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14 octobre 2009 3 14 /10 /octobre /2009 18:59

 

(AFP)

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Les femmes qui prennent le contraceptif préfèrent les mâles moins dominants et plus similaires génétiquement. Des chercheuses estiment qu’il faut étudier sérieusement les conséquences que cela peut avoir.


Surmâle ou père idéal? Suivant les phases de leur cycle, les préférences des femmes en matière de virilité changent. Elles cherchent aussi un homme plus ou moins différent, génétiquement parlant. Mais il semble que la pilule fausse la donne et réduise l’attractivité des femmes. Quelles conséquences cela peut avoir sur le choix du partenaire, le succès reproductif du couple ou sa descendance? Ce sont les questions que posent deux chercheuses de l’Université de Sheffield, dans le numéro d’octobre de la publication Trends in Ecology and Evolution, après avoir passé en revue les études sur le sujet.


Pendant la période d’ovulation, relève Alexandra Alvergne, du Département des sciences animales et végétales, les femmes montrent une préférence pour des caractéristiques plus «masculines», liées à un fort taux de testostérone, comme une mâchoire carrée, plus de symétrie, un comportement dominant et compétitif vis-à-vis de ses congénères. «Ces traits sont liés à de bonnes capacités immunitaires», précise la biologiste. Il semble par ailleurs que, pendant cette phase, les femmes soient attirées par des hommes porteurs de gènes liés au système immunitaire plutôt différents des leurs (mais pas trop, selon une étude récente). Ce mécanisme, qui aurait pu évoluer lorsque les êtres humains vivaient en petites tribus et que les risques de consanguinité étaient élevés, permettrait à la progéniture d’avoir une plus vaste gamme de défenses contre les agents pathogènes.


Mais, en dehors de la période d’ovulation, les préférences changent: les femmes se tournent vers des hommes plus «féminins» et plus proches génétiquement. A plus forte raison quand elles sont enceintes. Or, la pilule simule un état hormonal proche de la grossesse: peu d’œstrogène, beaucoup de progestérone. Lors d’expériences menées dans les années 1990, Claus Wedekind, du Département d’écologie et évolution de l’Université de Lausanne, a effectivement observé que les femmes qui prenaient ce contraceptif préféraient les odeurs des hommes génétiquement plus similaires: «La meilleure hypothèse pour expliquer cela est que, dans des conditions semblables à la grossesse, les femmes recherchent un compagnon plus proche, plus apparenté, qui soit plus susceptible de les aider, comme un frère.» Mais il souligne que, si le phénomène a été démontré chez la souris, les mêmes conclusions restent spéculatives chez les êtres humains.

Certaines études, basées notamment sur le pourboire des danseuses de cabaret, indiquent en outre que les hommes sont plus attirés par les femmes en phase d’ovulation. Celles qui prennent la pilule ont-elles donc plus de peine à conquérir et à garder le compagnon qu’elles convoitent? Mais convoitent-elles seulement le bon? Seront-elles encore satisfaites de leur choix lorsqu’elles arrêteront la contraception?


Difficulté à concevoir.


Outre l’harmonie du couple, son succès reproductif futur pourrait aussi être affecté. «Certaines femmes perdent leur bébé dans les trois premiers mois de grossesse sans que l’on sache pourquoi, raconte Claus Wedekind. Quand ça se produit plusieurs fois, on parle d’avortement spontané récurrent.» Or, ajoute-t-il, il semble que la proximité génétique des membres du couple soit corrélée à ce phénomène.


C’est le rôle que joue la pilule dans tout cela que les chercheuses de l’Université de Sheffield aimeraient mieux comprendre. Les études passées en revue enregistrent systématiquement la prise du contraceptif, notent-elles, mais peu d’efforts ont été faits pour analyser les conséquences des effets décrits. «Nous sommes conscientes de tous les aspects positifs de la pilule pour la santé des femmes, leur indépendance sociale, leur qualité de vie et leur place dans la sphère économique, souligne Alexandra Alvergne. Et nous ne voulons pas faire peur à tout le monde. Nous disons juste que, si ces phénomènes ont des conséquences importantes, nous aimerions le savoir.» Pour la biologiste, il faudrait déjà examiner si les préférences émises par les cobayes sont des choix réalisés, c’est-à-dire semblables à ceux qu’elles font dans leur vie.


Plusieurs partenaires?


Ivan Rodriguez, du Département de zoologie et de biologie animale de l’Université de Genève, note que ce type d’observations est extrêmement difficile à réaliser sur l’être humain. «L’aspect culturel peut avoir beaucoup d’influence sur le choix du partenaire, commente-t-il. Il arrive notamment que ce soit la génération précédente qui décide des unions, par exemple.» Il souligne que, si des études ont montré une forte préférence pour les êtres dissimilaires génétiquement dans les populations caucasiennes, ce biais semble être absent d’autres groupes, en Afrique par exemple.

«Toutes ces histoires plaisent beaucoup parce qu’elles posent des questions sur nous-mêmes et nos choix, note-t-il, mais la vérité, c’est que l’on comprend très mal comment cela fonctionne. Il faut toujours se méfier quand on veut expliquer des comportements.» C’est pourtant parfois très tentant: notamment dans le cas d’expériences qui suggèrent une différence entre les femmes en couple et les célibataires, les premières préférant des hommes plus différents génétiquement, les secondes des individus plus proches. Est-ce à dire qu’il faut aux femmes un partenaire de vie et un partenaire de reproduction?


©LeTemps


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Published by Perceval Le Gallois - dans Science
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