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7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 15:00


Les cas, que dénonce la revue catholique contestataire Golias, sont suffisamment graves et nombreux pour que le Vatican commence à s'en inquiéter.


Depuis 1994, les rapports tombent, accablants: dans certains pays du tiers-monde - voire quelques nations occidentales - des religieuses seraient forcées, violées, déshonorées.


Abandonnées, enfin. Les coupables sont clairement dénoncés: des prêtres, des évêques, des séminaristes, des directeurs spirituels. En mars, l'hebdomadaire américain National Catholic Reporter a révélé ce scandale au monde entier en publiant une synthèse des rapports alarmants remis aux autorités vaticanes depuis le milieu des années 90. Aujourd'hui, le magazine catholique contestataire Golias publie en exclusivité  l'intégralité des principaux documents.


Le sérieux de ces informations n'a pas été remis en question par le Vatican, contraint à reconnaître l'existence de ces faits: «Le problème est connu et concerne une zone géographique limitée», a déclaré Joaquin Navarro-Valls, le porte-parole du Saint-Siège.


Lorsque, à la fin des années 80, soeur Maura O'Donohue, médecin, prit ses fonctions de coordinatrice pour le sida au sein du Fonds catholique de développement outre-mer, organisme britannique membre de la Confédération Caritas, elle ne se doutait pas qu'elle remettrait six ans plus tard - en 1994 - un premier rapport révélant la situation tragique des membres de certaines congrégations féminines, situées principalement en Afrique: «J'ai préparé ce rapport après avoir beaucoup réfléchi et avec un profond sentiment d'urgence puisque les faits évoqués touchent le coeur même de la mission et du ministère de l'Eglise», écrit-elle en préambule. «Ma première réaction a été un mélange de stupéfaction et d'incrédulité devant l'énormité du problème auquel j'étais confrontée», reconnaît-elle en mentionnant que ses informations proviennent de missionnaires (hommes et femmes), de prêtres, de médecins et d'autres membres de la famille ecclésiastique, et que la plupart des cas évoqués ont fait l'objet de dossiers et de plaintes.

 


Les faits qu'elle rapporte ont été confirmés par le prêtre américain Robert J. Vitillo, directeur de programme à Caritas, qui a également enquêté sur le sujet et qui dénonce le manque d'intérêt des autorités: «Les tentatives fréquentes de soulever ces questions avec l'Eglise locale et universelle n'ont rencontré que des oreilles de sourds», déplorait-il en 1994 dans un exposé consacré aux problèmes moraux et éthiques posés par le sida. Vingt-trois pays sont - à des degrés divers - concernés: Botswana, Burundi, Ghana, Kenya, Lesotho, Malawi, Nigeria, Ouganda, Afrique du Sud, Sierra Leone, Tanzanie, Zambie, Zaïre, Zimbabwe, Brésil, Colombie, Inde, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Philippines, Tonga, mais aussi Etats-Unis, Irlande et Italie.


L'immense majorité des faits concerne néanmoins l'Afrique subsaharienne. Impossible à chiffrer précisément, le nombre de ces abus s'avère néanmoins suffisamment préoccupant pour que le sujet ait été évoqué à plusieurs reprises au Vatican lors de réunions des supérieurs généraux des ordres consacrés. L'abbé primat de l'ordre des bénédictins, Nokter Wolf, a déclaré à NCR: «Je ne crois pas qu'il s'agisse seulement de cas exceptionnels. Je pense que les abus décrits existent réellement. De quelle importance, en quel nombre, je n'ai pas le moyen de le savoir, mais c'est une chose sérieuse et nous devons en discuter.»


Partie pour sensibiliser au problème du sida le personnel travaillant dans le cadre de l'Eglise et organiser des programmes sanitaires pour le compte de Caritas International, Maura O'Donohue a découvert sur le terrain une réalité jusqu'alors ignorée: l'exploitation sexuelle des religieuses, considérées comme des partenaires «sûres», dans les pays gravement atteints par l'épidémie de sida. «Un certain nombre de religieuses font état d'abus sexuels de la part de leurs professeurs et, de manière générale, de harcèlement sexuel par des hommes de la population dont elles sont originaires», écrit soeur O'Donohue avant d'ajouter: «Avec tristesse, ces religieuses déclarent qu'elles ont été abusées sexuellement par des prêtres parce qu'eux aussi en étaient venus à craindre la contamination du virus en fréquentant les prostituées» - la religieuse mentionne d'ailleurs le nombre alarmant de prêtres contaminés dans certains pays, allant jusqu'à un taux d'infection de 13% du clergé diocésain. Plus loin, elle rapporte que la supérieure d'une communauté de religieuses a été sollicitée en 1991 par des prêtres lui demandant «qu'on mette à leur disposition des religieuses pour avoir avec elles des relations sexuelles».

 


Au Malawi, la supérieure générale d'une congrégation dont 29 religieuses ont été mises enceintes par des prêtres s'en est plainte auprès de son archevêque: elle a été démise de ses fonctions. Ailleurs, 20 nonnes également enceintes des oeuvres d'ecclésiastiques ont été renvoyées de leur couvent. Maura O'Donohue dénonce l'hypocrisie d'une institution qui renvoie les nonnes enceintes et se contente, dans le meilleur des cas, de tancer le fautif: «La religieuse doit assumer seule la charge de l'enfant, souvent dans un climat de grande honte et dans des conditions socio-économiques misérables. Dans plusieurs pays, ces femmes ont été forcées de devenir la deuxième ou la troisième épouse dans une famille en raison de la perte de leur statut.


L'autre solution, pour survivre, est de faire le trottoir.» Dans d'autres cas, les prêtres concernés tentent de faire prendre la pilule aux jeunes femmes, ou les forcent à avorter. Dans un second rapport remis en 1995, Maura O'Donohue rapporte ainsi l'histoire, extrême mais atroce, d'une religieuse morte au cours d'un tel avortement: le prêtre qui l'avait mise enceinte, et conduite à l'hôpital pour y remédier, célébra sa messe de funérailles.

Arguments théologiques spécieux.


Comment expliquer l'état d'asservissement sexuel auquel certaines religieuses ont été réduites? Comme Maura O'Donohue, sa consoeur canadienne Marie Mc Donald - auteur d'un rapport spécifiquement centré sur l'Afrique remis en 1998, que publie également Golias - pointe l'infériorité de la condition féminine ainsi que la domination morale et financière des prêtres sur les religieuses: «Le statut inférieur des femmes dans la société et dans l'Eglise est un facteur à considérer, écrit-elle. On leur a appris à s'estimer inférieures, à être soumises et à obéir. Il est compréhensible, alors, qu'une religieuse trouve impossible de résister à un membre du clergé qui lui demande des faveurs sexuelles. Ces hommes sont vus comme des figures d'autorité à qui l'on doit obéir. De plus, habituellement plus instruits, ils ont reçu une formation théologique beaucoup plus avancée que les religieuses. Ils peuvent user d'arguments théologiques spécieux pour justifier leurs demandes et leur conduite.»



Maura O'Donohue mentionne également des chantages exercés auprès de jeunes novices, forcées d'accorder des faveurs sexuelles à des prêtres en échange de certificats ou de recommandations nécessaires à leur entrée en religion. La notion de célibat n'est pas toujours bien comprise, notamment du clergé africain: «Le célibat signifie, explique à la religieuse un responsable diocésain, qu'un prêtre ne se marie pas, mais pas qu'il n'a pas d'enfants.» De l'art d'accommoder le dogme.




©L'express.fr

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Published by Perceval Le Gallois - dans Société
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