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7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 14:00

Cyril Dumas a fait la tournée des «enfers» des musées, exhumant 140 objets de la Gaule romaine consacrés à la sexualité. Archéologue de formation, ce jeune conservateur se dépense sans compter pour faire vivre le petit musée des Baux, en sortant des sentiers battus. Les pièces dont il offre une exposition inédite, appelée à voyager, étaient enfouies dans les réserves. Lors des fouilles, elles étaient incomprises et rejetées, voire mutilées ou détruites, «odieuses et salaces caricatures» que «la décence ne peut permettre de décrire», selon un récit de 1880.


Ces saynètes diffèrent des phallus, qu'on retrouve dans toutes les classes sociales sculptés dans les matériaux les plus divers : sur la vaisselle, en amulette au cou des enfants, sur les stèles ou les bornes, sur le pont du Gard ou les arènes de Nîmes, devant des magasins.


A Pompéi, un phallus servait d'enseigne à une boulangerie. Pour faire lever le pain ? Cet avatar du dieu grec de la fécondité s'est ainsi progressivement transformé en talisman. Plusieurs représentations restent difficiles à percer, comme ce relief sur lequel un sexe féminin surmonté d'un symbole phallique est entouré d'un serpent, d'un oeil, d'un corbeau et de deux phallus, l'un affublé de pattes de chèvre, l'autre de pattes de poulet.


Positions répétitives. Il en est de même des scènes de l'acte sexuel. Au IIIe siècle, les Gaulois romanisés se sont fait une spécialité de ces médaillons apposés sur des poteries. Il n'y a pas de kama sutra romain : en dépit de l'admirable acrobatie déployée par certains protagonistes, les positions sont fort limitées et répétitives.


Davantage qu'une panoplie des plaisirs, elles évoquent un récit, comique ou édifiant. Mais pour délivrer quel message ? Parfois, Cyril Dumas cherche à contourner ces mystères par des spéculations aventureuses. Figurer la fellation, est-ce véritablement en signifier l'interdit ? En revanche, on le suit sans peine lorsqu'il évoque la prévalence des rapports de domination. Pascal Quignard (1) avait déjà souligné combien les relations sexuelles, notamment avec les esclaves, étaient soumises à des interdits extrêmement stricts, dont l'affranchissement pouvait être puni de mort.


«Le couple, hétérosexuel et monogame, est finalement la règle», affirme l'auteur de l'exposition. Ainsi les échanges avec les esclaves devaient-ils être non fécondants, afin d'éviter le délitement social. Cyril Dumas pense que le rapport de fécondation se joue dans l'échange de regards. Dans certains cas, tournant le dos à son amant, la femme tient un miroir. Qu'est-elle censée mirer ?


(1) Le Sexe et l'effroi (Gallimard).




©Libération.fr

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Published by Perceval Le Gallois - dans Histoire
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