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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 15:00





Bien sûr que le français peut se piquer d’être une belle langue lorsque de parler cul il s’agit. Il est même gratiné quand, en argot, une bonne douzaine de mots servent à désigner la chose qui sert d’appendice reproducteur au mâle, tel le sympathique «piège à mémé». Mais point trop n’en faut de faire les coqs (mot qui, soi dit en passant, désigne à l’île Maurice, un sexe masculin imposant), nos amis francophones sont très loin d’être en reste lorsque de l’affaire ils papotent.


D’où l’idée coquine du philologue belge Georges Lebouc d’en livrer une recension aussi inédite qu’érudite dans un Dictionnaire érotique de la francophonie (1).Au menu quelque 750 mots, qui attestent d’une belle vigueur de la francophonie (du moins dans ce domaine), peuvent à l’occasion permettre de varier les plaisirs, voire de conjuguer ensemble (avoir des relations sexuelles en ivoirien). Entretien avec l’auteur, professeur honoraire à l’Institut supérieur d’études sociales à Bruxelles. Un homme qui avoue sans minauder s’être lancé dans ce gros boulot «porteur, car tout le monde ne pense qu’à ça». Pis avec un certain «esprit mal tourné».

Qui a le plus de vocabulaire pour parler de la chose ?

Indubitablement, les Québécois. J’ai trouvé pas moins de 18 mots pour parler du sexe masculin, que basiquement et assez vulgairement ils appellent la pissette. Ce qui a d’ailleurs donné le mot agace-pissette pour désigner une allumeuse. Le sexe féminin n’a, quant à lui, droit qu’à 9 mots, mais il y en a 40 pour évoquer les relations sexuelles : jouer au cul, frotter la porte du poêle, chauffer le four, enfourner le pain, donner son biscuit (à une femme) ou lui faire une crêpe (ou une tarte), lui crémer le gâteau… C’est encore sans compter tous les synonymes de masturbation, plus de vingt, comme se gratter la fourche, faire son lavage à la main, coller les mouches au plafond ou se donner un up and down.

Qui rivalise le plus avec les Québécois ?

Les Ivoiriens aussi sont très créatifs. Avec des expressions imagées, comme «faire boutique son cul» qui signifie se prostituer. Quant aux fesses féminines, qui sont plus que les seins, considérées comme une source d’attrait sexuel, elles portent le nom de café-cacao. Tout simplement parce que le café et le cacao furent pendant longtemps les principales sources de revenus de ce pays.


A partir de 30 ans, les femmes sont appelées les finidol, du nom d’un médicament contre les céphalées… Et les maîtresses occasionnelles des pneus de secours. J’ai également été très surpris de découvrir que tous les mots qui servent à désigner les aphrodisiaques sont empruntés à la sphère automobile comme accélérateur, chargeur de batterie, démarreur. Le marchand d’aphrodisiaques s’appelle d’ailleurs un démarreur sexuel.

Y a-t-il globalement autant de mots pour désigner le sexe masculin et féminin ?

Indiscutablement la balance penche du côté masculin. Parce que l’outil de l’homme est extérieur ? Parce qu’ils en parlent davantage que les femmes ? Je ne sais pas. En tout cas, les termes prétentieux ne manquent pas : bazooka au Sénégal, bâton ou barreau en Côte-d’Ivoire ; le plus fort étant sans doute l’ambassadeur en République démocratique du Congo. Le sexe féminin est, quant à lui, appelé le bas Zaïre ou le pays bas au Congo, la cave au Gabon… S’il y a un certain sexisme, j’ai noté aussi pas mal de xénophobie lorsqu’il s’agit de désigner les prostituées. Au Congo-Brazzaville, on parle des ATZ (pour assistance technique zaïroise), au Kenya des Katangaises…

Doit-on redouter quelques quiproquos ?

Les faux amis ne manquent pas ! En québécois, par exemple, se branler signifie s’agiter, et il n’est pas rare d’entendre une mère dire à son enfant : «arrête de te branler». Dans un autre genre, on évitera de demander à un Québécois comment vont ses gosses, ce qui revient à prendre des nouvelles de ses testicules.


En Suisse, un patin n’est pas un baiser argotique, mais une couche, un lange, quant à la quéquette, elle désigne un plateau servant à quêter, voire la quête elle-même. Je signale aussi que le mot toutou en Côte d’Ivoire sert à qualifier les prostituées, héritage d’un temps où elles demandaient two shillings et two pence pour une passe. Enfin, aux Antilles avoir une belle table n’a rien à voir avec une table joliment dressée, mais qualifie un pubis charnu, proéminent.

Quelles sont au final vos plus belles trouvailles ?
La définition du mot sida que les Congolais ont transformé en «syndrome inventé pour décourager les amoureux». Et dans un autre registre, le petit nom gentil qu’une Antillaise peut donner à son partenaire : «mon sucre-saucé-dans-miel».

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Published by Perceval Le Gallois - dans Bouquin
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«En chacun de nous existe un autre être que nous ne connaissons pas. Il nous parle à travers le rêve et nous fait savoir qu'il nous voit bien différent de ce que nous croyons être.»

«Ce qu'on ne veut pas savoir de soi-même finit par arriver de l'extérieur comme un destin.»

«La clarté ne naît pas de ce qu'on imagine le clair, mais de ce qu'on prend conscience de l'obscur.»
[ Carl Gustav Jung ]