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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 16:23



La masturbation rend sourd, aveugle quand elle ne tue pas: cette supercherie n’a pas été le fait de l’Eglise, mais d’une science qui se fixa comme objectif de régenter les comportements.


La masturbation rend aveugle quand elle ne provoque pas des maladies mortelles: de cet énorme canular (ou de cette grande tragédie si l’on pense à l’angoisse qu’elle a engendrée chez des centaines de millions d’adeptes), nous rendions responsables l’obscurantisme religieux ou la «morale judéo-chrétienne». Eh bien non, définitivement non, clame l’Américain Thomas Laqueur, spécialiste de l’histoire culturelle de la sexualité.


Après La Fabrique du sexe, qui a connu un grand succès au début des années 1990, voici la traduction de son essai, Le Sexe en solitaire, histoire très documentée de la masturbation en Occident.

 

 

 



Avant d’en arriver à ce verdict, Laqueur a parcouru patiemment le temps et l’espace à la recherche de l’origine d’une vision aussi terrifiante de l’onanisme pour arriver à ce constat: durant l’Antiquité grecque et romaine puis dans la tradition rabbinique, il n’a été considéré au pire que comme une faute de goût. Le christianisme, alors? Il a certes considéré la masturbation comme un péché, mais y succomber et le confesser n’entraînait au Moyen Age que de menues pénitences, même pour les moines.


Certains auteurs ont essayé de déclencher des croisades contre le sexe en solitaire, mais ils n’ont pas été entendus. Parmi eux, Pierre Damien reçut une cuisante leçon: le pape Léon IX, à qui il avait adressé un livre de réflexion vengeur sur le sujet, le remercia de ses efforts, mais lui fit remarquer que la Miséricorde de Dieu devait l’emporter sur la sévérité apostolique. Il est frappant de constater que, bien plus tard, Bakounine était beaucoup plus préoccupé par le sujet que Léon IX. A son ami Bielinski, il se vanta d’être récemment sorti vainqueur d’un terrible combat contre l’onanisme. Et Freud lui-même, en 1895, a soutenu que la masturbation avait une qualité somatique spécifique, épuisante, qui débouchait sur la neurasthénie.

 


Où est l’obscurantisme? Du côté de la Raison, du Progrès et des Lumières, nous dit Thomas Laqueur. Cette histoire-là commence en 1712, quand explose, dans un ciel jusque-là relativement serein, une véritable bombe éditoriale, sous la forme d’une brochure en anglais intitulée Onanie. La condamnation n’est pas seulement morale. Dans un langage pseudo-scientifique, l’auteur, un certain John Marten, qui se prétend chirurgien, rend la masturbation responsable de la plupart des maladies mortelles. C’est surtout un charlatan, comme en témoigne aussi la longue liste de médicaments anti-masturbation dont il vante les mérites dans son opuscule et dont il a le contrôle de la production et de la distribution, selon toute vraisemblance. Mais ses contemporains étaient mûrs pour recevoir son message. D’abord best-seller en Angleterre, le livre fut traduit dans toutes les langues européennes, et engendra de nombreuses vocations d’auteurs.


Attirés par ce nouveau créneau, ils participèrent à la diffusion des avertissements apocalyptiques de Marten dans toutes les classes sociales. Même l’intelligentsia contracta le virus. Voltaire et surtout Rousseau écrivirent tout le mal qu’il fallait penser du sexe en solitaire. L’apex fut atteint en 1759 avec L’Onanisme, l’ouvrage du «médecin des Lumières», le très illustre professeur lausannois Samuel Auguste David Tissot, qui mit tout son crédit au service d’une doctrine qui ne sera abandonnée par la médecine qu’au début du XXe siècle. Son livre fut un des plus grands succès d’édition du XVIIIe siècle.



Comment expliquer cette panne incroyable de la science et de la modernité? Laqueur insiste surtout sur la volonté des médecins, dont le pouvoir s’affirme au XVIIIe siècle, de jouer de manière particulièrement dictatoriale le rôle de police des comportements traditionnellement dévolu à l’Eglise. Une culture et une économie accordant une grande importance à la sociabilité ont aussi pu rendre possible cette détestation du plaisir solitaire. Enfin le rôle de l’imagination, dont on se méfiait terriblement en ce siècle philosophique, a pu exciter plus d’un censeur. Mais de là à promettre la mort à ceux qui y succomberaient! Cela, Laqueur peine à l’expliquer. Ce négatif des Lumières demeure un grand mystère.




©amge.ch




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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 16:10

sexualite-japon1.jpg






“Il n’y a pas d’interdits au Japon en matière de sexualité. Les clercs n’ont jamais stigmatisé la notion de plaisir en tant que tel ni tenté de museler les pulsions par prescriptions et menaces institutionnelles.”


Cette liberté, mixée avec une culture ancienne et insulaire, fait de la sexualité japonaise un sujet de fascination d’autant plus que les mangas ont permis sa diffusion auprès de millions de jeunes Français. Réinterprétée, souvent mal comprise, cette érotique japonaise fait maintenant partie de la nôtre. Mode ou lame de fond : il est trop tôt pour juger. Mais cette influence majeure, qui n’a pas fini de faire trembler nos fantasmes, il est temps de la connaître un peu mieux. Pari rempli avec le tout neuf Dictionnaire de l’amour et du plaisir au Japon, d’Agnès Giard.


Il y a des bouquins comme ça, qui font perdre la tête. On ouvre une page au hasard et on se “réveille” trois heures plus tard avec l’envie d’en parler à tout le monde. On pousse des “ah” et des “oh”, ce qui est toujours bon signe pour un livre traitant de la sexualité :)


Ce Dictionnaire de l’amour et du plaisir au Japon a beaucoup de raisons de séduire. Déjà, c’est un dictionnaire thématique - pas question de se taper un exercice chronologique fastidieux, ou de respecter l’ordre alphabétique. On y aborde le corps, les relations, les pratiques autant que l’imaginaire. Tout ça en picorant, chaque question en appelant une autre. Du coup on se promène. La mise en page est aérée mais le propos est dense : 124 thèmes en balade sur 350 pages bourrées d’illustrations bien choisies. Pour peu qu’on soit un minimum curieuse, c’est vraiment le bouquin qu’il faut demander à Noël.


Et puis il y a le plaisir anticipé de briller en société… Si ma mémoire n’était pas une grosse passoire (car je me connais, j’aurai oublié demain), je pourrais maintenant expliquer à mes amis que mon vagin possède 48 plis, mon anus 16 (en hommage aux chrysanthèmes), ou que le sperme a l’odeur des feuilles de marronniers. Je pourrais raconter d’où vient cette tolérance pour la représentation de la pédophilie, je pourrais étaler ma science sur ce qu’on peut demander comme pratiques bizarres dans un bordel tokyoïte, et je pourrais dire pourquoi les femmes mordent dans des mouchoirs sur les estampes classiques.


Mais la meilleure partie de cet excellent bouquin, c’est encore celle qu’on écrit dans sa tête. L’auteure a la gentillesse de nous laisser comparer nous-mêmes les abîmes qui séparent la mentalité japonaise de la nôtre (et bien souvent, l’abîme entre ce qu’on croyait savoir et la réalité). L’apport de faits et d’anecdotes est dans les pages, l’analyse et les conclusions n’appartiennent qu’aux lecteurs.


On peut sourire en lisant que les vieilles croyances japonaises exigent d’une femme qu’elle soit physiquement épuisée pour être bien lubrifiée, et que certains maris envoyaient leur épouse visiter six temples bouddhistes en une seule journée pour les préparer à l’amour…



©LadiesRoom
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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 15:30


Catherine Robbe-Grillet, l'épouse du chef de file du nouveau roman, a tenu un journal de 1957 à 1962. Un grand moment de l'histoire littéraire vu des coulisses. C'est spontané, polisson, charmant.


Mme Robbe Grillet a tenu un journal intime entre 1957 et 1962, c'est un régal. Car enfin, il est plaisant, un demi-siècle plus tard, de pénétrer dans les coulisses du nouveau roman, qui n'est pas une lointaine planète aussi hivernale qu'on le pensait ; il y a même de la comédie sexuelle et burlesque dans l'air. On se souvient de la belle photo officielle de ces écrivains novateurs, photographiés un jour gris devant la façade des Editions de Minuit, dans l'étroite rue Bernard-Palissy, photo officielle des jeunes hommes et femmes qui changeaient le paysage du roman français asphyxié par Sartre et les sartriens.


Il y avait là Michel Butor, Nathalie Sarraute, Claude Simon, Robert Pinget, Alain Robbe-Grillet, tous coiffés court et visiblement pressés de rentrer au chaud. Et, bien sûr, l'éditeur, Jérôme Lindon. On se demandait avec gourmandise : mais que se disent-ils ? que font-ils ? s'aiment-ils ? se querellent-ils ? s'apportent-ils des fleurs, des manuscrits ? partagent-ils le gigot-purée dans un bistrot voisin ? s'emmêlent-ils sur un lit ? Grâce à une jeune mariée, Catherine, sensible, délicate, vaillante, discrète, on s'installe au milieu d'eux. Et on sait tout ou presque.


Elle, avec ses nattes de collégienne de Neuilly, son air velouté de bonbon érotique, ressemble à une Lolita diaphane prête à toutes les syncopes dès qu'on la touche. Elle s'est fait remarquer pour avoir publié aux Editions de Minuit un récit lisse un tantinet sadomaso, « L'image », sous le pseudonyme de Jean de Berg. Bien écrit. Polisson.


Son journal s'ouvre par le récit de son voyage de noces en Yougoslavie. Lui, Robbe-Grillet, ingénieur à l'Institut des fruits et agrumes coloniaux, commence à être célèbre. Il a fichu le feu au vieux roman balzacien ! Auteur des « Gommes », il provoque des polémiques. On se jette Balzac à la figure. Une nouvelle bataille de polochons secoue le dortoir littéraire. Au milieu, la vaillante petite épouse, poupée bellmérienne, voit tout, entend tout, commente tout. Les cent premières pages sont un délice.


Les dîners, les querelles, les rumeurs, les lectures, les jalousies, les mondanités, les approches, les jeux sexuels, les surprises, les courses en ville, le jardinage, les séances de cinéma, les papotages de salon de coiffure, les petites phrases assassines, les vacances à Brest, la lecture des journaux, l'aménagement du salon, les chances de Claude Simon pour les prix d'automne, les vernissages, les sports d'hiver, les corvées culturelles, les promenades dans les villes étrangères (souvent allemandes). Bref, c'est vif.


Catherine, spontanée, diablotine, ne triche pas. Elle découvre ce monde avec un détachement amusé. Nathalie Sarraute produit une détestable première impression ( « Comme c'est difficile de parler et de vivre avec elle ! On sait qu'elle voit une intention cachée dans chaque parole et on n'ose plus ouvrir la bouche. Elle ne va pas dans l'explication la plus simple, non, mais à l'interprétation la plus fumeuse, la plus emberlificotée. »). Entre un essayage de manteau, un thé chez une amie, on découvre le jeune et bel Alain Resnais, qui semble refléter son élégance dans une expression d'absence qu'il porte comme un charme.


Plus surprenant : on découvre que Jérôme Lindon a forcé la main de Robbe-Grillet pour qu'il signe le manifeste des 121... Par les interstices, la lumière grise de la guerre d'Algérie filtre et en dit long sur le Paris de l'époque, bien loin d'Alger.


Le journal fait aussi le ménage et « déconstruit » - soyons derridien - la légende d'un groupe obsédé d'abstractions. C'était bien Robbe-Grillet le chef de rayon qui présentait la collection griffée « nouveau roman ». Décontracté, tonique, compétent, débatteur hors pair, dialecticien enchanteur, certains soirs étincelant, d'autres moins, il explique, commente, court les universités et les salles de conférences pour semer la bonne parole littéraire devant des publics étudiants ébahis. Le journal tient toujours son ton primesautier. Il pose sur le même plan l'achat de rideaux et une rencontre tout en couleurs avec Nabokov.


Cependant, le meilleur est dans l'autoportrait d'une jeune femme. Ses élans sentimentaux, pulsions toutes chaudes de son désir, attirance qu'elle éprouve pour des inconnus rencontrés dans les cinémas. Les intermittences du coeur, les légers coups de déprime, les soirées nerveuses, tout est frotté de quelque chose de poli, de blanc, comme si cette Catherine était tombée dans un monde que Dieu avait créé en se jouant. Il y a du funambule en elle, du Vivaldi, du Goldoni, une délicatesse de chat pour passer entre les gros événements sans trop en être affectée.


On croise également les silhouettes exquises de jeunes gens mal connus, Sollers et Hallier, pressés d'exister et de se faire remarquer, irrésistiblement attirés par la lumière de la maison Minuit, ne sachant s'ils doivent se rallier au groupe ou en casser les carreaux.

Catherine ne cache pas non plus le pouvoir magnétique qu'elle exerce sur les hommes, prête assez vite à devenir ornement érotique, silhouette polissonne qu'on dorlote dans un fauteuil, et qui subit des avances qu'on devine pas si gratuites que ça. Mais c'est suggéré, énoncé avec charme.

L'impudeur devient même pudeur, innocence, air de vacances... C'est une grâce d'expression qui transforme le caractère exhibitionniste du genre en une confidence. Indéniablement du travail peu courant, dans une ambiance de jeunesse en pyjama qui découvre la vie de palace.. Les auteurs et l'époque sont glissés avec ironie dans le sous-verre du temps. Grâce à Catherine, le nouveau roman a trouvé sa Mme du Deffand.



©LePoint.fr



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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 14:56




Pourriez-vous vous masturber sur des photos de pieds ? Sur des voûtes plantaires ? Regardez les photos d’Ed Fox. Puis méditez cette phrase de Dian Hanson, l'éditrice qui vient de publier ce photographe chez Taschen : «Avec les seins, ce sont les pieds que les hommes aiment le plus chez une femme.»













Dian Hanson édite des ouvrages dont elle dit qu’ils ne sont pas érotiques (un mot trop «doux») mais pornographiques. Le recueil de photos d’Ed Fox—sobrement intitulé Ed Fox—, présente effectivement l’avantage de «mettre le feu» bien plus jouissivement qu’un match de foot… Et pourtant, voilà, c’est de foot-fetish que le livre traite.

 


Edfox2

 


Foot-fetish en Français : fétichisme du pied. Et quels pieds ! Pour parvenir à en photographier la plante —sans faire l’impasse sur le reste du corps— Ed Fox fait prendre à ses modèles les poses les plus dégueulasses (ce mot me semble approprié) : cuisses largement écartées, genoux contre les épaules, les filles vous fixent droit dans les yeux. D’autres (comme Dita Von Teese, l’ex-femme de Marilyn Manson) se présentent à quatre pattes dans des culottes transparentes qui moulent leur sexe charnu et fendu, paupières baissées de façon faussement pudique… D’autres encore se tordent en arrière, le string comme un élastique sur les genoux. Ou posent fermement un talon-aiguille sur le rebord de WC sales, le cul tendu vers l’objectif, vulve moite et œil aguicheur… 


Malgré toute cette débauche de libido à vif, que montrent réellement ces photos ? Des pieds vus de l'intérieur. Non pas le dessus sage et manucuré des pieds, mais le dessous… Des pieds nus. Des pieds cambrés, tordus en arc, la plante révulsée, les orteils rétractés comme sous l’effet de l’orgasme. Des orteils en soleil, des orteils qui partent en vrille, des orteils qui se déplient, se crispent et se tordent dans des directions différentes, chacun clamant à sa façon le plaisir… Là où —platement— nous ne voyons qu’un pied (bêtes comme des pieds, finalement), Ed Fox voit le sexe même. D'un œil qui illumine le nôtre.


«Le pied parfait serait comme un toboggan de piscine, dit-il, plein de virages et de bosses, où je peux me laisser glisser. Les bras devant, comme un gamin heureux.» La seule image à laquelle il a jamais donné un titre c’est d’ailleurs celle qui réduit sa passion à l’épure : un gros plan de voûte plantaire. Il l’a nommée «X».

 

Dans les années 60, c’est l’Américain Elmer Batters, qui avait lancé la photo de «foot-fetish». En février 1998 (huit mois après la mort d’Elmer Batters), sous l’impulsion de Dian Hanson, Ed Fox prend la relève : il publie des photos de pied dans Leg Show. Puis dans Playboy. Il publie même des photos de pieds sales : Ed Fox fait poser la célèbre playmate Aria Giovanni dans une cour jonchée de vieux pneus et de cambouis. «On ne s’attend pas à ce qu’une belle femme ait les pieds sales, raconte-t-il. C’est une imperfection émoustillante, comme si elle se laissait aller. Mais la crasse fait aussi ressortir la forme et les détails de la plante de pied


Ed Fox ne s’explique pas cette passion qu’il a pour les pieds. Pour Dian Hanson, en revanche, la raison est toute simple : «Les plantes de pied sont la partie du corps la plus riche en glandes sudoripares, dit-elle. Sur le plan chimique, ces glandes produisent une sueur riche des mêmes acides gras que l’on trouve dans la région génitale et sous les aisselles : la sueur aprocrine.» Traduction : les pieds envoient des signaux olfactifs si forts qu’on pourrait nous suivre à la trace si nous marchions pieds nus. On affirme que les Aborigènes identifient des individus à l’odeur de l’empreinte des pas. La plupart des fétichistes du pied ne peuvent pas se passer de ce genre d’effluve sexuel… La science confirme-elle cette théorie ? Peut-être…


D’après certaines recherches, rien n’est plus proche du sexe que le pied. Dans le cortex, par exemple, la zone des organes génitaux est juste au-dessous de celle des pieds. «Les signaux électrochimiques débordent parfois d’une zone à l’autre», raconte Valérie Steele, auteur d’un livre-culte consacré aux chaussures et aux pieds. Voilà pourquoi nos orteils se recourbent pendant l’orgasme. Quant au massage de pied, inutile d’insister sur ses vertus aphrodisiaques. En réflexologie, on traite l’impuissance d’une simple pression sur la partie interne du talon, zone réflexe liée aux testicules…


Jésus lui-même n’était pas insensible à ce type d'attouchements : «Depuis que je suis entré, dit-il (Evangile selon Saint Luc), elle n’a cessé de me baiser les pieds. C’est pourquoi je te le dis, ses péchés ont été pardonnés car elle a beaucoup aimé.» Dans la mystique judéo-chrétienne, le pied —en forme de germe— est le symbole de l’être en devenir. Etre blessé aux pieds, c’est n’avoir plus d’avenir. «Ce ne sont pas des organes vitaux, plaide Desmond Morris, éthologue, et pourtant, les maltraiter peut nous tuer : ceux qui ne peuvent plus faire de longues promenades sont les premiers à mourir


Depuis l’antiquité, les pieds sont considérés comme le siège de l’âme humaine : pour les Grecs, une claudication symbolise l’imperfection morale. La chaussure, qui protège le pied, permettant ainsi les longues marches, est réservée aux seuls hommes libres : eux, ils ont un destin. Les autres ne sont que des esclaves. En guise de semelle, ceux-ci ne portent d'ailleurs que de la craie blanche sur la plante de pied.


Symboles de liberté, d’accomplissement spirituel, les pieds ce sont nos ailes. Au cours d’une vie, ils rebondissent sur le sol plus de 10 millions de fois —10 millions de sauts de l’ange. Ce sont les tremplins de l’être. Ils se composent de 26 os, 114 ligaments et 20 muscles : un «chef d’œuvre de mécanique» (Léonard de Vinci) au service d’une conquête spatiale inédite : pour David Le Breton, anthropologue itinérant, les pieds nous mènent au-devant de nous-même. «J'aime m'arrêter pour contempler la beauté du monde.» Marcher : prendre son temps. Etre, enfin, loin des hystéries collectives, seul avec soi.


A SAVOIR
Epaisseur de la peau : un millimètre sur les paupières, trois sur la paume des mains, cinq sous la plante des pieds… Le pied est traversé par 60 points réflexes et 7 200 terminaisons nerveuses connectées, via la moelle épinière et le cerveau, à toutes les régions du corps.

Le pied est aussi une zone clé du système circulatoire. La plante est comme une éponge : comprimée à chaque pas, elle stimule le retour du sang vers le cœur. C’est pourquoi on qualifie aussi le pied de «cœur périphérique».
La nudité des pieds implique le dépouillement psychique et spirituel de l’être. Aujourd’hui encore, se mettre pieds nus constitue un acte d’abandon de certaines valeurs sociales (de protection, de quant-à-soi).

Il faut enlever ses chaussures devant l’entrée de certains lieux de culte pour montrer qu’on devient l’esclave consentant d’un dieu ou d’une déesse.

Sur le plan du langage corporel, c’est vrai que nos pieds nous trahissent bien plus souvent que les autres parties du corps : les pieds, livrés à eux-mêmes, reflètent souvent nos pensées.




© AgnèsGiard
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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 14:06

Claude Lelièvre et Francis Lec, éd. Odile Jacob, avril 2005, 346 p. – 25 €.

Proposé par un historien de l'éducation et un avocat-conseil de la Fédération des autonomes de solidarité laïque de l'Enseignement public et laïc, chargée de venir en aide à ses 700 000 adhérents « lorsqu'ils sont confrontés à des situations de détresse exceptionnelle », cet ouvrage retrace l'histoire de deux siècles d'embarras de l'école vis-à-vis de la sexualité des enseignants et des élèves.

Il montre, à travers plusieurs « affaires », comment cette école, qu'elle soit d'Église ou laïque, est passée du « sanctuaire » à un espace où la mixité apporte une dénégation pure et simple de la sexualité (prolongeant ainsi l'« obsession de la pureté ») et où les questions de sexualité sont de plus en plus gérées par des dispositifs judiciaires – processus de « judiciarisation », très nouveau, dont l'ampleur et certaines conséquences font, à l'évidence, question.



©CNRS
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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 13:32



Récemment Sœur Emmanuelle a laissé pour testament un livre dans lequel elle confesse qu’elle s’adonnait à la masturbation, preuve que… la sœur est manuelle, comme quiconque en matière d’éros si on le prive d’une vie sexuelle digne de ce nom. L’éros chrétien semble un oxymore tant l’un exclut l’autre.


L’analyse de la construction de cet antiéros chrétien ne regorge pas d’historiens ou de philosophes. Michel Foucault aurait excellé dans cet art, mais il a travaillé sur l’antiquité gréco-latine. Peter Brown, le biographe de saint Augustin, a livré jadis une excellente analyse des cinq premiers siècles de notre ère avec le Renoncement à la chair.


Florence Colin-Goguel prend la suite et analyse la construction de cet éros chrétien de la période carolingienne au XVebeau livre, comme on dit, qui associe l’analyse d’œuvres médiévales, leur reproduction bien sûr, la présentation de leur contexte, puis une lecture serrée et directe des grands moments qui jalonnent la fabrication du corps chrétien pendant ces dix siècles.

L’idéologie de l’Eglise se constitue lentement et péniblement, l’épistémè païenne est dure à cuire, et l’art accompagne cette cristallisation doctrinaire effectuée à coups de conciles. Dans cette configuration, l’art se présente pour ce qu’il a toujours été : le bras armé de l’idéologie de son commanditaire, son auxiliaire. Les représentations montrent et évitent l’effort d’imagination : elles disent crûment ce qu’il faut faire et éviter ou ce qui advient si l’on n’a pas obéi. L’image édifie.


Florence Colin-Goguel commence avec l’assimilation de la sexualité à la faute généalogique. Eve tentée et tentatrice devient la cause de l’expulsion du paradis originel. D’où la misogynie de l’Eglise qui associe la femme, la tentation, le péché, la faute, la damnation et ce qui s’ensuit : invention du corps coupable, pudeur et honte de la nudité, discrédit jeté sur désir et plaisir, assimilation du sexe féminin à la gueule de l’enfer, transformation du sperme en véhicule du péché, détestation du corps, etc.


Cette déconsidération du désir humain et de la libido devenus perversions majeures se double d’une rédemption possible : la négation de la chair et l’imitation du corps parfait du Christ. On invite dans un même temps à maltraiter son corps vivant et à désirer le corps glorieux des élus ressuscités. D’où l’équation : mourez de votre vivant ici et maintenant et vous vivrez éternellement après votre mort sous la forme de corps incorporels… Florence Colin-Goguel a sélectionné une iconographie magnifique, rarement vue, très parlante et fonctionnant à ravir sur le mode contrapuntique avec son commentaire éclairé, savant et limpide.


Ce sont donc des tapisseries, des enluminures de codex, des enseignes populaires, un pion de trictrac en ivoire (un évêque sodomite…), des pages de manuscrits (dont l’une avec une femme qui cueille des phallus dans… un arbre à phallus), des détails de psautiers, de livres d’heures, des bas-reliefs, des chapiteaux, des vitraux, des panneaux peints, des coffrets, des pièces rares (un bâton pastoral paléochrétien), un parement d’autel en broderie de laine islandaise, un tympan de cathédrale qui parlent ou que, du moins, Florence Colin-Goguel fait parler.


Par-delà les siècles, on entend alors le bruit des conversations constitutives de l’éros chrétien : le corps devient impur, pécheur ; la sexualité est condamnée ; l’Eglise opte pour une codification de la sexualité même si son idéal (celui de saint Paul), est tout bonnement la chasteté. Mais le réel est au-dessous de cet idéal. Il faut donc décider du coït licite et illicite.

Dans une année, quatre-vingt-dix jours échappent à l’interdiction que représentent les fêtes religieuses, les périodes de carême, l’impureté de la femme, autrement dit règles et grossesse. Toutefois pendant ces trois mois de sexualité possible, on déconseille le passage à l’acte car le plaisir est impossible à ne pas éprouver, preuve que le péché se transmet indubitablement… D’où cette phrase terrible de saint Bernardin de Sienne : «Sur 1 000 ménages, je crois que 999 appartiennent au diable…»


L’appareil de répression sexuelle chrétien suppose la confession - une «véritable procédure d’inquisition» - qui produit culpabilité, angoisse, inhibition, et une impuissance qui oblige bon nombre de ces victimes à recourir aux dénoueuses d’aiguillettes. Ces femmes qui intercèdent en faveur du désir deviennent les sorcières massivement brûlées. Dans une superbe phrase, Florence Colin-Goguel écrit : «Le mariage médiéval est en fait un mariage à trois, l’homme, la femme et Dieu.» Même si l’auteur, historienne scrupuleuse, ne s’autorise pas d’incursions en dehors de sa période de prédilection, on peut imaginer que cette belle formule traverse les siècles et dit la nature de toute sexualité qui implique au moins un croyant, quel que soit le degré d’implication réelle dans sa religion…



©Libération.fr



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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 12:28




1/ Le sexe bizarre : qu'est-ce que c'est ?
Il y a des hommes et des femmes qui trouvent qu'un ballon rouge, c'est sexy. Ils en tirent des sensations à couper le souffle, décrivant avec ivresse l'envol du ballon entre leurs bras, puis ses « cris » quand – au bord de l'explosion – le ballon rouge grince doucement contre leur bouche. On les appelle « looners ». D'autres imaginent qu'ils sont eux-mêmes, comme des ballons, capables de se dilater avec une sorte d'exaltation onirique.

D'autres encore rêvent que les seins de leur femme se transforment en double montgolfière royale, décuplant de volume en plein milieu d'un diner romantique au restaurant. Ils imaginent que leur épouse, après avoir bu une coupe de champagne, se sent tout à coup légèrement à l'étroit. Un bouton de son décolleté saute, puis un second. Les seins enflent et leur femme s'envole ! Il n'y a plus qu'à la ramener à la maison, suspendue au bout d'un fil comme un ballon.



M. et Mme B., eux, enfilent des cagoules gonflables qui leur fait une tête de bibendum, sans orifice pour voir, ni pour parler, et se plongent – à l'intérieur de cette bulle – dans un état d'appesanteur jouissive… Certains se convertissent en poupées gonflables vivantes. D'autres se font mettre sous vide dans des lits de latex qui ressemblent à des boites Tupperware et collectionnent amoureusement des bouées en forme de Godzilla.

Il faut de tout pour faire une libido. Véritable encyclopédie des pratiques érotiques les plus extravagantes au monde, « Le sexe bizarre » dresse le tableau exhaustif des fantasmes ahurissants, loufoques ou rares qui se pratiquent à travers le monde. Autrefois entourés de secret, maintenant révélés sur internet, ces pratiques sortent au grand jour et témoignent de l'incroyable inventivité des humains. Il faut en effet avoir beaucoup d'imagination pour trouver du charme à un aspirateur ou à un stéthoscope.

Il faut aussi avoir l'esprit curieusement développé pour s'émouvoir à la vue d'une femme qui se déchausse après sa journée de travail ou d'une autre qui ouvre des boites de raviolis. Des milliers d'hommes et de femmes partagent pourtant ces goûts étranges. Il était temps de leur donner la parole et de leur permettre d'expliquer comment et pourquoi ils en sont venus à trouver séduisants des tartes à la crème. Ou des masques de superwoman.

Ils détournent les objets les plus innocents de la vie quotidienne et les transforment en adjuvants de leurs rêveries intimes. Ils trouvent dans la réalité la plus banale des éléments de stimulation, des excitants, des idées de scénarios érotiques. Même les blouses de nylon trouvent grâce à leurs yeux. C'est pourquoi leurs fantasmes – aussi absurdes et bizarres soient-ils - présentent un intérêt. Ils nous permettent en tout cas de relativiser les notres.

« La vie réelle fonctionne mieux si on lui donne ses justes vacances d'irréalité » (Bachelard, L'eau et les rêves).


2/ Des pratiques érotiques alternatives.

La prolifération des « niches » - ces pratiques érotiques qui ne concernent que quelques centaines, voire dizaines, d'adeptes -, reflètent la nouvelle donne du XXIème siècle : il n'existe plus de norme en amour, mais une incroyable diversité de comportements. La croyance en une sexualité « médicalement bonne », partagée par une majorité d'être humains « conformes », a été battue en brèche par les psychologues, les sociologues et les historiens. La notion même de « perversion » n'est plus reconnue par le le DSM (Diagnostic Statistical Manual of Mental Diseases), qui sert de référence mondiale en matière de psychiatrie.

Le nouvel ordre sexuel mondial, c'est le désordre des sens. Coïncidant avec l'explosion des modes et des tribus à l'aube du nouveau millénaire, ce phénomène en pleine explosion méritait qu'on l'analyse sans jugement. Refoulées aux marges de notre culture, des pratique nouvelles apparaissent chaque jour sur internet, attirant tout de suite à elles des curieux ou des amoureux attirés par un scénario érotique bizarre autant que surprenant. Infinies variations du plaisir, elles se démultiplient à une vitesse exponentielle, témoignant d'une relative libération des mœurs.

Sous des formes plus ou moins spectaculaires, la sexualité est devenue un terrain d'action. Des milliers de rubber-lovers se rassemblent chaque mois lors de « bals » londoniens pour communier dans l'amour du latex. Des millions d'amateurs de talons-hauts se rassemblent sur le web, pour partager leur conception du couple « moderne » : l'homme est dessous. Des amateurs de « Pony-play », harnachés comme des chevaux, paradent fièrement lors de défilés appelés « Pet-Pride » ou « Dressing for Pleasure ». Autrefois considérées comme des déviances, les pratiques sexuelles hors-normes ont désormais leurs leaders, leurs artistes et leurs militants et se ramifient par familles en une infinité de tendances souterraines.

Il y a des hommes qui aiment les doigts de pied, d'autres les mules noires, certains aiment voir les jambes dans le plâtre et d'autres les femmes au volant quand elles poussent l'accélérateur à coups de talons insistants. Il existe même un club de fantasmeurs très particuliers qu'on appelle les “Pedal Pumpers”. Certains ne sont heureux que lorsqu'il voient des souliers à talon blanc sur les pédales d'une Corvette 1959. Il faut obligatoirement que les souliers soient blancs.

Parce qu'elles sont extrêmement pointues, précises, proches de la mono-maniaquerie, ces pratiques érotiques peuvent sembler isolées. Elles témoignent pourtant de cette propension, toute humaine, à transformer le monde qui nous entoure en source de plaisir. Les objets que nous achetons – chaussures, meubles, appareils d'électroménager – véhiculent souvent d'autres valeurs que leur valeur purement marchande et correspondent souvent à des besoins autres que fonctionnels : besoin de beauté, besoin de plaisir.

Caressant le frein à main qui ressemble à un genoux, beaucoup de conducteurs parlent à la première personne et disent « je braque » ou « j'accélère » comme si la voiture faisait partie de leur corps. Leurs zones érogènes se sont subtilement déplacées sur toute la surface de contact avec l'habitacle de la voiture qu'ils investissent d'une charge sensuelle.

Alors que la science tend à nous déshumaniser, en morcellant notre corps comme un jouet en kit dont les organes seraient interchangeables avec des organes artificiels, alors qu'une certaines idéologie de l'apparence siliconée nous désensibilise et nous anesthésie, en nous faisant porter nos jambes, dos ou pieds, muscles, et même nos sexe comme des postiches, l'objet, lui, nous permet de reprendre possession de nous-même, et de reconstruire notre unité perdue.

« L'orthopédie va par degrés, explique Michel Serres : de la fausse dent au membre fantôme remplacé par un crochet, de l'œil en verre au vagin de matière plastique… L'objet s'intègre au sujet. Le sujet s'approprie l'objet, comme une greffe, avec ou sans rejet ». Pour beaucoup, la greffe prend si bien qu'elle ouvre un monde de sensations nouvelles, jouissives, explosives.

Livre d'art insolite, "Le sexe bizarre" fait le catalogue de ces étranges objets de désirs.


3/ La perversion n'existe pas

Dénoncée par la majorité des médecins et des psychologues comme une notion périmée, la « perversion » repose sur le présupposé suivant : il y aurait des actes correspondant à une sexualité médicalement bonne et des actes « pervers » dénotant une sexualité anormale que l'on devrait soigner.

Mais qu'est-ce qu'une sexualité anormale ?  Les médecins qui inventent cette notion au XIXè siècle, y regroupent des pratiques aussi différentes que le baiser, la masturbation, le sado-masochisme ou la position en levrette… Pour eux, la « perversion » désigne tout ce qui ne relève pas directement de la fécondation.

En 1882, dans Psychopathia Sexualis, l'inventeur de la sexologie - Krafft Ebing - recense plusieurs dizaines de cas cliniques de « malades sexuels ». Pour définir la perversion, Krafft Ebing part d'une norme : la pénétration vaginale, seule forme de sexualité admise par l'Eglise et l'Etat.

« Le membre viril est destiné à être introduit dans le vagin ; c'est indiqué par sa position et sa forme », affirme Krafft Ebing. Sous prétexte qu'anatomiquement, le phallus ne serait compatible qu'avec l'utérus, les médecins de l'époque condamnent la fellation et la sodomie.

Certains comme Ambroise Tardieu avancent même que ces pratiques contre-nature entrainent des malformations du pénis ou de la bouche ! Pour donner à leurs théories une apparence scientifique, ils font l'inventaire des plaisirs qu'ils appellent des « désordres » et posent en étalon la position sexuelle politiquement correcte : La position du missionaire.

« La position de l'homme couché sur la femme a toujours paru normale dans notre civilisation, remarque Yves Ferroul, professeur à Lille d'histoire de la sexologie. Mais la rencontre d'autres civilisations a montré qu'il n'y avait là rien de naturel ». Dans certaines sociétés d'Afrique ou d'Amérique, les partenaires se couchent en effet sur le côté, face à face et aucun ne peut prendre sans scandale le dessus sur l'autre.

Mais notre culture judéo-chrétienne n'admet pas que la femme puisse avoir d'autre rôle que passif et soumis dans l'amour. Elle n'admet pas non plus qu'un homme se fasse chevaucher. Au XIXè siècle, et même encore à notre époque, aimer cette position est un symptôme de perversité.  Pour Krafft Ebing, éprouver du plaisir en abandonnant le rôle actif à la femme ne peut être que le signe d'un tempérament masochiste, voire d'une nature homosexuelle !

Un homme, un vrai, ne doit pas subir les caresses, ni la langueur, ni l'émotion. Ce n'est pas viril. Et malheur à lui si, par-dessus le marché, il éprouve du plaisir en regardant sa femme (voyeurisme), en respirant son odeur (fétichisme), en lui mordant l'épaule (sadisme) ou – scandale - en lui faisant l'amour plus de deux fois par semaine (satyriasis) !

On le voit, le mot « perversion » n'a jamais eu d'autre réalité que morale et normative. Hélas, la morale a la vie dure. C'est seulement depuis 1974 que la masturbation ne fait plus officiellement partie des perversions recensées par le DSM (Diagnostic Statistical Manual of Mental Diseases).

L'Organisation Mondiale de la Santé ne supprime l'homosexualité de son chapitre « Troubles Mentaux » qu'en 1992.

Aujourd'hui remplacée par la notion - plus présentable – de « paraphilie »  (« activité sexuelle inusitée pas nécessairement dangereuse »), la perversion reste un mythe persistant de notre société.

De nombreuses pratiques – autrefois considérées comme pathologiques - sont passées dans les mœurs, mais certains fantasmes restent stigmatisés : on continue d'appeler « malades », « déviants », « pervers » les amateurs de chaussures à talons hauts ou de déguisements érotiques.

Pourquoi ? Parce qu'il nous faut des « boucs émissaires, facilement repérables par les gardiens de la société, explique Yves Ferroul. On n'aurait plus qu'à mettre ces gens-là à l'écart du groupe, de sorte que tous les autres sauraient qu'ils sont normaux et hors d'atteinte de toute contamination ».

« De vrais pervers existent, conclut Yves Ferroul. Ce sont des femmes qui ne respectent pas la sexualité de leur conjoint. L'absence de toute complicité, de petites remarques comme « C'est bientôt fini ? », « encore aujourd'hui ! », « oui, mais vite fait » détruisent très vite la personnalité de leur compagnon. 

Sont également pervers dans leur sexualité les hommes qui harcèlent leur compagne de leurs demandes sans tenir compte de leurs volontés et les amènent à perdre le goût du plaisir… ».

Note : Yves Ferroul est l'auteur de « Médecins et sexualités », un livre qui recense toutes les tentatives menées – particulièrement depuis le XVè siècle - par les théologiens et les « savants » pour légiférer les désirs.


Le Sexe Bizarre
publié aux éditions du Cherche Midi (Paris, 2004). Réédité aux éd Tabou (en 2010).
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7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 15:00



L’auteur a accompli un parcours universitaire des plus prestigieux. Agrégé d’histoire à 23 ans, il obtient sa thèse de Doctorat à Lille en 1985 où il enseigne à l’Université.

Depuis 1986, il enseigne l’histoire moderne à Paris VIII, et accumule les prix et autres distinctions, aux Pays Bas et aux Etats Unis. Il s’intéresse tout particulièrement aux mœurs, aux superstitions, aux sorcières et aux plaisirs.

Son abondante production littéraire et notamment son histoire du diable, publiée en 2000, aux Editions Le Seuil lui a valu un grand succès de librairie.

En Septembre 2005,dans un entretien à propos de son livre, il confie au magazine l’Histoire « J’ai choisi de faire une histoire du corps à travers les plaisirs. Mais le sujet est si vaste…Je me suis donc concentré sur le plaisir sexuel . »

Le terme d’orgasme ne s’applique au plaisir sexuel que depuis le dix-neuvième siècle, auparavant, il désignait plutôt un brutal accès de colère. L’histoire de l’orgasme en Occident va décrire essentiellement la répression que les différents pouvoirs religieux, sociaux, politiques ont exercé à l’encontre du plaisir sexuel.

Robert Muchembled émet l’hypothèse que la répression sexuelle aurait favorisé la libération d’autres énergies créatives pour combler le déséquilibre psycho corporel. Ainsi, le développement économique, les guerres de conquêtes, l’activité artistique de l’Europe du 16ème au 20ème siècle pourraient-ils avoir bénéficié de l’encadrement répressif de la sexualité.

L’auteur soutient son hypothèse, analyse et compare différentes sources, en Angleterre comme en France: littérature libertine, puis pornographique, archives judiciaires, démographiques, appareils législatifs.

Si l’érudition de l’historien comble avec intelligence et élégance les appétits intellectuels du lecteur, on regrettera qu’il se soit contenté de calquer son discours formel à propos du plaisir sexuel sur les affirmations de Freud aujourd’hui largement mises en doute.




©sexologie-magazine
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7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 15:00

Ethologie. Le paléoanthropologue Pascal Picq et le sexologue Philippe Brenot analysent la sexualité actuelle dans « Le sexe, l'homme et l'évolution » (Odile Jacob).


Le Point : Quelle a été votre méthode pour aborder ce continent qu'est la sexualité humaine ?


Pascal Picq : Nous nous sommes d'abord posé une question : pourquoi les humains occidentaux sont-ils si préoccupés par le sexe et la sexualité ? Notre propos a donc été, à partir des classifications, d'examiner ce que nous partageons dans ce domaine avec les autres espèces les plus proches de nous, comme les chimpanzés, afin d'éclairer la question de l'origine puis de l'évolution de la sexualité humaine.

 

 



Philippe Brenot : N'oublions pas que Freud était un grand lecteur de Darwin et s'intéressait beaucoup à l'évolution pour expliquer la sexualité humaine. Notre but est en fait de proposer une approche ordonnée et systémique de la sexualité depuis ses origines jusqu'à ses problématiques actuelles. Jusqu'ici il y avait une frontière, les anthropologues ignorant tout de la sexologie, ces derniers ne connaissant rien eux-mêmes à l'évolution. Au final, on remarque que si sur certains points notre sexualité se distingue considérablement de celle des autres espèces, sur d'autres elle en est très proche.


Justement, quelles pratiques ou attitudes sexuelles partageons-nous avec les animaux ?


P. P. : Elles sont nombreuses : la sexualité face à face, par exemple, est pratiquée par plusieurs espèces. On peut citer l'orang-outan, le bonobo ou encore le gorille. L'orgasme féminin existe aussi chez les singes. On a récemment observé un réflexe d'étreinte chez la femelle macaque au moment où son vagin est agité de spasmes.


P. B. : En revanche, dans ce domaine, il existe une particularité humaine qui jusqu'à maintenant n'a pas été observée chez les animaux, c'est l'orgasme multiple que connaissent la plupart des femmes. Cette capacité à vivre plusieurs orgasmes successifs et progressivement plus rapprochés semble spécifique à l'humain.


P. P. : On peut citer aussi une tendance à une relation privilégiée entre deux partenaires. La monogamie s'avère très fréquente chez les oiseaux puisqu'elle concerne près de 90 % des espèces de cette classe. En revanche, elle est beaucoup plus rare chez les mammifères puisqu'on estime que 4 % seulement d'entre eux sont monogames, mais ce chiffre atteint 15 % chez les singes.


P. B. : Encore faut-il rappeler que le modèle occidental du couple que nous connaissons est loin d'être une généralité pour l'ensemble des humains. On estime qu'aujourd'hui 30 % seulement des sociétés humaines sont, de droit, monogames.


Quelles sont les pratiques ou les caractéristiques sexuelles typiquement humaines que l'on ne rencontre pas chez les animaux ?


P. P. : L'homosexualité, en tant que relation affective réciproque entre deux partenaires de même sexe, reste très rare. Bien sûr, en cas de conflit entre deux mâles, on observe parfois que le vaincu se soumet au dominant en adoptant une posture réceptive femelle. Mais il ne fait que mimer la soumission pour provoquer l'apaisement de son adversaire. Jamais la pénétration entre deux mâles n'a été observée. Seul le bonobo, dans les périodes de grande excitation, peut se montrer attiré par les deux sexes en se moquant totalement des différences entre partenaires.


P. B. : On peut dire que, comme l'homme, le bonobo est une sorte de « pervers polymorphe », un être pansexué, comme disait Freud. Le sexe l'intéresse beaucoup plus que tous les autres mammifères. Peut-être l'intérêt pour le sexe est-il en passe de devenir l'un des moteurs de l'évolution, le bonobo et l'homme en étant les tendances actuelles.


P. P. : Comme autre différence, on peut aussi évoquer l'inceste. Chez les animaux, il y a une stratégie d'évitement de l'inceste bien plus efficace que celle des humains, qui repose sur la prohibition par le langage. L'homme est l'espèce la plus incestueuse qui soit.


P. B. : Une autre pratique qu'on rencontre peu chez les autres espèces, mais qui est massive chez l'humain, c'est le viol. Il y a une première raison : en période de chaleur des mammifères, ce sont les femelles qui, se trouvant en phase de réceptivité, sollicitent l'approche des mâles. Il s'agit d'un schéma inverse à celui de l'humanité, où, en général, c'est le mâle qui veut disposer de la femelle convoitée.


Vous évoquez également d'importantes différences au niveau de certains organes ?


P. P. : Le corps de la femme connaît une érotisation qu'on ne retrouve chez aucune autre espèce, avec trois caractéristiques uniques : le camouflage de l'ovulation, une attractivité constante et une réceptivité sexuelle quasi permanente. Par ailleurs, si la fesse est le propre de l'homme et la conséquence évidente de son passage à la marche bipède, elle est aussi un puissant signal d'excitation, qu'on retrouve également dans la poitrine féminine. Avec le redressement de la stature et le coït plus habituellement pratiqué face à face, il semble que l'évolution a sélectionné peu à peu des femmes ayant une poitrine développée, c'est-à-dire une rotondité ressemblant au signal excitateur des fesses. Le caractère globuleux de la poitrine féminine n'a qu'une fonction-si l'on excepte la fonction nutritive qui ne dure que quelques mois dans la vie d'une femme-, l'excitation des mâles pour entretenir l'activité érotique.


P. B. : Il y a également l'érection masculine, qui diffère considérablement entre l'être humain et les singes. D'abord par la taille, la vigueur et la valeur symbolique de l'érection humaine. Quelques comparaisons : l'érection est en moyenne de 3,2 centimètres chez le gorille, de 3,8 chez l'orang-outan, de 7,6 centimètres chez le chimpanzé, alors qu'elle atteint 12,7 centimètres en moyenne chez l'homme. Mais surtout, il est le seul à ne pas disposer d'os pénien, celui-ci ayant été remplacé par des corps caverneux qui lui assurent une rigidité que ne possèdent pas non plus les singes.


La disparition de l'os pénien est d'ailleurs l'un des grands mystères de l'évolution. Il n'existe que peu de publications sur le sujet et on peut imaginer qu'à l'origine il s'agit d'une sélection par les femelles. Celles-ci ont sans doute choisi des mâles ayant un os pénien plus petit, plus favorable à l'accouplement. C'est narcissique, mais peut-être le contact d'un pénis doux et gonflé sans os pénien, donc plus agréable, a-t-il encouragé ces femelles à s'accoupler de préférence avec ces mâles plus « tendres ».


Quel est l'animal le plus érotique ?


P. P. : Incontestablement l'orang-outan. On parle souvent des bonobos, qui peuvent avoir vingt rapports sexuels par jour. Mais il s'agit d'une frénésie sexuelle destinée à évacuer le stress, car le bonobo est très fragile psychologiquement. En revanche, pour avoir filmé un couple d'orangs-outans en train de faire l'amour dans un arbre, je dois dire que j'ai eu droit à tout le « Kama-sutra »... pratiqué, en plus, à 10 mètres de hauteur ! Rapports buccaux, fellation, femelle allongée sur le dos et attendant le mâle, c'était très impressionnant.


P. B. : Beaucoup d'humains, sans le savoir, utilisent la sexualité exactement dans le même but que le bonobo, car il s'agit d'un formidable déstresseur. La masturbation est, si je puis dire, le premier anxiolytique à portée de la main des humains stressés. D'ailleurs, les bonobos, les femelles comme les mâles, s'adonnent eux-mêmes à la masturbation.


Est-il exagéré de dire que, jusqu'à la libération des moeurs des années 70, l'homme s'est conduit comme un animal, notamment envers les femmes ?


P. P. : La comparaison avec les espèces les plus proches de nous n'est pas toujours très flatteuse pour les hommes, les mâles. A partir de notre regard sur les origines naturelles de notre sexualité, il est évident que nos cultures ont lourdement brimé la sexualité des femmes.


P. B. :
On peut même dire que l'animal se conduit mieux que l'homme. Les mâles sont, par exemple, très respectueux du désir des femelles. L'homme a inventé de nouvelles règles dont le but a été de dominer les femmes, de réguler leur sexualité, en limitant tout ce qu'elles pouvaient faire dans ce domaine, allant même jusqu'aux mutilations sexuelles. Il y a pour le mâle de l'espèce humaine une tentation permanente d'« immobilisation » de sa femelle. Même les animaux ne se comportent pas ainsi. Bien sûr, à partir des années 70, la libération des moeurs qui se poursuit aujourd'hui par la volonté d'oser réaliser tous nos fantasmes est un bouleversement. En cela, la condition sexuelle de la femme occidentale a profondément changé. Mais ce changement ne concerne qu'une très faible proportion de l'humanité, à peine 20 % des femmes sont concernées. Sur les autres, l'homme maintient toujours sa terrible domination.





©Lepoint.fr
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7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 14:00



Un lecteur attentif aurait pu voir l'affaire arriver de loin. Car, si l'on se penche sur les titres de la saga Titeuf, dont Zep est le père et l'auteur à succès depuis 1992, on y lit : Dieu, le sexe et les bretelles ; l'Amour, c'est pô propre... ; Ça épate les filles,jusqu'aux très explicites Titeuf et le derrière des choses et Lâchez-moi le slip !


En fait de lâchage, Zep l'a carrément enlevé, le slip, pour un album "réservé aux adultes", qui explore les choses du sexe avec une drôlerie qui fait passer la brouette chinoise inversée et polyphonique pour un numéro de clowns davantage que pour un duo de haute-voltige.


Cela dit, Happy Sex a beau être très poilant de haut en bas, il n'en est pas moins pertinent sur la mise à nu des rapports hommes/femmes (pour les ébats homos, voir les hilarantes bédés de Ralf König). Et Zep, qui jouit pourtant d'une réputation de grand ado, de se demander comment et pourquoi ce qui demande autant d'intimité cristallise à ce point les différences entre Monsieur et Madame.

 

 


C'est d'ailleurs à partir de cette opposition un peu rugueuse, et donc provocatrice de décalages moqueurs, que Zep met en branle ses planches - 1 gag toutes les une ou deux pages - sur lesquelles le dessin appelle ouvertement un chat un chat. Et au féminin également.

Le trait garde la rondeur et la simplicité qui ont fait la marque de fabrique de Zep - là encore, le décalage entre le sujet et son exécution fait mouche - et l'auteur, dans la position du missionnaire prêt à vanter les bienfaits de l'apprentissage de la flûte, réussit à éviter de bout en bout le piège du scabreux et du vulgaire.

A lire en couple ou seul. Avec les pieds ou d'une main. Et après, dodo.






©L'express.fr
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«En chacun de nous existe un autre être que nous ne connaissons pas. Il nous parle à travers le rêve et nous fait savoir qu'il nous voit bien différent de ce que nous croyons être.»

«Ce qu'on ne veut pas savoir de soi-même finit par arriver de l'extérieur comme un destin.»

«La clarté ne naît pas de ce qu'on imagine le clair, mais de ce qu'on prend conscience de l'obscur.»
[ Carl Gustav Jung ]