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7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 13:00

Xénophon (Ve-IVe siècle av. J.-C.): La vie conjugale.


Pour l'homme grec, en plus d'assurer une descendance, le mariage garantit une bonne gestion de la maison. Il faut donc choisir sa Pénélope en conséquence. Dans l'Economique, de Xénophon, Ischomaque blâme sa femme de s'être présentée à lui fardée et sur talons hauts. Non pas à cause du coût élevé de ces apprêts, mais parce que la cogestion de la maison est incompatible avec les faux-semblants: de la même manière que l'époux ne ment pas sur les biens qu'il possède, une épouse ne saurait donner à son visage un teint plus clair ou une taille plus élancée.


C'est par son charme naturel qu'elle doit séduire. Rude tâche, puisque c'est précisément en assurant ses devoirs domestiques qu'une épouse demeure attrayante. Mais, en même temps, le mari ne serait un bon maître si, par sa conduite dédaigneuse, il empêchait son épouse d'être la première dame de la république domestique. Une maison bien gérée est celle où chaque conjoint croît en dignité, à la place qui lui est dévolue.

 


 



La cohabitation X et Y vue par...

Montaigne (1533-1592)

 


Montaigne (1533-1592): L'amitié


Quelle est la plus parfaite union entre deux personnes? L'amitié, répond Montaigne. N'ayant pas d'autre profit que lui-même, ce sentiment ne peut être confondu avec les alliances naturelles ou sociales qui répondent d'abord à un besoin, comme le mariage. Un homme et une femme peuvent-ils alors être amis? Dans ses Essais, Montaigne reconnaît que l'amitié dans un couple homme-femme rendrait ce sentiment plus complet, car les corps y seraient engagés au côté des âmes. Mais le Gascon doute que les femmes puissent être de bonnes amies. Pour deux raisons: d'abord, parce qu'elles sont trop inconstantes pour ces chastes étreintes; ensuite, parce que si l'amour s'en mêle c'est fichu. "Feu inconsidéré et inconstant", l'amour est ce "désir forcené qui court après ce qui nous fuit". L'amitié est au contraire une "chaleur générale et universelle, au reste égale et tempérée". Véritable chaudière spirituelle, avec thermostat incorporé, l'amitié masculine est chez Montaigne une manière de dissimuler sa fragilité face à l'autre sexe, rivage inconnu qui fait préférer les hautes discussions avec un alter ego.

 

 


 

Emmanuel Kant (1724-1804)




Emmanuel Kant (1724-1804): La séduction.


La raison doit reconnaître en toute personne, quel que soit son sexe, un sujet de liberté. Mais la nature ne fait-elle pas mentir la raison, dotant l'un des sexes de la force physique, tandis que l'autre n'a que ses larmes pour quémander de l'aide? Dans cet écart apparent, Kant tricote d'habiles solutions. A celle qui a moins de force la nature a donné plus d'habileté. Dans les sociétés civilisées, même si le droit du mariage consacre le règne du mari, la femme prend sa revanche grâce à la galanterie. Entendons: la possibilité pour une femme mariée d'avoir des galants; à tout le moins, de plaire aux hommes hors de sa maison, en particulier pour parer à un éventuel veuvage.


Un de perdu, dix de retrouvés! Par la galanterie, la femme rayonne et domine plus sûrement, rééquilibrant les forces en présence: "L'homme dans le mariage ne sollicite que l'inclination de sa femme; la femme, celle de tous les hommes" (Anthropologie du point de vue pragmatique). N'étant plus, grâce au mariage, un simple objet de satisfaction pour le mâle, la femme gagne sa liberté et soigne ses atours pour continuer à être universellement désirée. Signe des temps, Kant annonce que l'anthropologie doit s'intéresser plus à la femme qu'à l'homme, car le progrès de la civilisation révèle en elle un potentiel encore inaperçu.

 

 


 

 


La cohabitation X et Y vue par...

Jean-Paul Sartre (1905-1980)

 

 



Jean-Paul Sartre (1905-1980): La sexualité.


La chair, chez Sartre, est toujours grise, blafarde. La sexualité semble vouée à l'échec. Faute de pouvoir posséder l'autre sexe comme totalité, corps et âme, le désir le réduit à un paquet d'os et, pis encore, à une simple chose. Dans le roman L'Age de raison, Mathieu, prof de philo minable, décrit sa compagne assise au bord du lit comme une "grosse potiche". Oui, mais reste la caresse. En son commencement, au bord de l'émoi, le toucher rappelle à autrui qu'il n'est pas un pur esprit, vivant pour soi, mais qu'il est aussi une chair. La caresse travaille l'amante ou l'amant pour lui permettre de s'incarner: "La caresse n'est pas simple effleurement: elle est façonnement. En caressant autrui, je fais naître sa chair" (L'Etre et le Néant). Vient alors cet instant fugace où les deux troubles semblent se répondre; lorsque le désir de toucher le corps d'autrui me force à descendre dans mon propre corps, à m'y fondre, voire à m'y perdre: "[...] ainsi le dernier degré du désir pourra-t-il être l'évanouissement." La sexualité n'est sauvée que par cette seconde ténue, en équilibre au-dessus du temps, entre le gouffre de la fusion et l'échec de la possession.




 

 

Bertrand Russell (1872-1970)



Bertrand Russell (1872-1970): L'émancipation des femmes.


Aussi clair qu'un théorème mathématique, l'égalité entre l'homme et la femme est pour Russell une évidence. Le grand philosophe des sciences se réjouit que la femme libre et entreprenante supplante la vieille figure conjugale de la "sainte femme pleine d'abnégation". Si l'Etat doit encore s'intéresser au mariage, c'est uniquement pour optimiser son utilité sociale. Dans ces conditions, seule la question des enfants justifie encore l'intervention du politique dans la sphère privée.

Pour le reste, la liberté de conscience règne: le divorce par consentement mutuel doit être permis et l'adultère reconnu comme inévitable. S'il est sans nostalgie de l'ordre ancien, Russell s'inquiète cependant de ne voir aucune figure nouvelle prendre la place. En consacrant le noble sentiment de l'individualité, la modernité a amené celui de l'isolement. Malgré ou à cause de l'émancipation, "la solitude profonde qui nous environne demeure intacte, et le désir d'union intérieure reste inapaisé" (Principes de reconstruction sociale). Il faut réinventer une nouvelle forme de vie à deux, dont la finalité dépasse l'amour romantique trop fugace en se donnant un but plus grand et plus lointain: l'avenir de l'humanité.







©Philippe Chevallier/L'Express.fr

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Published by Perceval Le Gallois - dans philosophie
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commentaires

fermaton.over-blog.com (Clovis Simard,phD) 10/05/2012 20:50

blog(fermaton.over-blog.com),No-7. - THÉORÈME DE L'AMITIÉ. - UNE VISION ?

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«En chacun de nous existe un autre être que nous ne connaissons pas. Il nous parle à travers le rêve et nous fait savoir qu'il nous voit bien différent de ce que nous croyons être.»

«Ce qu'on ne veut pas savoir de soi-même finit par arriver de l'extérieur comme un destin.»

«La clarté ne naît pas de ce qu'on imagine le clair, mais de ce qu'on prend conscience de l'obscur.»
[ Carl Gustav Jung ]