Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 00:00


Sites pornos, cybersexe : la sexualité par ordinateurs interposés compte de plus en plus d’adeptes, et vient chambouler la vie des couples installés. Enquête sur une nouvelle forme d’infidélité.


Je surfe sur la Toile depuis plus de dix ans et j’ai vite découvert que cet outil s’avère formidablement puissant pour assouvir ses vices, raconte Pascal, marié depuis vingt ans et père de trois enfants.

Tout est permis

En deux ou trois clics, on passe dans un monde où pratiquement tout est permis : vidéos pornos à profusion, pratiques variées, rayons blondes, brunes, rousses, Asiatiques, Blacks, femmes mûres, partouzeurs… tous les gabarits ; bref, le grand supermarché. » Douze millions d’internautes sont aujourd’hui connectés à domicile via le haut débit. Et pour celui ou celle qui rêve de s’offrir une petite escapade extraconjugale, les tentations sont infinies et à portée de clic. Mais pas sans risque…


Une nouvelle forme d’infidélité ?

Que ressentent ces hommes et ces femmes en pianotant sur leur clavier, alors que leur compagne ou leur conjoint dort peut-être dans la pièce à côté ou regarde la télévision ? Surfer sur des sites de rencontres, consulter sa messagerie, brancher sa webcam quand l’autre travaille ou s’occupe des enfants… Est-ce là une nouvelle forme d’infidélité ? Cliquer, est-ce tromper ? « Non, répond Alex, marié depuis deux ans. Parce que je ne rencontre jamais physiquement les femmes avec qui je “chatte”. Et lorsque je suis avec ma compagne, je ne pense qu’à elle. Et nous faisons souvent l’amour. »


Secret, culpabilité...

Damien, grand amateur de sites pornos, qui surfe pour se défouler quand sa femme n’a pas envie de faire l’amour, n’a pas non plus le sentiment de la tromper, mais avoue un sentiment de culpabilité à se masturber trop souvent devant son écran d’ordinateur. « Bien sûr que l’on peut parler d’infidélité, avance Alain Héril (auteur de "Journal d’un sexologue" Courrier du livre, 2003), psychothérapeute et sexologue. Quand, dans un couple, l’un des partenaires commence à se cacher, à consacrer du temps à un ou une autre, même via l’ordinateur, il se désinvestit de l’espace intime. Et en dépossède également celui ou celle qui vit avec lui. Les femmes que je reçois se sentent toujours trompées. Et elles imaginent leur compagnon menant une vie parallèle très riche, plus intense que celle de leur couple. D’ailleurs, ajoute-t-il, j’accueille dans mon cabinet de plus en plus de patients confrontés à un partenaire qui passe beaucoup de temps à visiter des sites érotiques sur Internet. En règle générale, les hommes surfent, les femmes viennent me consulter. » Logique : selon Catherine Solano, sexologue, « pour un homme, regarder des images excitantes est un autre monde, qui n’influence pas, ne pollue pas sa relation de couple ». Les femmes, en revanche, ont tendance à « vivre dans un seul monde où tout se mélange ».


Le clic infidèle

Pour le psychanalyste Loïck Roche, ce n’est pas celui qui surfe qui déterminera si son clic est infidèle, mais celui qui ne surfe pas. Pauline sait que son mari visite des sites pornos : « Cela ne me dérange pas tant que nous avons toujours une vie sexuelle tous les deux. A la limite, je préfère même qu’il regarde des filles faire des fellations dans des positions avilissantes et qu’il ne me demande jamais ça à moi. Je considère que cela fait partie de ses fantasmes et que c’est son monde à lui. » Pour Isabelle, en revanche, le choc a été rude. « Je me suis sentie trahie, humiliée, salie. Par ce qu’il visionnait, mais également par le fait qu’il ne m’en ait jamais parlé. Lorsque je l’ai découvert, ce fut pour moi un déclic, une prise de conscience de la profondeur du mal-être de notre couple, et cela a précipité notre séparation. »


Passage à l’acte

Bon nombre des internautes pratiquant le cybersexe ne passent cependant jamais à l’acte, ne franchissent pas la barrière du virtuel. Pascal a entretenu une liaison avec sa cybermaîtresse pendant plus d’un an sans jamais la rencontrer. Dès ses premières visites sur un site, Alex annonce qu’il est marié et qu’il ne souhaite pas de rencontres physiques, même s’il se masturbe devant d’autres femmes par le biais de sa webcam.


« Le virtuel offre une très grande protection et procure un indéniable sentiment de déculpabilisation puisqu’il n’y a pas toujours de rencontre charnelle, analyse Alain Héril. Et l’on se rassure en se disant que l’on peut y mettre fin à tout moment, simplement en déconnectant son ordinateur. Peut-on d’ailleurs parler de sexualité quand il n’y a pas de corps à corps, pas de confrontation avec l’autre ? Le cybersexe s’apparente finalement à une forme d’engagement désengagé : on va loin dans le fantasme avec l’autre, mais on ne le fait qu’avec soi. Cela induit une sexualité très narcissique, liée aux pratiques masturbatoires. »

Le fantasme tient en effet une très large place dans la pratique de tous ces internautes. Beaucoup le reconnaissent, ils ne feraient pas un dixième de ce qu’ils écrivent à leur cyberpartenaire. « Internet invite certainement beaucoup d’hommes et de femmes à exprimer un certain nombre de pulsions sexuelles, qu’ils assouviraient peut-être ailleurs, dans l’alcool ou la violence, et ces petits arrangements pulsionnels permettent de libérer la pression », souligne Jean-Marie Sztalryd, psychanalyste et responsable de l’enseignement de sexualité humaine à l’université de Paris-XIII (auteur de "L’Intime civilisé" L’Harmattan, 1994).


Mais qui dit cybersexe dit bien souvent cyberdépendance

Pascal attendait impatiemment que sa femme et ses enfants quittent la maison pour se précipiter sur son ordinateur qui, toute la nuit, avait téléchargé de nouvelles vidéos. « J’avais toujours ce besoin de jouir encore plus, une vraie drogue, besoin de ce flash de mon éjaculation. Mais la descente devenait à chaque fois plus rapide, alors j’en voulais plus, tellement plus que je me suis retrouvé à surfer chez les terribles : les SM, les zoophiles, les scatos, les bas-fonds du web… » Pour lui, le sevrage a été brutal : plus de connexion à Internet, puis plus d’ordinateur pendant plusieurs mois. Une abstinence qui lui a permis de redécouvrir une nouvelle intimité avec sa femme. « Pendant toutes ces années de surf dont elle n’a jamais rien su, nous avons toujours continué à faire l’amour. Mais aujourd’hui, nous avons redécouvert une sexualité plus ludique, plus créative. Je fais plus attention à son plaisir qu’au mien. »


Bien des couples ne résistent pourtant pas à cette intrusion du web dans leur intimité

« Quand l’un des deux partenaires commence à avoir une autre relation, même virtuelle, c’est toujours difficile à vivre. Cela remet en face de sa vie de couple, note Jean-Marie Sztalryd. Mais si des sentiments et une envie d’avancer ensemble existent encore, il est toujours possible de rebondir. La parole est alors essentielle, quitte à faire le point avec un thérapeute. Malheureusement, beaucoup de couples demeurent très silencieux. »


Valérie n’a pas hésité à interpeller son mari dès qu’elle a découvert ses fréquentations sur le web. « Ce fut une grande claque, je me suis sentie aussi trahie que s’il m’avait trompée. J’ai décidé de crever l’abcès dès le soir même. Une fois la colère passée, nous avons parlé. J’ai peu à peu compris que nos vingt-deux ans de vie commune avaient érodé notre vie de couple. Je ne faisais pas assez d’efforts, je ne le sollicitais guère pour faire l’amour. J’ai donc eu la curiosité de m’inscrire avec lui sur quelques sites, ce qui a contribué à nourrir nos fantasmes et nos envies, et à relancer un processus de séduction égaré. Notre chance était qu’il existait beaucoup d’amour entre nous et qu’il fallait seulement revenir l’un vers l’autre. » En chair et en os.


Delphine : « Je suis allée très loin dans ces rencontres »

Ce sont surtout des hommes qui ont répondu à l’appel à témoins lancé sur notre site. Une exception : Delphine, enseignante, mariée depuis dix ans et mère de deux enfants.


« A l’époque, j’étais obèse, avec un passé de boulimique. Je m’ennuyais dans mon mariage et j’avais la sensation de subir ma vie. J’ai commencé à discuter sur un forum et, rapidement, des hommes m’ont complimentée sur mes talents d’écriture. Pour la première fois, j’ai eu le sentiment que je pouvais être séduisante. Tout s’est alors enchaîné. Je dialoguais avec des inconnus ; s’ils me plaisaient, je les rencontrais l’après-midi même. Je suis toujours restée lucide car je n’attendais pas le prince charmant. Internet me donnait une sorte de surpuissance. J’étais connectée en permanence, aidée en cela par un époux qui ne voulait rien voir. Mes filles, en revanche, en ont beaucoup souffert, car je passais tout mon temps disponible devant mon écran. J’étais devenue dépendante. Je suis allée très loin dans ces rencontres, jusqu’à me retrouver attachée dans une chambre, avec deux inconnus.


Un jour, j’ai rencontré un homme différent. Il est mon amant depuis un an. J’ai tout arrêté, les “chats”, les forums, les rencontres. Mais je ne regrette rien. Je n’ai jamais été aussi authentique que dans tout ce que je racontais. Je n’endossais aucun rôle, je m’écrivais. Je suis en thérapie. J’ai compris que j’avais vécu avec ma boulimie, avec mon mari, avec Internet, avec les hommes. Aujourd’hui, j’ai envie de vivre avec moi. »


Face caméra : Notre journaliste a testé les rencontres par webcam.

« Installée devant mon ordinateur, il me suffit de taper « Rencontres par webcam » sur un moteur de recherche pour trouver mon bonheur. Je crée mon pseudo, "Chercheuse" – tant qu’à faire jouons le jeu –, je ne mets pas de photo, pas question, je clique dans la case hétéro, et c’est parti ! Une multitude de photos d’hommes s’affichent sur mon écran. En l’espace de vingt secondes, ils sont une trentaine à défiler, des hommes qui se proposent de parler, de jouir, de regarder, de se montrer…

Des messages salaces, vulgaires, explicites ou dignes du prince charmant. Je clique sur l’un d’entre eux, une fenêtre s’ouvre, « Jm69 » apparaît : environ 25 ans, torse nu, il est manifestement installé dans sa cuisine. Il entame le dialogue, je le vois réagir à la lecture de mes messages. Non, je n’ai pas de webcam, elle est en panne, en revanche, je peux le regarder. Cela a l’air de lui plaire. C’est étonnant, perturbant et très rapide. Trente secondes plus tard, il est prêt à me montrer son sexe. Je ferme la fenêtre, je passe à un autre… Lui est dans sa chambre. Habillé. Le lit défait. Au bout de trois échanges du style « Tu veux du sexe ? », je me déconnecte… Il est 11 heures du matin, un jour de semaine. A cet instant, deux cent trente-neuf hommes sont branchés sur ce site, en attente devant leur webcam. »




©Psychologie.com

Partager cet article

Repost 0
Published by Perceval Le Gallois - dans Internet
commenter cet article

commentaires

serrurier paris 14/02/2015 18:35

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.
Cordialement

Rechercher



«En chacun de nous existe un autre être que nous ne connaissons pas. Il nous parle à travers le rêve et nous fait savoir qu'il nous voit bien différent de ce que nous croyons être.»

«Ce qu'on ne veut pas savoir de soi-même finit par arriver de l'extérieur comme un destin.»

«La clarté ne naît pas de ce qu'on imagine le clair, mais de ce qu'on prend conscience de l'obscur.»
[ Carl Gustav Jung ]