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21 décembre 2008 7 21 /12 /décembre /2008 15:10

Inédite en librairie - L'Enquêteuse - la dernière bande dessinée de Pichard vient d'être publiée à titre posthume. Dans cette œuvre érotique et libertaire, le pied occupe la place centrale. Saviez-vous qu'il était possible de faire l'amour avec le gros orteil ?


Pichard3


Il arrive souvent que pendant la jouissance, suivant le «réflexe de Babinski», le gros orteil se mette en extension. Il arrive aussi que les doigts de pied s’ouvrent en éventail ou, comme disent certains, «en bouquet de violette», tordus, écartés, dressés de façon suggestive… Le dessinateur Georges Pichard (1920-2003) aimait beaucoup les gros orteils.


Dès les années 50, il dessine les pieds de femmes aux chevilles solides, cambrés dans des carcans qui symbolisent la censure. Anti-clérical acharné, précurseur de la BD pour adultes en France, Georges Pichard s’en prend aussi bien aux curés, qu’aux juges, aux flics et aux nantis dans des récits influencés par la littérature libertine.


Pichard2


On retrouve dans ses bandes dessinées la même critique philosophique et politique que dans les romans révolutionnaires du XVII et XVIIè siècles : Venus dans le cloitre (Chavigny de la Bretonnière), La ReligieuseLes Infortunes de la vertu (Sade). (Diderot),

 

 

Pichard


Pour Georges Pichard, les tabous sont la cause de toutes les déviances et les tyrans qui régissent nos vies sexuelles (ayatollahs, prêtres, censeurs, bien-pensants, pères et mères de famille modèles) sont souvent les premiers à commettre dans l’ombre les pires des ignominies.


Comment lutter dans cet inégal rapport de force ? A coups d’orteils. Georges Pichard impose une image de femme qui a les pieds sur terre et les fesses dans la braise : ouvrant la voie de la libération sexuelle, ses heroïnes revendiquent dans toutes les positions le droit à la jouissance. Belles, fortes, bien charpentées, elles triomphent de tous les abus avec une extraordinaire vitalité sensuelle et la capacité, triomphante, de tirer du plaisir de leurs bourreaux eux-mêmes. Voilà les violeurs bien attrapés. Ils voulaient les avilir. Ils se retrouvent subjugués par ces ogresses aux pieds magiques, qui peuvent ouvrir des braguettes avec leurs orteils agiles, pincer le frein entre deux doigts de pied, masser les testicules avec le gras de leur plante et pressurer voluptueusement le gland entre leurs voutes plantaires.


Aux Etats-Unis, on appelle cette pratique footjob. C’est l’équivalent podo-érotique de la masturbation à la main (handjob) ou à la bouche (blowjob). Blanche Epiphanie, Paulette, Lolly Strip, Gabrielle de St-Eutrope et la petite dernière – Clorinde – mettent donc joyeusement les pieds dans le plat, c’est à dire qu’elles font jouir les hommes d’un talon énergique, en piétinant tous les interdits. La seule manière de se battre, en clair, serait donc de «prendre son pied». Ce que les filles font, avec la jambe tendue sous la table, en disant des choses joyeusement vulgaires du style «Tiens t’as pas de culotte», «J’en mets jamais ça me coupe la respiration. Et toi j’sens que t’es dans le même genre.» Le pied sert donc aussi de gode, quand sa taille le permet. On appelle ça footfucking. En français : «donner un coup de pied dans les… conventions.»


Quand George Pichard dessine sa dernière œuvre, le pied bien cambré de son heroïne ne cesse de se fourrer entre les cuisses des hommes, à la façon d’un pénis qui chercherait son égal. Clorinde trouve fort peu de partenaires à la hauteur. «Vu tes performances, tu pourrais me remercier de m’intéresser encore à ton misérable machin» dit-elle au proxénète qu’elle stimule pensivement du bout de ces puissants orteils.


Clorinde enquête sur des disparitions mystérieuses. Son enquête la mène jusqu’à la demeure d’un puissant notable de province qui utilise sa fortune pour droguer, kidnapper et torturer des femmes dans une sorte de pénitencier nommé le Purgatoire. Soi-disant pour «laver les péchés du monde», les malheureuses subissent toutes sortes de punitions dont se régale le maitre des lieux. Clorinde se fait prendre elle aussi au piège de cette secte mais à la fin, la morale (athée) est sauve : elle retrouve sa liberté. Et elle s’envoit en l’air.


L'Enquêteuse date de 1996. Georges Pichard préparait la couverture de cette bande dessinée quand il fut frappé d’un accident vasculaire cérébral. Il faut donc la lire comme une sorte de testament spirituel, porteur d’un message aussi fort que celui de ce texte intitulé Le Gros Orteil, rédigé en décembre 1929 par Bataille.


Dans cet essai, Bataille rappelle que l'homme se distingue du singe arboricole par la forme de son pied : tous les doigts y sont alignés. C'est grâce à cette assise ferme qu'il bénéficie de «cette érection dont l'homme est si fier». Et pourtant, l'homme méprise son pied : «l'homme qui a la tête légère, c’est-à-dire élevée vers le ciel et les choses du ciel, le regarde comme un crachat sous prétexte qu'il a ce pied dans la boue.» Le refus du sexe, la haine de notre corps, le rejet de tout ce qui peut nous procurer du plaisir, voilà ce que nous devons combattre sans cesse. Mais l’orteil heureusement est là pour nous rappeler à nos devoirs d'êtres humains, pour nous rappeler que sans lui nous ne serions que des singes.


L'Enquêteuse, de Georges Pichard, éd. Dynamite (La Musardine), 14,50 euros.

 

http://sexes.blogs.liberation.fr/agnes_giard/2008/12/eloge-du-gros-o.html

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Published by Perceval - dans SEXO
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«En chacun de nous existe un autre être que nous ne connaissons pas. Il nous parle à travers le rêve et nous fait savoir qu'il nous voit bien différent de ce que nous croyons être.»

«Ce qu'on ne veut pas savoir de soi-même finit par arriver de l'extérieur comme un destin.»

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