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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 15:52

Si, pour les raéliens, le clonage est la clé de la vie éternelle, pour le reste du monde, c'est une effrayante transgression. Vraie ou fausse, l'annonce de la naissance d'Eve par la secte de Raël lance un débat vertigineux.






Eve, l'enfant cloné, fracasse l'humanité. Pour la première fois depuis un milliard d'années, un humain naît conçu sans sexualité. Une révolution, un cataclysme. Désormais, on peut fabriquer des bébés sans se toucher, sans s'aimer, sans même être un fugace instant deux, un homme et une femme, pour le faire. Dupliquer des pères, copier des mères, remplacer des frères, modéliser des soeurs, tout est possible. Il suffira d'arracher une cellule de peau de l'index d'un homme - mort ou vivant - pour lui donner neuf mois plus tard un fils à son image. Son fils, son jumeau, son frère ? Son clone, en tout cas.


Eve, l'enfant cloné, on n'osait y croire, on en riait un peu, on jouait à se faire peur en se donnant des frissons de science-fiction. Or, c'est possible. L'humain cloné, si la secte des raéliens, ses étranges concepteurs, dit vrai, existe. Il respire, il regarde, il vit. C'est une fille, copie conforme de sa mère, une Américaine de 31 ans dont le mari est stérile. Eve jette à la face des six milliards d'hommes, prosaïquement conçus par les ébats de leurs parents, une avalanche de questions. Cet enfant appartient-il à la communauté humaine ? Doit-on avoir peur de ces humains clonés ? Pourquoi n'avoir pas à temps interdit le clonage reproductif ? Comment l'humanité en est-elle venue à écarter la sexualité ? Les femmes pouvant désormais se reproduire seules, pourra-t-on demain vivre sur une planète sans hommes ? Comment en est-on arrivé là ? Comment une secte d'adorateurs des ovnis a-t-elle réussi l'impensable ?

Brigitte Boisselier, chimiste de formation, la chevelure orangée et la voix mal assurée, est la porte-parole des raéliens. Le 27 décembre, elle annonce en Floride, devant un parterre de journalistes fort sceptiques, la naissance « quelque part » d'Eve, fille clonée de sa mère. Les parents, un couple anonyme d'Américains, ne souhaitent pas être présents. Le nouveau-né n'est ni montré ni photographié, son lieu de naissance demeure caché. Brigitte Boisselier suscite une grande incrédulité dans la communauté scientifique. Et l'ironie de ses concurrents, mauvais joueurs, qui, comme le gynécologue italien Severino Antinori ou le Chypriote Panos Zavos, clament qu' « il n'y a aucun événement, aucune preuve. Tout cela n'est rien d'autre que des mots » . Brigitte Boisselier, fortement soupçonnée d'imposture, affirme pouvoir fournir au monde dans les prochains jours des preuves irréfutables par le biais d'une comparaison d'ADN (voir page 46).


Qui sont, s'ils disent vrai, les premiers cloneurs, ces drôles de raéliens ? Une secte de doux dingues, fondée par Claude Vorilhon, 56 ans, alias Raël, ancien chanteur et journaliste sportif, fils adultérin d'un réfugié juif élevé par sa tante et quelques internats catholiques. Claude Vorilhon vivait paisiblement en Auvergne jusqu'au jour où, au sommet d'un volcan, un extraterrestre lui annonce que l'humanité fut fabriquée en laboratoire et exportée sur Terre. Claude Vorilhon se taille la barbe, prône la quête du plaisir sexuel, prêche, récolte des dons. Et rend visite dans l'espace à ses amis extraterrestres en 1975. De retour sur Terre, Raël en est désormais convaincu : le clonage est la clé de la vie éternelle. Aux clonés, aux cloneurs, le paradis et l'amitié des extraterrestres. Pas de quoi affoler les rationalistes, sauf qu'en trente ans Raël, tunique blanche intergalactique, dit avoir converti quelque 55 000 personnes dans 84 pays. Et amassé un imposant trésor de guerre, chaque raélien étant invité à fournir gracieusement à la secte 10 % de ses revenus. Raël et ses fidèles se sont installés au Canada, où ils obtiennent le statut fiscal d'Eglise. Entre les maquettes de soucoupes volantes et deux séances d'extase avec messages de l'au-delà, ils créent la société Clonaid aux Bahamas en 1997, deux semaines à peine après l'annonce de la naissance de la brebis Dolly.

La chimiste française Brigitte Boisselier, raélienne convaincue, prend les rênes de Clonaid, dont le siège social quitte les Bahamas sous la pression des autorités locales. Un riche avocat, Mark Hunt, accepte de financer un laboratoire aux Etats-Unis dans l'espoir de cloner son fils disparu. Il investit 500 000 dollars. En avril 2001, les autorités américaines ouvrent une enquête sur Clonaid. Des inspecteurs de la Food and Drug Administration perquisitionnent leur laboratoire secret, installé dans un lycée désaffecté de Virginie. Echaudé, Mark Hunt renonce à faire cloner son bébé. Brigitte Boisselier s'engage à ne pas poursuivre ses expériences sur le sol américain. En avril 2002, la chimiste française annonce que des embryons ont été développés jusqu'au stade du blastocyte (cinq ou six jours après la fertilisation) dans un laboratoire « situé hors des Etats-Unis » . En novembre, quelques jours après l'annonce faite par son rival italien, le professeur Antinori, Brigitte Boisselier annonce que deux Américaines, deux Asiatiques et une Européenne seraient enceintes d'embryons clonés. Un mois plus tard, elle reprend le micro. Eve est arrivée sur Terre. Raël en rit d'aise. Les extraterrestres se frottent les mains. Le monde s'indigne.

 


Pas une prouesse scientifique

En fait, la boîte de Pandore fut ouverte il y a six ans, le jour où est née Dolly, la brebis clonée par l'embryologiste écossais Ian Wilmut. Depuis, la liste des mammifères « dupliqués » n'a cessé de s'allonger. « Depuis le premier clonage réussi d'un mammifère, la communauté scientifique savait que ce serait possible un jour chez l'homme » , reconnaît Xavier Vigneau, un des chercheurs du Laboratoire de biologie du développement. Cloner un être humain n'a rien d'une prouesse scientifique. La méthode (voir encadré p. 44) est la même que celle employée pour Dolly et consorts. « Pour cloner un être humain, il suffit de 120 000 euros de matériel et d'une équipe de cinq personnes. Parmi ces scientifiques, il faut des gens qui maîtrisent les techniques de procréation médicalement assistée et d'autres qui ont travaillé sur le clonage animal » , précise Jean-Paul Renard, de l'Institut national de recherche agronomique (Inra). Plus d'un millier de scientifiques dans le monde auraient les compétences requises pour « dupliquer » un homme. Et ce sont ceux qui se sont mis au service de la folie raélienne, et de ses moyens financiers, qui ont, les premiers, franchi l'étape.


Pas une prouesse scientifique, donc, mais le fruit d'un acharnement logistique, peu regardant de la dignité humaine. Axel Kahn, généticien et directeur de recherches à l'Inserm, rappelle ainsi que la société américaine Advanced Cell Technology, en novembre 2001, annonça n'être parvenue qu'une fois sur 71 tentatives à obtenir un embryon humain cloné, dont le développement s'arrêta d'ailleurs brutalement après vingt-quatre heures. « Il faut fabriquer cent embryons clonés pour faire naître un enfant normal , précise Xavier Vigneau, chercheur au laboratoire de biologie du développement de l'Inra. Jusqu'au huitième mois, on assiste à des malformations mortelles du foetus. Si vous obtenez deux enfants vivants, l'un des deux a toutes les chances de mourir rapidement. »


La fabrication d'un clone s'apparente à une industrie. Les raéliens, peu diserts sur les méthodes employées pour parvenir à la naissance d'Eve, affirment (voir interview ci-contre) avoir obtenu un taux de réussite, peu crédible, de 50 %. En revanche, ils ont dû recruter plus d'une vingtaine de femmes pour porter chacune une réplique du bébé cloné qui vient de naître. Et plus d'une vingtaine d'autres ont subi une stimulation hormonale afin de fournir une dizaine d'ovocytes chacune. Un acte qui n'a rien d'anodin. « Cela suppose quinze jours à trois semaines d'injections et de ponctions, avec des effets secondaires : prise de poids, bouffées de chaleur... » , souligne Jacqueline Mandelbaum, responsable du laboratoire de fécondation in vitro de l'hôpital Tenon à Paris. Pour fabriquer un clone vivant, il suffit de disposer de cheptels d'hommes et de femmes, donneurs de cellules, donneuses d'ovocytes et ventres porteurs, de multiplier l'expérience en additionnant les embryons morts, les fausses couches, les avortements, les stimulations ovariennes, les prélèvements d'ovocytes. Cheptel dont dispose la secte Raël.


Si les raéliens sont peut-être les premiers, ils ne sont en tout cas pas les seuls dans cette effarante course. Les docteurs Antinori, Zavos, des équipes africaines, coréennes, russes sont sur les rangs. Quelle folie a poussé ces médecins à vouloir défier la reproduction sexuelle ? « L'intolérance croissante à des filiations non biologiques, l'acharnement procréatique » , répond le professeur Kahn. C'est un fait, depuis plus d'une vingtaine d'années, la médecine reproductive s'efforce de pallier la stérilité, surtout masculine. Et réussit à donner des enfants à des couples auxquels la biologie n'offrait aucun espoir. La stérilité n'est plus un obstacle. Fécondations in vitro, fécondation après concentration du sperme, injection intra-ovocytaire de spermatozoïdes : les techniques se multiplient, les enfants naissent, les couples stériles ne le sont souvent plus. « Ce rejet de la seule filiation par le coeur et les valeurs, proprement humaine, au profit de l'exigence d'une filiation par les gènes caractérise nos sociétés mondialisées au début du IIIe millénaire » , conclut Axel Kahn. Le clonage en est le dernier avatar.


On pourrait d'ailleurs remonter bien au-delà de ces vingt dernières années pour inscrire le clonage dans l'histoire de nos folies. Le philosophe Michel Onfray, qui rédige un livre, « Féeries anatomiques, généalogies du corps faustien », à paraître prochainement chez Grasset, rappelle ces « vieux mythes de la créature artificielle, Prométhée, Faust, Frankenstein » . L'homme fut de tout temps tenté d'en découdre avec les mystères de la création, de triompher de la fatalité biologique, de devenir maître de la vie. Et le clonage est, à cet égard, une fantastique éprouvette magique. Le cloneur n'est-il pas plus fort que la mort, puisqu'il peut à l'infini se perpétuer. Plus fort que la vieillesse, puisqu'il pourra toujours se contempler plus jeune dans le miroir du visage de son clone. « Et vous serez comme des dieux » , dit le serpent de la Genèse à Adam et Eve, qui viennent de croquer la pomme du savoir. Et de fabriquer des petits clones. Divin vertige !


Est-ce finalement si mal d'avoir trouvé un moyen autre que la reproduction sexuelle pour donner la vie ? Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris, est horrifié. Il compare le clonage à « cette entreprise qui, dans sa logique, est comparable à toutes les entreprises eugéniques et même à celle, qui se croyait rationnelle et scientifique, des nazis » . Didier Sicard, professeur de médecine et président du Comité national d'éthique, est également convaincu que le clonage est une horreur. « Le clonage est une régression par rapport à l'être humain et à la reproduction sexuée. Pourquoi le hasard serait-il mieux ? Parce qu'il n'enferme pas, qu'il permet chaque fois le génie. La fabuleuse loterie génétique de la reproduction sexuelle permet à deux êtres différents de créer un être nouveau, porteur d'un destin qui n'a jamais existé. Le clonage, c'est le renoncement à l'aventure humaine, la certitude d'un enfermement misérable. » Car voilà, la reproduction sexuelle a beau être injuste - offrir des enfants à certains et pas à d'autres, donner des enfants handicapés à des génies et des enfants géniaux à des débiles -, elle a au moins le mérite de donner la vie au hasard et de permettre chaque fois la création d'un humain radicalement unique, totalement nouveau. L'inverse du clonage.


Didier Sicard, qui se dit « désespéré de l'humanité » , a beaucoup travaillé à faire interdire le clonage reproductif. Avec lui, la France et l'Allemagne se sont échinées auprès des Nations unies pour que soit adoptée, en avril 2002, une interdiction internationale. Les Etats-Unis y firent obstruction parce qu'ils souhaitaient, afin de plaire au Vatican, que soit, dans le même paquet législatif, réprimée toute tentative de clonage thérapeutique. Une obstruction acharnée. C'est ainsi que, lors du sommet mondial de bioéthique à Brasilia, en octobre 2002, Didier Sicard se fit alpaguer par la chargée des affaires éthiques à la Maison-Blanche. La communauté internationale, empêtrée dans ses dissensions, n'a donc rien fait « et assiste muette au spectacle » , déplore Didier Sicard.


Ajoutons à ces atermoiements diplomatiques la dispersion des scientifiques. Encore récemment, quelques-uns, parmi les plus médiatiques, ont cru bon de rassurer le grand public en expliquant que cloner un être humain était techniquement impossible... Si la communauté scientifique n'a pas joué du tambour, c'est par peur de voir les politiques, pressés par l'opinion, limiter ou interdire la recherche dans certains domaines, comme le clonage thérapeutique.

Il est donc là, l'enfant cloné. Va-t-il grandir, vivre ? « On peut avoir les plus grandes inquiétudes sur la santé des bébés clonés » , avertit Jacqueline Mandelbaum. Et pour cause, même si Eve était enfin présentée au public et paraissait en bonne santé, rien ne garantirait qu'elle aurait une espérance de vie normale. La plupart des animaux clonés souffrent d'obésité, d'anomalies du coeur ou des poumons et ont un système immunitaire déficient. Les scientifiques soupçonnent une erreur de programmation de la cellule du parent donneur. Une anomalie quasi impossible à détecter au stade du foetus.

 


Le rôle de l'Histoire, de l'éducation

L'humanité a-t-elle quelque raison de s'inquiéter de l'avènement du clonage ? Doit-on avoir peur de cet enfant cloné ? A cette question fondamentale, les réponses divergent. Radicalement. Michela Marzano, philosophe à l'Iresco et auteur de « Penser le corps » (paru aux PUF), s'inquiète des motivations parentales. « Pourquoi ces parents, peut-être stériles, ont-ils refusé une procréation médicalement assistée avec donneur ? Parce qu'ils veulent un enfant à eux, un enfant qu'ils espèrent maîtriser à partir de la connaissance de ses gènes. Ces parents refusent d'adopter ou d'en passer par un donneur de sperme, vécu comme un étranger. Ils sont obsédés par la pureté génétique de leur famille. C'est l'avènement de l'enfant produit et le triomphe de la folie génétique. »


Un argument que réfutent deux philosophes. Luc Ferry, d'abord, qui écrivait en décembre 1999 dans Le Point : « On dit encore que la duplication à l'identique serait contraire à la dignité humaine, qui repose sur la singularité de chaque individu. Mais c'est accorder, consciemment ou non, un poids exorbitant aux dimensions génétiques et passer sous silence la dimension épigénétique : le rôle du milieu, de l'Histoire, de l'éducation. » Craindre le clonage, c'est croire que l'homme n'est que le produit de ses gènes. Un avis que développe Michel Onfray. « Il serait temps d'arrêter de délirer sur Aldous Huxley. Cet enfant cloné pourra devenir l'inverse de ce qu'ont pensé ses parents. Il n'y a pas que la nature pour faire un homme, il y a la culture. Nous ne sommes pas réductibles à du matériel génétique. »


Une position qui débusque chez les adversaires du clonage le retour suspect d'une pensée « sociobiologique ». « Le tout-génétique est une fiction qui nie l'interaction, le milieu, les influences, le monde et les autres qui nous structurent et nous construisent essentiellement. Un être procède de son capital génétique, certes le nier conduit à des erreurs d'appréciation intellectuellement mortelles, mais il dépend aussi de son enfance, de ses parents, de son époque, de son éducation, de son milieu, du don des tiers, mais aussi des manques, des blessures et des joies, d'une histoire qui implique hommes et femmes, pères, mères, frères, soeurs, des amis, des amants, des maîtresses... Refuser cette évidence procède du même ridicule que de croire au tout-génétique » , écrit-il. Sauf qu'on pourrait, à ce point-là de la réflexion, remarquer que ce sont bel et bien les adeptes du clonage qui sont des adorateurs du tout-génétique. Sinon, pourquoi ont-ils accepté de s'embrigader dans un tel délire, si ce n'est pour perpétuer leurs merveilleux gènes et se reproduire à l'identique ? Michel Onfray en convient volontiers, persuadé que les parents cloneurs « relèvent de la psychiatrie » .



La disparition symbolique du père

En effet. Car désormais, dans les éprouvettes, vous pourrez passer commande de votre grand-père trop tôt disparu en prélevant une mèche de ses cheveux, vous faire livrer un fils tué sur la route en lui coupant un morceau de peau. Faisable, donc, la vie dupliquée à partir d'un défunt. Faisable, aussi, un clone parfait de la boulangère dont vous êtes secrètement épris, à condition de lui subtiliser une écorchure de peau. Faisable encore, un enfant par une femme seule. Un enfant absolument dénué de père, ce qui constituerait là encore une grande innovation biologique. Car voilà : l'homme, s'il souhaite se voir cloné, devra se mettre en quête d'un ovocyte donné ou acheté et s'enquérir d'un ventre hospitalier pour porter l'embryon conçu de sa cellule clonée. Bref, l'homme aura toujours besoin d'une femme pour se cloner. En revanche, les femmes ont libre loisir de se fabriquer des filles à l'infini en se prélevant des cellules et en les implantant en leur sein. On a donc mis en place un mode de reproduction non sexué, qui pourrait théoriquement déboucher sur une société sans hommes, puisque l'on n'aura plus besoin de spermatozoïdes. Audacieux renversement de la domination masculine. « Le clonage inscrit la disparition symbolique du père, remarque Michela Marzano. Les hommes deviennent des sous-produits dont on conserverait quelques exemplaires pour celles qui souhaiteraient cloner des fils. » Mais on est là dans la science-fiction, dans un monde où le clonage aurait supplanté la reproduction sexuelle, qui a - soyons raisonnables - encore quelques beaux jours devant elle. La couette est plus douillette que l'éprouvette !


Qu'on le redoute ou le célèbre, nous voici en tout cas contraints de donner l'hospitalité à cette Eve, enfant cloné arrivé sur Terre. Sera-t-elle psychiquement saine ? Parviendra-t-elle à se construire une tête à peu près rangée en n'étant l'enfant d'aucun père, le fruit d'aucune étreinte si ce n'est celle d'un apprenti sorcier et d'une tentatrice transgression ? En étant la soeur jumelle et la fille de sa mère ? Le docteur Myriam Szejer travaille au côté du père des bébés-éprouvette, René Frydman, à l'hôpital Antoine-Béclère de Clamart. Cette psychanalyste, présidente de l'association La Cause des bébés, ne souhaite pas s'encombrer de circonlocutions. « Il faut inventer une place pour les enfants clonés. Je suis absolument contre le clonage, mais ils sont là, donc faisons-leur une place au soleil. Je vois bien que ces enfants clonés auront de sérieux problèmes de filiation, mais il faut désormais les penser. Quant à leurs parents, disons que j'ai de la compassion pour leur souffrance. »

Louise Lambrichs, écrivain et philosophe, a publié, voilà quatre ans, un roman sur le clonage, « A ton image » (paru à L'Olivier), dont Luc Besson s'apprête à faire un film. Elle ne nie pas les difficultés qu'il y a à accueillir cet humain « non obtenu par la recombinaison des génomes » , mais leur oppose une argumentation astucieuse. « On peut interdire l'inceste, mais on ne peut interdire les enfants nés de l'inceste. Alors, oui, le clonage est un crime. Mais les bébés clonés sont là. On ne peut donc interdire le clonage, car il y aurait une législation internationale qui poserait aux enfants clonés un interdit de vivre. Cela équivaudrait à donner aux cloneurs un texte de référence leur octroyant le terrible pouvoir de faire ce qu'ils veulent de leurs petits clones, auxquels on aurait refusé le statut d'humains. On aurait deux catégories d'humains, ceux nés de la reproduction sexuelle, et les autres, les sous-humains. Ce serait terrifiant. » Donc, poursuit l'écrivain, ces clonés doivent d'emblée être accueillis comme des humains. Paradoxe cruel pour l'humanité, qui aura accouché d'un autre humain, en s'obligeant à lui accorder sa dignité. Au nom du père et de son drôle de fils. Au nom d'une mère et de son étrange Eve




©LePoint.fr

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Published by Perceval Le Gallois - dans Science
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commentaires

Raélitout 28/07/2013 16:48

Pour les raéliens, effectivement, le clonage humain est la clé de la vie éternelle, ce qui est considéré par beaucoup comme une "effrayante transgression"!
Je pense que beaucoup de désinformation sur ce sujet fascinant a été largement diffusé par les grands médias, dont le fond de commerce est d'agiter les peurs de leur concitoyens!
Moi ma question est: vous avez deux choix possibles, l'un vous pouvez par cet acte scientifique, vivre éternellement, ou bien, quand votre heure est arrivé, retourner a l'infini en "poussières
inconscientes"!
Quel serait votre choix?
Bien sur il n'est pas encore possible techniquement d'accéder encore a l'immortalité par ce procédé, mais le clonage est la première étape de ce "fabuleux" défit, vaincre la mort...
Les raéliens aiment tellement la vie qu'ils ne voudraient jamais que cela s'arrète! Je crois que la plupart des gens au fond d'eux même voudraient la même chose...

Raélitout 23/05/2013 08:36

Bonjour, votre article sur le clonage et les raéliens, est un peu, légèrement "orienté"! Toutefois vous avez le mérite de parler de ce sujet passionnant, du clonage et de ses implications dans
notre société, et cela est trés positif!

Perceval Le Gallois 23/05/2013 15:10



Merci de votre commentaire Raélitout ;)



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«En chacun de nous existe un autre être que nous ne connaissons pas. Il nous parle à travers le rêve et nous fait savoir qu'il nous voit bien différent de ce que nous croyons être.»

«Ce qu'on ne veut pas savoir de soi-même finit par arriver de l'extérieur comme un destin.»

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