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1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 18:00

 

 

"Head and feet" (Mr.Thomas/Flickr).



Dormir à deux nuit à la santé et à la longévité du couple, a-t-on appris mardi au British Science Festival.


On s'en doutait, et comme (presque) toujours, ce sont des chercheurs anglais qui prennent et trouvent le temps (et l'argent) de l'établir.


Un équipe du Norfolk and Norwich University Hospital, spécialisée dans les troubles du sommeil, a fait tester la nuit « in bed with » puis « in bed alone » avec 40 vrais couples âgés de 29 à 50 ans. Vingt couples ont préferé la formule « alone ». Ces résultats ont été livrés mardi par le spécialiste du sommeil, Dr Neil Stanley, lors du Séminaire sur le sommeil organisé par le British Science Festival :

« Partager le lit peut provoquer des tensions dans la relation, mais aussi des problèmes de santé allant jusqu'à la dépression, le suicide ou des maladies cardiaques souvent associées au manque de sommeil. Le manque de place, les mouvements brusques, les ronflements, la toux, les réveils pour aller au toilettes, tout ça ne fabrique pas de bonnes nuits. »

Le docteur, qui fait lui-même chambre séparée, est formel :

« Pour sauver votre mariage et votre santé, vous devez absolument aborder la question du lit et de la chambre. En cas de ronflements, des lits jumeaux ne règlent rien. »

A ceux qui prétendent « avoir besoin de dormir aux cotés de leur chéri », le bien peu romantique docteur Stanley fait remarquer, que pour éprouver ce genre de sentiment, « encore faut-il être éveillé ».

C'est assez élémentaire. Fort des études menées à l'Université de Surrey, il rappelle qu'un tiers des adultes britanniques ne dorment pas plus de cinq heures, à cause des toux et des changements de positions du partenaire de lit. « Quand un des deux se retourne pendant son sommeil, il y a 50% de chance que l'autre change aussi de position. » Certes, il admet :

« Nous savons tous ce que cela représente de dormir dans un lit avec quelqu'un et de lui faire un câlin. Mais arrive le moment où on se dit, bon, maintenant il faut dormir. Et passer une bonne nuit de sommeil est une chose à laquelle nous avons tous droit. »

Le sociologue Jean-Claude Kaufman, auteur d'un ouvrage sur les « Agacements, les petites guerres du couple »

« Dans nos recherches, on constate que les agacements au sein du couple sont les plus vifs dans les zones de rapprochement : la voiture, le repas, le lit dans son usage “ordinaire” (non purement sexuel) ».

Au lit, lui ont raconté les Français, il a trop chaud, elle a trop froid ; quand il se couche, il secoue la couette et fait un courant d'air ; elle accumule des tas de bibelots qui attrapent la poussière, elle fait un bruit de sucion, il ronfle… Et le problème, c'est que ça va en s'aggravant, et pas seulement avec l'âge :

« Historiquement, les gens qui se mettent en couple vivent de plus en plus longtemps de façon autonome, ils se construisent des microcultures quotidiennes et l'autre est de plus en plus différent. »

Les jeunes d'aujourd'hui seraient donc beaucoup moins « lit compatibles » que leurs aînés qui sautaient presque directement de la maison familiale au foyer conjugal. Et pourtant, le lit jumeau, séparé, de l'autre côté du mur, a mauvaise réputation chez nous.

Pour Kaufman, il n'est guère étonnant que cette étude ait fleuri dans le monde protestant où prédominent la culture de l'individu(alisme) et celle du lit conjugal à matelas et couette séparés.

« La culture française est plus proche de la conception méditéranéenne du couple, où l'on a besoin de la présence de l'autre, même si elle ne doit pas être trop étouffante. Le lit reste un symbole fort du sexe, de l'amour et faire lit/chambre séparés serait l'antichambre du refroidissement de l'histoire. Dormir ensemble, même mal, c'est passer du temps ensemble, et c'est ce qui fait le couple. »

Et il y a « couple » et « couple ». Au risque de froisser le docteur Stanley, assez fier de la « santé », autrement dit la longévité de son mariage (due, en partie, à sa pratique conjugale de la chambre séparée ), le modèle d'union qu'il valorise en creux est un rien daté. Très années 50. Même si les partenaires d'aujourd'hui rêvent encore de toujours, toutes les enquêtes montre que c'est la qualité de la relation qui prime et justifie les séparations.


Michel Bozon, à l'Ined, distingue deux grand types de trajectoires sexuelles. L'une que l'on peut qualifier de « plan plan » se caractérise par une entrée tardive dans la sexualité, peu de partenaires, avec fidélité et sans exigences exhorbitantes dans la pratique sexuelle. C'est le couple qui dure, qui s'accomode du peu. Un rien perfide, Jean-Claude Kaufman affirme :

« La chambre séparée c'est super pour eux. »

L'autre trajectoire prend la forme des montagnes russes, s'accompagne de la multiplicité ou du changement de partenaires, cherche l'intensité, la perfection dans la relation. Pour ceux-là, le lit, idéalisé, est le lieu de toutes les tensions de la vie amoureuse contemporaine, « entre désir de fusion et défense de territoires personnels » (François de Singly dans « Libres Ensemble »).


Quand il y a agacement à cause de l'usage du tube de dentifrice, note Kaufman, il est facile de faire tube de dentifrice séparé pour arrondir les angles. Les enfants et les amis n'y voient que du feu. Et ça demande moins de moyens financiers qu'une chambre à soi.


©Blandine Grosjean,Jean-Claude Kaufmann, François Singly et Michel Bozon.

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Published by Perceval - dans SEXO
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«En chacun de nous existe un autre être que nous ne connaissons pas. Il nous parle à travers le rêve et nous fait savoir qu'il nous voit bien différent de ce que nous croyons être.»

«Ce qu'on ne veut pas savoir de soi-même finit par arriver de l'extérieur comme un destin.»

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