Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 octobre 2009 3 14 /10 /octobre /2009 18:00


Même si la mécanique du plaisir féminin est désormais bien connue, la question hante encore hommes et femmes. Mais pourquoi ?


Pour que les hommes comprennent d'emblée le non-sens de la question «vaginale ou clitoridienne ?», le mieux est de leur donner un équivalent masculin. Leur demande-t-on s'ils sont testiculaires ou glandiens ? Absurde. «Compte tenu des connaissances sur la mécanique du plaisir sexuel, l'opposition vaginale ou clitoridienne est une question dépassée», explique Catherine Solano, médecin sexologue. Si le sexe masculin forme un tout, du bout de la verge à l'arrondi des testicules, il en va de même pour le sexe féminin. Sorte d'iceberg, le clitoris visible à l'oeil nu ne représente qu'un petit bout de cet organe qui enfouit ses ramifications nerveuses, longues d'environ dix centimètres, des deux côtés du vagin.


Quand il y a excitation sexuelle, elle emporte le plus souvent clito et vagin à la fois. La proximité entre les deux est telle que certains experts estiment que clitoris et point G - situé à l'entrée du vagin, derrière le pubis - ne forment qu'un seul et même organe. «Le point G, c'est l'arrière du clitoris, dit Damien Mascret, médecin sexologue. Voilà qui ne nécessite pas des milliers de pages de littérature.» Et pourtant. Pas un sujet plus que la sexualité féminine ne fait l'objet de débats aussi irrationnels que passionnés, où l'idéologie rivalise avec la pauvreté des données scientifiques. Et ce, malgré l'émancipation des femmes depuis plus de trente ans.

Longtemps, les hommes ont trouvé confortable, quand ils faisaient l'amour, d'oublier le plaisir de leurs compagnes. Longtemps, ils ont aimé croire que la pénétration était l'acte le plus jouissif pour les deux sexes. Focalisée sur la reproduction, l'Eglise - et sa position du missionnaire - ne les encourageait pas à penser autrement. Médecins et scientifiques préféraient se pencher sur la fonction érectile de l'homme - encore aujourd'hui.


Clitoridienne ou clitoridienne ?


Freud, lui, verrouilla la question. Selon le père de la psychanalyse, une femme qui ne connaît que le plaisir clitoridien est immature. Pire, si elle s'adonne à la masturbation, activité jugée masculine, elle devient virile. Seuls les êtres atteignant l'orgasme vaginal sont considérés comme des adultes complets et accomplis. «La transformation de la petite fille en femme est caractérisée principalement par le fait que cette sensibilité [dont le clitoris est le siège, ndlr] se déplace en temps voulu et totalement du clitoris à l'entrée du vagin», écrit Freud en 1922, dans son Introduction à la psychanalyse. C'est ainsi que Marie Bonaparte, patiente de Freud devenue psychanalyste, se fit opérer pour rapprocher les deux zones, afin de jouir de façon plus «mature».


Entre l'Eglise et la psychanalyse, il faudra attendre les féministes des années 70 pour entamer la réhabilitation du clitoris. Sabrant la théorie freudienne, elles «proclament le triomphe de la masturbation féminine comme seule forme d'activité sexuelle procurant une véritable jouissance à la femme, explique Jane Hunt dans Osez la masturbation féminine (lire ci-contre) . On tombe dans l'excès inverse mais la masturbation féminine est explorée et défendue comme il se doit.» Car le clitoris reste la façon la plus évidente d'atteindre l'orgasme pour les femmes. Avec ses huit mille terminaisons nerveuses, cette zone est bien plus sensible que le vagin. Seules 5 % des femmes pratiquent une masturbation intravaginale (1). Alors, toutes clitoridiennes ? Mécaniquement, oui. Mais dans la pratique, le plaisir féminin se montre bien plus imaginatif. «Il y a une foule de façons de jouir : le clitoris, le vagin, l'anus, les tétons etc., rappelle Ovidie, ancienne actrice de film X.


La plupart des filles sont à dominante clitoridienne car c'est la façon la plus simple de jouir. Certaines auront donc des orgasmes à point de départ clitoridien, d'autres en auront à point de départ vaginal. Quelques-unes, plus minoritaires, ne jurent que par le plaisir anal. En fait, potentiellement, une femme peut rendre érogènes de nombreuses parties de son corps. Elle peut avoir le soir, un orgasme clitoridien puis le lendemain matin, un orgasme vaginal.» Quand on interroge les Françaises, 30 % disent n'avoir jamais ressenti d'orgasme vaginal, 37 % déclarent avoir un orgasme vaginal si le clitoris est associé. 33 % seulement obtiennent un orgasme par le seul mouvement du pénis dans le vagin (1).


Or, la pénétration reste la position favorite des Français (80 % environ la pratiquent), même si cunnilingus et fellation appartiennent aujourd'hui au répertoire sexuel de plus la moitié de la population (2). «Dans notre imaginaire et notre culture, la relation sexuelle est la pénétration, expliquent le médecin sexologue Damien Mascret et la journaliste Maïa Mazaurette dans la Revanche du clitoris (lire ci-contre).


Or, le clitoris ne se pénètre pas.» Mal gré le mouvement féministe et la libération sexuelle, ils estiment que ce petit bout de chair est victime d'«excision culturelle», car toujours cantonné, aujourd'hui, au stade des préliminaires. «Si le gland de l'homme se trouve automatiquement stimulé dans le coït, il n'en va pas de même chez la femme. Il faudrait donc cesser de se pâmer devant la "nature qui est si bien faite" pour admettre, enfin, que la nature a mal fait les choses en éloignant le clitoris du vagin.» Quant à la masturbation féminine, même si elle s'est largement diffusée ces dernières années (3), elle reste taboue chez de nombreuses femmes. Entre 18 et 24 ans, une jeune fille sur deux dit ne s'être jamais donné seule du plaisir, révèle la dernière grande enquête réalisée sur la sexualité des Français par l'Inserm et l'Ined (2). «Il est rare de voir la masturbation en une des journaux féminins, souligne Maïa Mazaurette. On persiste à présenter la masturbation masculine comme un apprentissage et la masturbation féminine comme un substitut de relation sexuelle "réelle".»


Apprivoiser le vagin


Sur la cartographie du plaisir féminin, Ovidie se situe à l'opposé. Reconvertie dans la réalisation de films et de guides sexuels, l'actrice estime que le grand oublié de la sexualité féminine n'est pas le clitoris mais. le point G. «Le vagin, c'est la Belle au bois dormant, dit-elle. L'orgasme vaginal est effectivement difficile à atteindre car c'est une zone moins sensible que le clitoris ou l'anus. Mais il faut savoir le réveiller et l'apprivoiser.» Militant pour une réhabilitation du point G, guide pratique à l'appui, elle met en cause le féminisme des années 70 qui, dans sa défense absolue du clitoris, en a délaissé le vagin. «Le plaisir vaginal est devenu un plaisir phallocrate. On encourage les jeunes femmes à se masturber, on explique aux hommes comment caresser et lécher le clitoris de leur compagne. Aujourd'hui, pour la plupart des femmes, le point G reste un mythe, un vaste mensonge construit de toutes pièces par les hommes.»

Féministe prosexe, Ovidie veut démontrer que la sexualité des femmes est bien physique, et pas faite de bons sentiments ou d'élucubrations mentales. «Le plaisir vaginal provoque, dans certains cas, une éjaculation chez les femmes. Or, bon nombre de gens n'en ont jamais entendu parler.» Manifestation concrète d'une jouissance féminine, ce liquide incolore et inodore fait l'objet d'une querelle scientifique. Pourtant, aucune équipe médicale ne s'est jamais sérieusement intéressée à la question. Ovidie se dit prête à jouer les cobayes.

«Pourquoi tout ce qui touche à la jouissance féminine demeure-t-il mystérieux et ne fait jamais l'unanimité ?» (1) Enquête faite sur Internet, en 2005, par le Dr Solano, auprès de 27 000 femmes. (2) Enquête sur la sexualité en France, Ed. La Découverte, 2008. Réalisée par l'Inserm et l'Ined auprès de 12 000 personnes. (3) En 1992, 40 % des femmes disent connaître la masturbation. En 2006, elles sont 60 %, contre 90 % des hommes, selon l'enquête Inserm-Ined.



©Libération.fr

Partager cet article

Repost 0
Published by Perceval Le Gallois - dans SEXO
commenter cet article

commentaires

Rechercher



«En chacun de nous existe un autre être que nous ne connaissons pas. Il nous parle à travers le rêve et nous fait savoir qu'il nous voit bien différent de ce que nous croyons être.»

«Ce qu'on ne veut pas savoir de soi-même finit par arriver de l'extérieur comme un destin.»

«La clarté ne naît pas de ce qu'on imagine le clair, mais de ce qu'on prend conscience de l'obscur.»
[ Carl Gustav Jung ]