était alors connu pour ses sympathies pour l'extrême droite. La diffusion en Belgique de l'édition française du roman raciste préconisant le terrorisme était alors prise en charge par un vieux propagandiste d'écrivains fascistes, comme le prouve un document de promotion en possession de la rédaction de ResistanceS.be. Cet individu est toujours actuellement actif, notamment en soutenant le mouvement Nation. Un mouvement d'extrême droite qui, sans doute converti au politiquement correct par opportunisme, dit rejeter pourtant toutes références trop «guerrières».



Alexandre Vick

http://www.resistances.be/edetatsunis.html

Observatoire belge de l'extrême droite

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Published by Perceval - dans Société
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«En chacun de nous existe un autre être que nous ne connaissons pas. Il nous parle à travers le rêve et nous fait savoir qu'il nous voit bien différent de ce que nous croyons être.»

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