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2 avril 2009 4 02 /04 /avril /2009 14:14
Il existe des numéros surtaxés permettant de faire l’amour par téléphone. Officiellement, les jeunes filles qui répondent sont des Françaises célibataires qui cherchent un petit copain. Dans la réalité, ce sont des Roumaines qui travaillent pour un call center.



Le soir à la TV, il y a souvent ces publicités pour des N° de téléphone en 08 90 pour "sortir avec une fille chaude" : "Viens je t'attends", “tu aimes mon petit minou” et autres teasers assortis de mimiques vulgaires… Ni une ni deux, si vous composez le N° vous tombez sur une jeune fille fraiche qui se met à causer de cul. Qui est-elle? Généralement, une étudiante vivant à Prague ou Bucarest et finançant ses études à l’aide d’un boulot d’appoint. Prenez Elena, par exemple.


Etudiante en sciences politiques, Elena a longtemps travaillé dans un centre d'appel pornographique à Bucarest (Roumanie). Trois nuits par semaine, elle émoustillait ses clients français via le téléphone ou le net. Et son témoignage en live, sidérant de bonne humeur, a été enregistré sur Arte Radio qui dévoile les coulisses de cette étrange industrie.


L’auteur du reportage, Julien Trambouze, explique: «Elena était une amie d’ami. A l’époque où elle a travaillé (quelques mois) dans le centre d’appel, elle ne se vantait pas trop de ce boulot. C’était pour payer ses études. J’ai mis plusieurs semaines à la convaincre de s’enregistrer sur son lieu de travail. Elle ne se préoccupait pas de l’image que ça renvoyait d’elle («Un job un peu trashy dans un pays pourri», ce sont ses mots), mais davantage de perdre son travail si on découvrait qu’elle était enregistrée. J’ai donc décidé de lui poser un micro-cravate très discret et un petit enregistreur qu’elle devait glisser dans la poche.


Plusieurs nuits de suite, Elena enregistre donc des bouts de dialogues “hot” qu’elle commente d’une voix flutée. Son travail, essentiellement, consiste à flatter
: «Je suis sûre que tu es un gars plein de douceur qui sait bien faire jouir les filles.» «Oh, j’adore ton prénom, Antoine, il est très classe». Après quoi, Elena encourage: «J’aimerais bien que tu me montres comment tu te caresses.» «Fais tourner ton doigt dans mon petit cul, ah, comme ça, ça te plait?».


Hélas, certains interlocuteurs se mélangent les pinceaux. Pénétrant Elena avec des mots qui se chevauchent, ils s’y prennent parfois si mal qu’elle doit les rabrouer: «C’est ma bouche ou mes fesses? Tu peux pas avoir les deux en même temps, je suis pas extra-terrestre moi.» Parfois aussi, d’une voix innocente, Elena les entraine dans des contrées étranges: «C’est mon tour de te donner la fessée là.» «Ohhhh, tu vas me menotter c’est ça ?».


Quand l’appel s’achève, Elena enchaîne sur un autre ou bien envoie des SMS. Parfois les deux en même temps. Le centre d’appel porno pour lequel elle travaille possède aussi un système de dialogue «pour trouver ta petite copine», ainsi que des webcams permettant à la fois de voir et de parler à une beauté de rêve. La plupart des webcams sont des montages habiles. La beauté, généralement, ne sait pas parler Français. C’est Elena, hors champ, qui fait du doublage de voix. Tandis que la strip-teaseuse se déshabille devant la caméra, elle traduit les messages du voyeur - «Il veut voir tes fesses» -, puis répond à la place de la fille, afin que l’illusion soit sauve: de l’autre côté de son écran, le client doit rester persuadé qu’il a affaire à d’authentiques voisines de palier. Dans ce centre d’appel, une usine à gaz, les mâles en chaleur font tourner la machine à raison de plusieurs centaines d’appel par jour. C’est du sex call industriel.


«Le système est bien organisé, explique Julien Trambouze. Il y a des postes de travail, style box. Sur l’ordinateur, les filles reçoivent les SMS, et elles y répondent via l’interface d’un logiciel. Au même moment elles peuvent dialoguer au téléphone, soit en laissant des messages par répondeur interposé ou en dialoguant en direct. Les deux activités sont différentes, et le but aussi, le SMS c’est pour des pseudos «relations sérieuses», du genre on flirte par SMS en faisant connaissance, le client pense un jour rencontrer une vraie femme.


Pour le téléphone c’est du sexe.
 Donc oui, d’une certaine manière c’est une ambiance de rédaction.

 Pour la webcam, c’est différent, c’est dans une pièce à part. Il y a un matériel pour faire du direct sur Internet, Elena, elle, s’occupe de traduire en off, les désirs de l’homme derrière sa webcam. Elle fait aussi de la post-synchronisation pour le direct (ce qui est possible avec le débit lent de la webcam).


Les hommes qui appellent sont-il vraiment dupes de cette grossière illusion? Pensent-ils vraiment qu’Elena s’est branchée sur les lignes chaudes parce qu’elle a très envie de sexe? Qu’elle est Française, qu’elle habite Villeneuve sous bois et qu’elle rêve de trouver un petit copain? Elena dit: «Ils m’appellent uniquement pour se masturber. Pour eux, c’est mieux que de regarder un film porno parce que le film porno ça donne pas de réponse.»


QUATRE QUESTIONS A JULIEN TRAMBOUZE


1/ Qui dirige ce genre de business?
Le patron de la boîte en question a un parcours plutôt insolite, je ne le connais pas directement, mais il est connu à Bucarest. C’est un Français qui a travaillé dans une ONG à Bucarest. Il a décidé de rester sur place pour monter sa boîte de call center porno, il a dans la même branche un call center de dépannage informatique, donc pour lui c’est juste le moyen de faire de l’argent.

A priori les patrons de ce genre d’entreprise sont des investisseurs lambdas qui n'ont pas de lien avec le monde de la prostitution ou de la mafia en particulier. En tout cas pas à ma connaissance.



2/ Qui sont les filles?
Les filles sont étudiantes, souvent avec un très bon niveau scolaire, l’équivalent de la maîtrise, car forcément leur français doit être irréprochable. Il y a des femmes au foyer qui arrondissent leurs fin de mois (elles ne travaillent que de deux à quatre soirées maximum par semaine). Et plus, il y a des actrices pornos pour les web cam.



3/ Pourquoi Elena a-t-elle accepté de témoigner?
Elena était étudiante en dernière année en sciences politiques quand je l’ai rencontrée et enregistrée. Elle a passé un an en France (Montpellier) pendant ses études, ce qui explique son niveau de français et le fait qu’elle n’a pas d’accent. Elle a accepté d’être enregistrée, je pense, pour ne pas oublier ce moment de sa vie. Elle avait une distance très particulière avec son «travail», sans traumatisme particulier et, avec beaucoup de détachement. Elle acceptait d’en parler régulièrement, comme un ouvrier qui sort du boulot. Le seul risque était de se faire pincer et de perdre son travail.




4/ Elle gagnait combien de l'heure ?   


En gros de ce que j’en sais, elle touchait pour trois nuits par semaine environ 400 euros par mois.



5/ C'est signalé qu'on appelle l'étranger quand on fait un numéro de téléphone rose?
Tout le business est sur ça, les appels viennent de France, et les gens qui appellent pensent que ce sont des femmes françaises à l’autre bout du fil. Je pense que les lignes sont reliées par Internet ce qui permet de faire des économies sur les lignes téléphoniques. Je ne suis pas très au courant du système. Les gens ne savent pas qu’ils appellent à Bucarest, ils doivent pouvoir le savoir avec les annonces éditeurs obligatoires 
sur ce genre de ligne.


©Agnès Giard.

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Published by Perceval - dans SEXO
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commentaires

Emploi centre d'appél 06/10/2012 14:28

excellent travail!!

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«En chacun de nous existe un autre être que nous ne connaissons pas. Il nous parle à travers le rêve et nous fait savoir qu'il nous voit bien différent de ce que nous croyons être.»

«Ce qu'on ne veut pas savoir de soi-même finit par arriver de l'extérieur comme un destin.»

«La clarté ne naît pas de ce qu'on imagine le clair, mais de ce qu'on prend conscience de l'obscur.»
[ Carl Gustav Jung ]