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27 juin 2011 1 27 /06 /juin /2011 00:36

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Homosexualité, jeux érotiques : La vie intime de nos aïeux du paléolithique, taboue jusqu'ici.

  « La sexualité liée au plaisir, à la sensualité et non à la seule reproduction existait déjà il y a entre 35 000 ans et 10 000 ans [période du paléolithique supérieur, lorsque l'Homo sapiens est arrivé en Europe, ndlr]. Les bases de notre comportement sexuel actuel se trouvent à cette époque. »

C'est une quinzaine de gravures sur pierre et de sculptures représentant des humains dans le détail (relatif) de leur anatomie -chose rare selon le préhistorien. On y (re)découvre, selon lui, les positions les plus variées, des scènes de masturbation, des godemichés, un cas potentiel de zoophilie et même un voyeur.

Le travail commun d'un préhistorien et d'un urologue

En discutant avec un ami urologue, passionné de préhistoire, Javier Angulo, naît l'idée d'un livre, co-écrit en 2005,  Marcos García Díez se souvient :

« Les rapports scientifiques évoquant ces dessins étaient toujours très aseptisés, éminemment descriptifs. »

Le puritanisme aurait en effet empêché pendant des décennies les paléontologues d'entrer dans le détail de ce qu'ils découvraient :

« Vous les imaginez décrire en 1930 ou 1960 les scènes apparaissant sur ces plaques ? Ils se sont cantonnés pendant longtemps à observer la société d'il y a 35 000 ans à travers un prisme prude. »

Les deux commissaires ont, eux, osé l'interprétation, en s'appuyant sur les clefs complémentaires fournies par leurs parcours de préhistorien passionné d'ethnologie et d'urologue calé en gynécologie et sexologie.

Des godemichés en os ou en pierre

Des Vénus paléolithiques, célèbres représentations aux attributs féminins hypertrophiés, seront présentées lors de l'exposition. Elles illustrent « le concept de femme liée à la reproduction »

« Mais nous découvrons aussi un monde percevant le sexe comme un plaisir. Il existe ainsi une gravure sur une plaque de pierre montrant une femme à quatre pattes devant une personne. Et, chose très rare, une autre personne en retrait semble les observer.

Nous n'avons connaissance que d'une scène de ce type, nous ne pouvons donc pas affirmer que le voyeurisme était répandu, mais il semble bien qu'il ait existé. »

L'exposition évoquera également les vestiges sculptés en os ou en pierre, « très lisses » et de forme phallique, qui pourraient « avoir été utilisés comme des godemichés » :

« Nous avons observé cette pratique dans des sociétés dites primitives actuelles. Mais nous ne saurions pas dire qui, des femmes ou des hommes, les utilisaient. »

Une gravure explicite trouvée sur une plaque en pierre dans la grotte de La Marche, près de Poitiers, en France, ainsi que d'autre vestiges de l'époque découverts en Europe, indiquent d'autre part, sans l'ombre d'un doute selon Marcos García, que le sexe oral existait aussi à l'époque.


Certains observateurs voient deux femmes dans cette scène. Et s'appuient sur d'autres fameux vestiges, comme les femmes de Gönnersdorf, une gravure de deux femmes enlacées trouvée en Allemagne, pour affirmer que l'homosexualité existait déjà à l'époque.

Tabou scientifique autour de l'homosexualité pendant la préhistoire

Pas si vite, avertit Marcos García, qui nuance l'interprétation de la plaquette de La Marche :

« Est-ce une femme ou un homme ? Difficile à dire. Une série de gravures pourraient effectivement laisser entendre que l'homosexualité existait bien à l'époque, d'autant plus que ces personnes nous sont identiques, biologiquement. Mais il est scientifiquement difficile de le prouver à partir des dessins. »

Pour Jim Neill, auteur des « Origines et le rôle des relations homosexuelles dans les sociétés humaines », il est « inévitable que des pratiques homosexuelles aient été répandues chez les peuples paléolithique ». Depuis les Etats-Unis, il explique :

« Les comportements homosexuels couramment observés chez les primates […], et surtout les comportements sexuels plus élaborés des grands singes, plus proches des humains, montrent que que le fort potentiel de relations homosexuelles est une caractéristique générale parmi les grands primates, y compris les humains. »

Mais là aussi, comme autour des scènes hétérosexuelles les plus osées, un grand silence a pesé pendant longtemps. La faute, selon Jim Neill, au « tabou très fort autour de l'homosexualité qui a régné dans les communauté scientifique et académique jusqu'à récemment ».

 

 

 

 

 

 

©Rue89

 

 

 

 

 

 

 

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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 15:22



Au fond, ce qui a vraiment tué Jeanne d'Arc, c'est la coupe au bol, qui, prenons-en le pari, fera florès dans les siècles à venir, comme un symbole de femme libre. Le port des cheveux courts, soyons-en certains, a été la principale cause de son martyre : si pour les hommes, en notre époque glorieuse de cette première moitié du XVe siècle, la mode est aux cheveux courts, c'est une faute très grave, un péché mortel pour les femmes, sur lequel est basé toute l'apostasie de Jehanne.


Ce fut même l'un des griefs principaux contre elle, porté dans l'acte d'accusation aux articles 12 et 13 : les cheveux courts sont une atteinte à «l'honnêteté du sexe féminin, interdit par la loi divine, abominable à Dieu et aux hommes et interdit par les sanctions ecclésiastiques sous peine d'anathème». C'est écrit par saint Paul dans la première épître aux Corinthiens, «toute femme qui prie ou qui prophétise, la tête non voilée, déshonore son chef [.] S'il est honteux pour une femme d'avoir les cheveux coupés ou d'être rasée, qu'elle se voile». Voilà qui n'admet aucune réplique, et Jeanne d'Arc, en coupant sa chevelure (sans doute noire) en rond, en sébile, dégageant le cou et les oreilles allait déclencher les ires de l'Eglise.


Pourtant, si la jeune héroïne a coupé ses cheveux que fillette elle portait flottant sur le dos ou nattés, c'est pour des raisons pratiques. Allez donc faire la guerre et chevaucher avec des hommes avec une longue crinière flottant au vent. Robert de Baudricourt, gouverneur de Vaucouleurs, d'où elle organise son départ, l'autorise, bien qu'avec «grande abomination», à abandonner l'habit de femme : «ayant coupé ses cheveux en rond, à la mode des muguets, elle s'habilla et s'arma» comme un homme, puisqu'elle devait en avoir la tenue, se fondre dans la masse et passer pour un jeune page.


Sorcières. Une coupe faite par le barbier de la petite ville ou par l'une de ses compagnes, on ne sait. Une coupe pas ultra-seyante, il faut le reconnaître : tempes et occiput rasés, cheveux coupés droit sur le front, la mode fut d'abord adoptée par les valets, les pages, les jouvenceaux, les damoiseaux de la bourgeoisie, puis par leurs pères. Bref, quand Jeanne se présente à Chinon devant la Cour, elle se présente en costume d'homme, tête nue , cheveux courts, un chapeau à la main (il est maintes fois fait mention de ses chapeaux dans son procès de condamnation).


Mais quand elle apparaît au lieu de son supplice, devant le bûcher du Vieux-Marché, elle se montre la tête complètement rasée, tondue, dans l'état où elle a été laissée après la cérémonie du cimetière Saint-Ouen, où elle se serait repentie d'avoir porté l'habit d'homme et les cheveux coupés en rond, contre toute l'honnêteté du sexe féminin. A son retour, elle accepte de revêtir l'habit de femme et les cheveux qu'auraparavant elle portait courts, elle permet qu'on les taille et qu'on les rase. Même si parfois elle est représentée coiffée d'une mitre en papier souvent utilisée à Rouen pour les sorcières comme Jeanne la Turquenne ou Alice la Rousse, l'an dernier. Sur la mitre, le nom, l'objet de l'inculpation. Sur celle de Jeanne, les mots, hérétique, relapse, apostate, idolâtre, empruntés à la sentence qui la mène au bûcher.


 

Torture. Mitre ou pas, elle est tondue, une peine bien infamante que cette decalvatio, «déchevelèment», réservée à tous les infâmes, aux adultères, aux proxénètes, aux fous. Et surtout, aux sorcières, pour qu'elles ne puissent cacher dans leurs chevelures des pentacles magiques pour les aider à supporter la torture. Tondre et raser Jeanne d'Arc signifie donc bien l'humiliation suprême, réservée à la lie et aux hérétiques. Gageons encore que, à l'avenir, cette pratique sera réservée à l'humiliation des femmes.




©Libération.fr

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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 15:01


La longue histoire de Byzance fourmille de faits et
gestes d’eunuques qui, agissant au grand jour ou intriguant dans les coulisses, ont influencé la destinée de l’empire.


DIVERS TYPES D’EUNUQUES

Il y avait plusieurs espèces d’eunuques. On rencontrait  dans les rapports d’hommes normaux sur les  eunuques, les épithètes "courageux", "téméraire",  " énergique", en relation avec ce méprisant "quoique  eunuque". On peut se demander devant l’énergie que  la plupart de ces eunuques déployèrent, s’il s’agissait  vraiment de castrats au sens où la chirurgie moderne  l’entend, «membri ablatione». Bien des historiens penchent  plutôt pour une demi-castration compatible avec  l’ardeur amoureuse. Lorsqu’on songe au rôle  prépondérant  joué par la caste des eunuques dans tous les  domaines, on se demande si ces hommes n’étaient pas  soumis à une opération du genre de celles du docteur
STEINACH plutôt qu’à une castration complète [14].

Bien que l’hypothèse précédente ne puisse encore être  prouvée, de nombreuses raisons parlent en sa faveur.

Comment s’expliquer autrement le grand nombre  d’eunuques non dégénérés, conservant jusque dans  leur plus haute vieillesse leurs qualités géniales qu’on  trouve à travers toute l’histoire de l’Empire d’Orient?

La méthode la plus radicale, l’émasculation complète,  consistait en l’ablation des deux testicules et du pénis  (eunuque complet). La suppression de la fonction testiculaire
pouvait être obtenue soit par ablation des  deux testicules (eunuque partiel, castrat) soit par écrasement  des testicules, intervention sauvage relatée par  Hippocrate dans Genitura, à laquelle étaient soumis  les malheureux «thlibiae» (froisser, écraser).

Une autre catégorie comprenait les spadones (fracturer)  qui avaient subi une presque totale atrophie testiculaire  due à un traumatisme ou une infection des testesticules,  ou une torsion du cordon dans les bourses ou  une section des vaisseaux spermatiques. Chez les spadones  le pénis persistait et les tentatives de rapprochements  sexuels pouvaient aboutir à des satisfactions  mutuelles, bien que stériles. C’est précisement à cause  de ce résultat négatif que les nobles romaines recherchaient  autrefois les spadones pour leurs ébats lascifs,  sans compromission consécutive. Dans ces cas, il y  avait tout de même éjaculation, mais elle était constituée  par le liquide prostatique mêlé au produit de  sécrétion des autres glandes accessoires de la génération.

L’ orgasme se terminait donc par une expulsion  quasi-voluptueuse qui était une véritable fiche de  consolation. Ainsi que les Romaines, les Byzantins se  servaient de spadones. Ce qui explique les fréquentes  ententes et coopérations des eunuques avec les impératrices
mêmes dans les complots contre les empereurs  et les succès des eunuques dans la haute aristocratie.

Une dernière catégorie comprenait les «thlasiae»  (contusionner) qui présentaient une atrophie testiculaire  [13].


LA TECHNIQUE.

La castration proprement dite était à la fois simple et  complexe. Simple dans son principe, mais complexe  dans son application et surtout très dangereuse, tant  l’opération pouvait être inégalement réussie et provoquer  des hémorragies ou des infections, mortelles dans
beaucoup de cas. GODARD situait la mortalité entre 10  et 80% selon les opérateurs [6].

Ces chiffres tenaient  compte à la fois des moyens médicaux précaires de  l’époque et des différences probablement considérables
  qui apparaissaient entre des chirurgiens aussi réputés  que ceux de Bologne et quelques "faiseurs d’anges"  improvisés des villages les plus reculés. L’opération  n’avait jamais lieu avant sept ans et rarement après  douze ans : il était essentiel qu’elle intervînt avant le  début de la fonction glandulaire des testiculaires.
L’acte en lui-même devait être très rapide.

IBN AL ABBAS cité par ERLICH [4] décrivit en détails la  technique. On commencait par mettre un garrot serré à  la base des testicules et du pénis, on coupait le tout  avec un rasoir très aiguisé! L’hémostase était obtenue  par l’application de poudres hémostatiques à base  d’aloès, et par compression. Ce procédé est resté en  usage jusqu’au XIXe siècle, dans un monastère Copte  à Assiout, en Haute Egypte pour produire de jeunes  eunuques.

La mortalité de cette intervention était  effrayante, ce qui rendait élevé le prix de ces jeunes
eunuques [8]. Au cours du Moyen-Age la plupart des  barbiers ambulants faisaient la  castration simultanément  à la cure de hernie ou d’hydrocèle.

Parfois, mais  rarement, les jeunes africains qui avaient atteint la  puberté étaient châtrés par les procédés employés pour  les chevaux et les taureaux, en se bornant à l’extirpation  ou bien à l’écrasement des testicules. Dans ces derniers  cas la mortalité aurait été moins grande. Mais  aussi ces mauvais eunuques étaient vendus à vil prix,  leur anaphrodisie n’étant pas complète. Ce n’est que  bien rarement que les «perevertysi» pratiquaient le bistournage  (torsion–écrasement des cordons spermatiques)  et les «prokolyschi» la perforation des cordons  spermatiques par des aiguilles. Les résultats obtenus  ayant été mauvais on y avait, depuis bien longtemps,  renoncé.

La mortalité des eunuques complets était immense. A  la suite de l’excision pratiquée au ras de la peau, la plupart  des eunuques se servaient, pour uriner, d’un tube  en argent qu’ils s’introduisaient comme une sonde,  dans le but de pouvoir s’exonérer debout et sans
mouiller leurs effets. Pour remédier à ces inconvénients  ou plûtot pour les prévenir, les opérateurs à soutane  laissaient, parfois, un petit bout de verge. Mais ces  eunuques étaient dépréciés. Localement on voyait chez  un eunuque complet, au-dessous du pubis, un froncement  de la peau, pareil à celui d’une bourse à coulants,  au fond duquel se trouvait un pertuis qui était l’orifice  du restant de l’urèthre pénien. Parfois on y voyait un
bourgeonnement en choux-fleur, suintant avec persistance,  devenant même très exubérant et simulant une  tumeur maligne. Parfois aussi la miction devenait douloureuse
; il y avait même cystite et dans certains cas  incontinence d’urine nécessitant l’emploi d’une éponge  ou d’un appareil en caoutchouc avec tous les inconvénients  qui s’y  rattachaient. Ce qui constituait une tare  qui empêchait le service et dépréciait le sujet.

 Parfois  aussi une cicatrice vicieuse rendait le pertuis très exigu  et impossible à franchir par une sonde. On était alors obligé d’avoir recours à la  dilatation et même à une urétrotomie.

Selon un autre procédé, par une incision à l’aine, le chirurgien  tirait le cordon et les testicules. L’ablation totale  était alors effectuée par un couteau, tandis que les  canaux étaient ligaturés. Cette opération différait beaucoup  de celle des eunuques de harem à qui on enlevait  tous les organes sexuels extérieurs, généralement après  la puberté [2].

 L’amputation était faite à l’aide d’un  rasoir. La plaie était ensuite pansée avec du petit plomb  de fusil , des substances astringentes, de l’huile  bouillante ou du miel très chaud.

 Une fois l’hémorragie  arrêtée, on fixait dans l’urètre, jusqu’à parfaite guérison,  une sorte de clou en plomb d’une longueur de 5  centimètres, légèrement recourbé et terminé par une  extrémité renflée. Cette tige métallique pénetrait dans  la vessie ; elle y était reliée par des fils et une bande de  linge qui ceintait le ventre et les reins, et était maintenue  par un morceau de toile fixée à la ceinture en avant  et en arrière. Pour PELIKAN [9], la principale utilité de  ce clou était de mettre obstacle au rétrécissement du  canal et de parer aux accidents de rétention pouvant  résulter de l’inflammation, de la rétraction et de l’obturation
du canal. L’opération, comme on le voit, était  primitive ; elle pouvait laisser après elle des cicatrices  vicieuses ou des chéloïdes cicatricielles.

Un moyen plus barbare était encore employé [5].

Aussitôt l’ablation des organes faite, on introduisait  dans l’urèthre non plus un clou, mais un morceau de  roseau saillant de deux pouces, afin que le rejet de  l’urine se fasse sans interruption. On appliquait ensuite  un emplâtre sur la plaie, et le patient était enterré jusqu’au  cou dans un trou rempli de sable chaud et sec.

Cette manoeuvre était faite dans le but de réduire le  blessé à l’immobilité la plus  rigoureuse. La fièvre  intense ne manquait pas de se déclarer dans les heures  qui suivaient. Pendant trois jours le blessé était soumis  à la diète hydrique. Une alimentation liquide, saine et  fortifiante suivait. Une semaine après on l’exhumait.

On ne redoutait plus l’hémorragie. La cicatrice était  définitivement obtenue dans un mois.

 L’arsenal chirurgical  était primitif : un rasoir ou sa lame enchassée  dans deux morceaux de bois, des couteaux de diverses  grandeurs, de fragments de vitres, de morceaux de fer
ou de tôle, de morceaux d’os de boeuf bien aiguisés  [11].

Pour les pansements  consécutifs, des fils d’archal,  de la charpie, des éponges, divers emplâtres, des  onguents, du cérat, de la graisse, de l’huile d’olive, de  la suie, différents sels, de la couperose bleue, de l’alun,  des herbes et des médicaments, du salpêtre, de l’eau  régale et d’autres substances médicinales ou non.

L’opération totale, en deux temps, c’est-à-dire, celle  qui consistait à enlever le pénis après les testicules était  fréquente. L’ablation du pénis aurait lieu plusieurs  années après l’ablation des testicules; elle se faisait à
  l’aide d’une hache frappant sur un billot, ou plus simplement  à l’aide d’un fort couteau. L’opération était  simple et rapide. Par des manoeuvres préliminaires on  produisait une légère atrophie des testicules; par l’absorption
de drogues spéciales, on obtenait une anesthésie  qui diminuait la douleur des 9/10.

L’opérateur était,  en général, assisté d’aides et de deux apprentis. Le  patient était couché sur une sorte de lit de camp. Des  bandes comprimaient les cuisses et le ventre. Un assistant  le fixait vigoureusement par la taille, tandis que  deux autres tenaient les jambes écartées. L’opérateur  était armé soit d’un couteau courbe, en serpette, soit de  longs et forts ciseaux. De la main gauche, il saisissait  «le ou les» au hasard et les comprimait, les tordait pour  en chasser le plus de sang possible [8].

Au moment de  trancher, il posait une dernière fois au client, s’il était  adulte, ou aux  parents, si c’était un enfant, cette question  : "Êtes-vous consentants?" Si la réponse était affirmative,  d’un coup rapide, il coupait le plus ras possible  les bourses et le pénis. Une petite cheville de bois ou  d’étain, en forme de clou, était placée dans l’urètre. La  plaie était lavée trois fois à l’eau poivrée, puis des  feuilles de papier imbibées d’eau fraîche étaient appliquées  sur la région et le tout était soigneusement bandé[12].

Le patient, soutenu par des aides, était ensuite  promené deux ou trois heures dans la chambre, après  quoi on lui permetait de se coucher. Pendant les trois  jours qui suivaient, l’opéré était privé de boissons; le  pansement n’était point touché et le malade souffrait
non seulement de sa plaie, mais surtout de la rétention  d’urine par obstacle mécanique.

Ce laps de temps écoulé,  les pièces du pansement étaient enlevées et le malade  pouvait tout au moins essayer d’uriner, car il ne  réussissait pas toujours. S’il pouvait uriner, il était
considéré comme guéri. Après l’amputation, il restait  une large plaie, de forme  généralement triangulaire, à  sommet inférieur. La réparation se faisait par  bourgeonnement  et demandait une centaine de jours en  moyenne. La complication la plus fréquente était l’incontinence  d’urine; plus tard venait la rétention. On la  voyait de préférence chez les sujets jeunes.

Les opérés  souillaient leur couche et leurs habits, et les fermentations  ammoniacales et la stagnation de l’urine étaient la  cause de fréquents calculs ammoniaco-magnésiens. Les
fermentations, à odeur désagréable, qui en résultaient  avaient fait créer l’expression populaire : "Il pue  comme un eunuque; on le sent à cinq cents pas".

Les  fermentations et la stagnation de l’urine sont la cause  de fréquents calculs ammoniaco-magnésiens. Pour lutter  contre l’atrésie, l’opérateur introduisait dans l’urètre  soit une petite cheville de bois, soit plutôt une sorte de  petite bougie en étain. Ce dilatateur était dans les premiers  temps maintenu dans l’urètre en permanence et  retiré seulement au moment des mictions.

Au bout de trois mois, l’eunuque était considéré comme guéri. La  forme de la cicatrice pouvait être influencée : par le  mode opératoire, par la façon plus ou moins étalée dont
  les parties à enlever se seraient présentées à l’excision,  par les contractions particulières des  muscles de la  région, et enfin par les suites plus ou moins simples de  l’opération. La section du pénis, avec ou sans moignon,  offrait une cicatrice ronde ou polygonale percée à son  centre par l’ouverture du canal de l’urèthre. Si les testicules  avaient été enlevés par une ouverture latérale  sans perte de substance du scrotum, les cicatrices  étaient latérales et plus ou moins parallèles au raphé  médian. Si les deux testicules avaient été enlevés d’un  seul coup, la cicatrice variait suivant la façon dont avait  été faite la section de la peau du scrotum. Si celui-ci  avait été serré latéralement par la main, parallèle au  périnée, la cicatrice était dans le sens du raphé médian  et allongée; si, au contraire, le scrotum avait été saisi de  haut en bas entre le pouce et les doigts dirigés transversalement  au périnée, la cicatrice était toujours perpendiculaire  au raphé ; elle affectait dans ce cas une
apparence en fer à cheval à concavité tournée en avant,  parce que les deux extrémités étaient relevées par la  contraction des crémasters, tandis que le milieu était  tiré en arrière par celle du sphincter externe de l’anus.

Enfin, l’aspect de la cicatrice était d’autant plus net et  régulier que la marche de la guérison avait été plus  simple. S’il survenait soit une suppuration prolongée,  soit un phlegmon etc., ces accidents imprimaient leur  cachet particulier à la cicatrice qui en résultait. La cicatrice  variait en outre selon que l’opération avait été  faite en un ou en plusieurs temps. Si le pénis avait été  coupé séparément des testicules, il pouvait y avoir en  effet deux cicatrices distinctes, une ronde ou polygonale,  à la racine du pénis, elles étaient alors séparées par  un intervalle de peau saine dans l’angle rentrant pénoscrotal;
mais on pouvait retrouver cet aspect aussi dans  une section faite d’un seul coup. Dans ce cas cependant  il n’y avait qu’une seule plaie ovale à grand diamètre  parallèle au raphé.

La cicatrice à la longue se confondait  presque avec la peau voisine [3]. Les résultats lointains  de la castration variaient suivant la nature des  mutilations et étaient d’autant plus prononcés que  l’amputation des parties génitales était plus complète.

Les conséquences étaient locales ou générales.
Quels étaient les opérateurs? Quelles étaient leurs qualités  chirurgicales ? La castration était pratiquée un peu  partout, tant officiellement dans les hôpitaux de certaines  grandes villes, pour des raisons médicales plus  ou moins valables, que clandestinement dans les officines  de campagne connues de tous. Beaucoup de barbiers  avaient ajouté à leurs multiples activités médicales  la pratique de l’orchidectomie. Aussi, la pratiquaient  des châtreurs de bestiaux, des bistourneurs,  avec des instruments plus que primitifs et dans des  conditions d’hygiène que l’on peut imaginer.

 Selon les  temoignages des eunuques, ils auraient été liés avant  opération avec des serviettes ou des traits d’attelage,  des enfants auraient été attachés en croix sur un échafaud spécial, de la même façon que quelques médecins  attachaient leurs patients pour les tailler ; dans certains  cas, des gens trop craintifs, ou des réfractaires, après  avoir été narcotisés ou énivrés auraient été roulés dans  un drap, pieds et mains liés, la tête mise dans un sac et  transportés ainsi dans une retraite écartée.


MODIFICATIONS DUES A LA CASTRATION
Quel que fût l’âge auquel la castration était réalisée,  elle entraînait des modifications profondes de l’individu.

Ceux qui étaient castrés avant l’apparition de la  puberté se faisaient remarquer par leur grande taille,  due à l’allongement des membres, contrastant avec  l’absence de caractères sexuels secondaires : pénis  petit, bourses pâles et peu plissées, poils rares ou  absents.

Ceux qui étaient castrés après la puberté perdaient  leurs poils, leurs cheveux devenaient fins, leur  peau douce, féminine.

Les eunuques étaient remarquables par leur faiblesse et  leur défaut d’activité physique et intellectuelle. Ils  avaient la réputation d’être doux, bons avec les enfants  et les animaux, fidèles à leur maître, mais de ne pas être  courageux. Les uns restaient minces, les autres avaient  tendance à grossir, pouvant gonfler comme les  matrones. Ils vieillissaient  rapidement et paraissaient  plus que leur âge réel. Ils ne souffraient jamais de crise  de goutte ne devenaient jamais chauves [1].

L’ablation des testicules, lorsque l’opération avait été  faite sur de très jeunes sujets – dans tous les cas sur des  individus n’ayant pas encore acquis l’état de puberté entraînait  un agrandissement considérable du corps,  celui-ci étant envisagé dans son ensemble.

La stature  moyenne des castrés dépassait de beaucoup la stature  moyenne des individus appartenant au même groupe ethnique.

Cet allongement de la stature était dû à un allongement  considérable des jambes. Les membres supérieurs  subissaient également un plus grand développement.
 
La castration arrêtait le développement du crâne  dans ses trois dimensions principales. Les eunuques castrés  avant la puberté, avaient tous les diamètres plus petits  que les individus normaux appartenant au même groupe  ethnique. Une telle diminution cranienne sous-entendait  fatalement une diminution concomitante de l’encéphale.

La castration opérée avant la puberté augmentait la largeur  du visage ainsi que sa hauteur totale. Cependant,  certaines régions de la face ne semblaient pas obéir aux  lois de croissance générale révélées par l’anthropométrie  [10]. On constatait chez eux soit des augmentations, soit  des diminutions de grandeurs.

A côté de ces modifications de croissance s’inscrivaient  encore d’autres modifications : conservation de  la voix infantile ; douceur particulière de la peau; rides  précoces ; absence totale de pilosités viriles : barbe,  moustache, poils du pubis, poils axillaires; aspect poupin
 ; sinus frontaux très accusés; selle turcique très  développée ; os hyoïde peu développé ; large bassin ;  fort diamètre bitrochantérien ; faible diamètre biacromial
; développement adipeux précoce ; cheveux abondants  ; et, chez les hommes âgés, ventre gros, jambes  massives, parfois pieds oedématiés, etc. [7].

Chez les eunuques castrés tardivement, la castration  tardive n’avait pas modifié la stature. Elle avait entraîné  un développement exagéré des seins et de la saillie  des fesses [11].

Ces castrés tardifs vieillissaient très  vite comme leurs congénères, castrés précoces. Ils
étaient prématurément ridés et avaient rapidement l’apparence  de vieilles femmes. Cela n’empêchait pas la  présence d’eunuques dans l’armée et l’administration  de Byzance.






REFERENCES:

1.ANDROUTSOS G., MARKETOS S., La castration à travers les âges.
Andrologie,1993, 3, 61-66.

2. BARBIER P. Histoire des castrats. Paris, Grasset & Fasquelle, 1989,


3. EL GUINDY M. Les eunuques. Etude anatomo-physiologique et
sociale. Thèse, Faculté de Médecine et de Pharmacie de Lyon, No
43, 1910.

4. ERLICH M., La mutilation. Paris, Presses Universitaires de France,
1990, pp. 72-83.

5. FELIX C.H., Recherches sur l’excision des organes génitaux chez
l’homme. Lyon, 1883.

6. GODARD E.,Observations médicales et scientifiques Egypte et
Palestine. Paris, Baillière, 1867,11-17.8

7. HAZARD J., PERLEMUTER L., L’homme hormonal. Paris, Hazan,
1995, pp. 98-100.

8. MATIGNON J.J. Eunuques du Palais impérial de Pékin. Arch. clin. de
Bordeaux, 1896, 5, 5, p.194-199.9

9. PELIKAN, Gerichtl ich medicinisch e untersuchungen über das
Skopzenthum im Russlan. Giessen, 1876, pp. 34-37.

10. PIRCHE J. De l’influence de la castration sur le développement du
squelette. Lyon, Stock, ,1902, p.6.

11.PITARD E, La castration chez l’homme et ses modifications morphologiques.
Paris, Masson, 1934, pp. 323-327.

12. RAPAPORT J., Introduction à la psychopathologie collective: La
secte des Skoptzy. Paris, Erka, 101.


13. ZAMBACO P. Les eunuques d’aujourd’hui et ceux de jadis. Paris,
Masson, 1911, pp. 22-45.

14. ZERVOS SK., La transplantation des testicules. Athènes, Iatriki
Proodos, 1935, pp. 22-45.





Georges Androutsos, Stéphane Geroulanos, Progrès en Urologie (2001), 11, 757-760
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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 14:34

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L'histoire de l'éducation sexuelle est encore peu connue, du moins en France. Cet article a pour but d'ouvrir des pistes de recherche et de réflexion. Il appelle, en miroir, une étude sur l'éducation sexuelle des garçons. Il appelle aussi des comparaisons méthodiques avec les pays voisins.

 


Dans les sociétés rurales l'éducation sexuelle se faisait empiriquement : les enfants voyaient les bêtes s'accoupler, et les femelles mettre bas. La promiscuité ancienne leur permettait d'entendre sinon de voir des adultes faire l'amour. Les fillettes qui accompagnaient leurs mères au lavoir remarquaient les linges tachés de sang ; la femme qui n'apportait pas de linges souillés était « grosse », comme on disait. Aux temps de forte natalité, une fille ne pouvait ignorer les couches de sa mère qui se déroulaient au domicile familial ; elle voyait les petits enfants sans culotte et elle observait leur sexe. D'ailleurs le folklore rustique permettait, ou même stimulait, l'expression du désir sexuel.


Ce mode d'information s'appauvrit pour celles qui vivent en ville, surtout dans les milieux aisés. Rien ne le remplace. Le XIXe siècle citadin étale un silence de plomb sur la sexualité. L'usage s'impose de préserver « l'innocence » des filles en les privant délibérément de tout savoir en ce domaine. Paradoxe : plus que jamais on destine les filles à la vie privée, c'est-à-dire au mariage et à la maternité ; pourtant plus que jamais on leur cache les réalités physiologiques de l'un et de l'autre. On les veut irresponsables. Pourquoi ? On redoutait peut-être d'effrayer la vierge timide, qui rêve d'amour romantique, en évoquant l'acte sexuel en paroles, dissocié des sensations et des caresses qui le font accepter. Mais surtout on réservait l'initiation de l'épouse à l'époux, qui assurait par là son prestige et son influence. Il valait mieux d'ailleurs que, dans un ménage où l'on souhaitait réduire les naissances, madame ne soit pas trop exigeante. La procréation n'allait plus de soi…


Une réaction se produit au seuil du XXe siècle, au moins dans les idées et dans les discours. Elle est liée aux mutations sociales et culturelles qui accompagnent l'installation de la Troisième République. Quels sont donc les nouveaux enjeux ?

Les enjeux

Les médecins se sont manifestés les premiers. Ceux du XIXe siècle n'étaient pas tous restés neutres face à l'obscurantisme : beaucoup insistaient pour que les mères informent leurs filles en vue de prévenir de pénibles surprises. Mais des arguments nouveaux s'imposent après 1870. Depuis la défaite, les pouvoirs publics, obsédés par la « dépopulation », cherchaient tous les moyens de réduire la mortalité infantile. Or les méthodes pasteuriennes armaient le corps médical contre les maladies contagieuses. L'une des plus redoutées la syphilis, véritable épouvantail, ruinait la fécondité de la race. Toutes les études confirmaient en effet que loin d'être réservé aux prostituées, le mal vénérien faisait beaucoup de victimes parmi les « femmes honnêtes ». Le docteur Alfred Fournier1
déchaîne son indignation contre les maris sans scrupules : combien de fois, ayant averti un jeune homme de sa contagiosité, n'a-t-il pas reçu peu après un insolent faire part de mariage ?


L'innocence des « oies blanches » les laissait à la merci d'un séducteur ou d'un fiancé infecté. Averties, elles pouvaient se protéger elles-mêmes, et protéger leur éventuelle progéniture, en exigeant la preuve des bonnes mœurs et de la bonne santé du futur conjoint. C'est du moins ce que suggèrent les médecins. Mais comment croire que les hommes, imbus de leur ancestrale suprématie, accorderaient aux femmes, aux jeunes filles, un droit de regard sur leur conduite ? La Société française de prophylaxie sanitaire et morale, fondée en 1901, voulait au moins alerter l'opinion. Elle a bientôt accueilli quelques femmes médecins, qui se sont efforcées d'associer le monde féminin à la croisade antivénérienne.


La doctoresse Pieczinska avait déjà produit en 1898 un manuel destiné aux mères : L'École de la pureté. D'autres dames l'ont imitée : madame Moll-Weiss qui avait fondé à Bordeaux la première École des mères, publie Les Mères de demain (1902) ; et madame Leroy-Allais dit : Comment j'ai instruit mes filles (1907). Il s'agissait surtout de réhabiliter la fonction sexuelle qui n'est, précisait-on, ni impure ni méprisable, mais sanctifiée par la génération. Le mal n'est pas d'éprouver des sensations, des tentations, c'est d'y succomber sans effort. Le mal c'est aussi d'accepter un mariage de hasard ou de pure convenance. La fiancée a le droit d'exiger la pureté du fiancé ; le secret médical interdit de savoir si le fiancé est sain, sa pureté seule garantit sa parfaite santé ; en outre un homme impur est habitué à regarder l'union des corps comme machinale, brutale, il traitera sa femme sans égards. Suivaient des explications sommaires concernant l'anatomie et la physiologie féminines : règles, grossesse, accouchement. En somme on pourrait dire qu'il s'agissait de rétablir le lien entre sexualité et maternité.


Les mères ont-elles accepté la nouvelle mission éducatrice qui leur était proposée ? Le psychologue Pierre Mendousse, auteur de L'Âme de l'adolescente (1910) ne se fie pas aux mères : il les croit trop peu instruites, trop disposées à voir toujours un bébé dans leur fille devenue grande. Il ne croit pas à l'intimité de la relation mère-fille : les adolescents des deux sexes, dit-il, supportent mal les empiétements d'une affection indiscrète.


De leur côté, les prêtres, dans la mesure, bien modeste, où ils abordent cette question, déplorent, eux aussi, les tabous. À leurs yeux, la virginité, la chasteté n'ont de valeur morale que choisies en toute lucidité. Pour révéler aux enfants les réalités biologiques de la reproduction ils conseillent un commentaire de l' Ave Maria : « Jésus le fruit de vos entrailles ». Mais le mépris du corps pratiqué dans les institutions religieuses ne favorisait guère ce type d'instruction. À la fin du XIXe siècle un nouveau souci préoccupe les catholiques les plus conservateurs. Après de longues hésitations, l'Église a enfin condamné clairement les pratiques contraceptives ; elle invite donc les confesseurs à intervenir auprès des pénitentes pour qu'elles ne soient pas les complices inconscientes de maris qui trompent la nature. La vicomtesse d'Adhemar fait connaître cette exigence. Son livre La Nouvelle éducation de la femme dans les classes cultivées (1896) blâme l'usage qui « dresse une haute muraille entre la vie de jeune fille et la vie de jeune femme », et dénonce l'homme qui transforme en « courtisane » la vierge pure qu'on lui confie. Il faut donner à celle-ci les moyens de se défendre !


Hygiénistes et puritains voudraient donc armer les filles et les femmes contre des hommes jugés corrompus. C'est une tendance assez générale à cette époque que de compter sur les vertus de l'ange du foyer pour moraliser les maris, les fils, les pères, les frères.


Républicains laïques et libres penseurs voudraient aussi protéger les filles du peuple contre les risques de la rue et de l'atelier. Ils rêvent également de faciliter la rencontre entre les jeunes époux. Le fossé est trop grand, pensent-ils, entre l'oie blanche crispée sur sa pudeur et le marié qui, faute de mieux, s'est informé au contact des prostituées2. Léon Blum développe ce thème dans Du mariage (1907). Une idée nouvelle du couple s'exprime là : le bonheur conjugal se fonde d'abord sur l'harmonie des sens et des cœurs. C'est en quelque sorte la transposition dans le domaine sexuel du vœu de Jules Ferry : il faut des femmes républicaines pour nos hommes républicains. Mais Léon Blum va trop loin pour que ses contemporains puissent le suivre : en recommandant l'amour libre avant le mariage, pour les jeunes filles comme pour les jeunes hommes, il provoque un scandale qui gênera les débuts de sa carrière politique.


Quant aux féministes de cette époque, elles avaient des préoccupations plus urgentes3. Celles, peu nombreuses, qui osent revendiquer la liberté du corps féminin, pensent surtout aux femmes mariées et aux moyens d'éviter les grossesses ; elles font cause commune avec les néomalthusiens. Cependant deux féministes soulignent l'importance de l'éducation sexuelle des filles : Nelly Roussel et Madeleine Pelletier.


Nelly n'y fait qu'une allusion brève4, mais fort éloquente, en rendant compte d'une pièce jouée en 1904 au théâtre Victor Hugo, Le Droit des Vierges de Paul Hyacinthe Loyson. Elle attaque « le monstrueux édifice de stupidité et d'immoralité que nous appelons “éducation des filles” ». Une fille ignorante est livrée comme un jouet, comme un objet à un homme qu'elle n'aime pas ! Les filles d'aujourd'hui en savent plus que leurs mères n'en savaient, c'est vrai. Mais ce n'est pas à leurs mères qu'elles le doivent, c'est à une curiosité légitime, qui a grandi avec la conscience de leurs droits, le sens de leur dignité personnelle, et l'écroulement de leur foi religieuse.


Nelly parle ici d'elle-même, indirectement5. On sait qu'elle a traversé une pénible crise de conscience lorsqu'elle a rejeté la piété passionnée de son adolescence pour s'engager dans la Libre pensée. Sa « curiosité légitime » témoigne aussi pour toute une génération. La République a voulu instruire les filles6 : elle a institué, en 1880, un enseignement secondaire à leur intention, mais en écartant des programmes toutes les données relatives à la procréation.


Le cours d'hygiène ne faisait aucune allusion aux particularités du corps féminin, le cours de morale ignorait la sexualité. Le professeur Pinard n'avait pas réussi à imposer des cours de puériculture : on lui avait objecté que les soins aux bébés risqueraient d'» ouvrir trop largement les yeux et les oreilles de nos modernes Agnès ». Pourtant, instruire les filles suffisait à éveiller leur curiosité. Comment Nelly a-t-elle satisfait la sienne ? Peut-être de la même manière que Louise Weiss qui descendait chaque nuit dans la bibliothèque paternelle pour consulter les dictionnaires et lire les livres défendus. En tous cas, Nelly exprime avec vigueur qu'une fille peut et doit conquérir elle-même les lumières dont elle a besoin. Nelly appelle pourtant de ses vœux des livres d'école qui expliqueraient la reproduction comme ils expliquent la digestion ou le système nerveux.


Madeleine Pelletier a satisfait sa propre curiosité en devenant médecin. Féministe radicale que rien n'intimide, elle a publié en 1914 une brochure intitulée L'Éducation féministe des filles7, où les dernières pages sont consacrées à l'éducation sexuelle. Pages banales en vérité, sauf sur un point : la méfiance à l'égard de l'amour. Vers sa septième année, la fillette apprendra que les enfants se forment dans le ventre de leur mère ; vers douze ans, on lui expliquera les relations intersexuelles, d'abord chez les animaux puis chez l'homme, sans y attacher aucun caractère moral.


À quinze ans, il faut tout révéler y compris les pratiques sociales : séduction, maternité en mariage et hors mariage, maladies vénériennes, prostitution. Le droit à l'amour est imprescriptible, mais ambivalent dans la société actuelle : la jeune fille qui voudrait jouir de ce droit risquerait de devenir la proie et la dupe des hommes. Dans l'état actuel de la civilisation, la femme n'accède à une pleine liberté qu'en se privant d'amour. Une intéressante profession peut suffire à remplir son existence. Ainsi vit Madeleine elle-même célibataire endurcie8.


Le véritable intérêt de L'Éducation féministe, c'est de chercher une définition de l'éducation sexuelle. L'auteur découvre, en fait, que toute l'éducation est « sexuelle », ou du moins sexuée, puisqu'il s'agit de savoir si on doit confirmer un enfant dans son sexe biologique, ou neutraliser les effets du sexe. Madeleine conseille délibérément de « viriliser », de « masculiniser » la fille. C'est le seul moyen, croit-elle, d'effacer l'infériorité sociale du sexe féminin. Ce principe subversif inspire à l'auteur une foule de remarques originales. Par exemple sur la fonction essentielle des vêtements : elle voudrait qu'on habille la fille en garçon mais elle sent bien que la révolte éventuelle de l'enfant conduirait au pire.


Sur les dangers de la culture : il faut instruire les filles, mais les grandes œuvres littéraires transmettent la conception masculine de la société. Sur le rôle difficile de la mère qui construit « le sexe psychologique » de ses enfants ; « la mère féministe aura contre elle son mari, ses parents, ses domestiques si elle en a, ses amis, les voisins, l'école ; les passants de la rue ; la société toute entière enfin. Alors même qu'elle aurait l'énergie nécessaire pour résister à tout et à tous, elle échouerait encore car son enfant l'abandonnerait pour aller avec la majorité, c'est-à-dire avec la force ».


Aussi l'œuvre d'affranchissement ne peut-elle être que collective : aux enseignantes de s'investir. Cette pensée prophétique a trouvé peu d'audience : elle était trop audacieuse, trop marginale au moment où elle est énoncée.

« L'éducation sexuelle est à l'ordre du jour » écrit Madeleine Pelletier en 1914. C'est alors en effet que se répand l'expression « éducation sexuelle ». Les principaux éléments de réflexion sont en place : santé publique et démographie, relation entre les époux et relation mère-fille, responsabilité des parents et des enseignants ; par-dessus tout : liberté et dignité des femmes, valeur de l'identité féminine. Le consensus s'élargit. Mais d'une part, comme tous les consensus, celui-ci masque de grandes divergences d'opinions : personne ne sait au juste qui doit se charger de cette éducation, ni quel contenu lui donner. D'autre part la prise de conscience concerne surtout l'élite cultivée : la population dans sa masse n'ose toujours pas regarder en face « ces choses-là ». En conséquence, des années 20 aux années 60 peu de progrès ont été possibles.


Premiers progrès

Le tollé provoqué par La Garçonne (1922), roman de Victor Margueritte9 donne la mesure de l'angoisse diffuse et des résistances qu'elle inspirait. Il n'était pas concevable que les femmes et les filles puissent disposer de leur corps. D'ailleurs l'hécatombe produite par la Grande Guerre aggravait le péril démographique : on sait que pour le conjurer, les pouvoirs publics ont préféré la répression (lois de 1920 et 1923) à l'éducation. L'éducation sexuelle, dans la mesure où elle pouvait favoriser la contraception, restait suspecte et indésirable. Cependant une recrudescence de la syphilis s'était accusée pendant la guerre : la lutte contre ce fléau social devenait de plus en plus urgente. Deux tendances s'affirment alors : la plus active, inspirée par les médecins, rassemble surtout des enseignantes ; l'autre inspirée plutôt par l'Église, mobilise surtout les parents.


Le 1er mars 1918, Madame Adrienne Avril de Sainte-Croix, ardente féministe, fait pour la ligue de l'Enseignement une conférence intitulée L'Éducation sexuelle. Le texte est publié10, lesté d'une préface du professeur Pinard qui affirme solennellement : « L'avenir de notre race est tout entier, si j'ose dire, sous la dépendance de l'éducation sexuelle ». La conférencière, comme le préfacier, invitent le Conseil supérieur de l'Éducation nationale à compléter dans cette perspective la formation des instituteurs. Mais ils estiment, l'un et l'autre, que la responsabilité essentielle reste à l'homme. Pour la fille, il suffirait de la préparer au rôle maternel et de lui inspirer de l'estime pour l'homme chaste. La même année le psychiatre Édouard Toulouse publie La Question sexuelle et la femme où s'expriment des convictions analogues.


Bientôt la Société de prophylaxie sanitaire et morale, déjà citée, vient en renfort. En 1923, au cours du Congrès international de propagande d'hygiène sociale et d'éducation prophylactique sanitaire et morale, elle fait agréer une motion qui mérite d'être largement citée11.


Considérant que l'innocence ne consiste pas dans l'ignorance, et que l'ignorance est la cause principale du péril sexuel ;


Que les jeunes filles, que leurs occupations exposent chaque jour à la promiscuité de la rue, doivent être prémunies par un enseignement prophylactique contre les dangers des contagions accidentelles, et particulièrement du baiser ;

Que, même dans les familles où elles sont le plus étroitement surveillées, les jeunes filles peuvent être contaminées par des parents ou des domestiques, et que, d'autre part, même les plus chastes d'entre elles ne sont pas à l'abri de la surprise des sens ;


Que la plupart des malentendus conjugaux qui se prolongent souvent toute la vie proviennent de l'ignorance réciproque où se tiennent les deux sexes de leur physiologie et de la divergence de leurs instincts […] ;

Qu'enfin, il importe essentiellement à l'avenir de la race d'orienter de bonne heure l'instinct maternel par la connaissance exacte de l'organisme et de donner aux futures mères toutes les notions d'hygiène et de prophylaxie qui leur permettront de surveiller leur santé, de mener à bien leurs grossesses, d'élever et d'éduquer sainement leurs enfants ;


[la société] émet les vœux :

1) Que dans les cours d'hygiène et de prophylaxie institués dans toutes les écoles normales une part soit faite pour l'éducation des futures éducatrices ;

 

2) Que l'éducation sexuelle prévue pour les garçons soit étendue aux jeunes filles […], et qu'elle soit introduite sous la forme d'un cours d'anatomie, de physiologie et d'hygiène féminines, comportant les notions essentielles de prophylaxie, qui servirait tout naturellement de préface au cours de puériculture […] ;

 




3) Que dans les écoles primaires un personnel féminin spécialisé soit chargé de donner ou de surveiller un enseignement pratique d'hygiène ayant pour but d'imposer aux fillettes des soins journaliers de propreté corporelle, de les instruire des dangers des diverses maladies contagieuses et de leur indiquer les moyens de s'en préserver.


Tels sont les différents objectifs.


Cet appel est entendu par les syndicalistes des groupes féministes de l'enseignement laïque : elles consacrent leur congrès de 1924 à l'éducation sexuelle12. Sans illusion : les maîtres et maîtresses disposés à délivrer cet enseignement sont rares ; ils s'exposeraient d'ailleurs aux foudres de l'administration et des parents. « L'éducation sexuelle est encore, au XXe siècle, un épouvantail pour trente millions de Français au moins » déplore Paule Kergomard. Les institutrices féministes suivent néanmoins avec assiduité les congrès d'hygiène sociale consacrés à ce sujet. On y commente déjà les publications de Freud. La découverte de la sexualité infantile ouvre de nouvelles perspectives et commence à déplacer le projet d'éducation sexuelle en direction de la petite enfance. Mais ce milieu progressiste n'a que très peu d'audience.


Cependant la société de prophylaxie se dote en 1925 d'un Comité d'éducation féminine, présidé par la doctoresse Germaine Montreuil-Strauss qu'entourent des féministes et des personnalités marquantes du monde médical. Tous les livres de Germaine Montreuil-Strauss s'adressent aux jeunes filles13. Non contente d'écrire, elle multiplie les conférences et les interventions publiques sous l'égide du Comité. En six ans, elle a organisé près de cinq cents conférences, faites exclusivement par des femmes médecins, et qui ont atteint 120.000 auditrices. Elle veille à l'édition et à la diffusion de brochures, de tracts, de cartes postales.


Pour atteindre les filles de milieu modeste, elle compte sur les institutrices. Avec l'autorisation du ministère de l'Éducation nationale, les conférencières du Comité ont fait soixante conférences dans trente trois écoles normales à des élèves maîtresses âgées de seize à dix-neuf ans. Après un exposé sur la fonction génitale féminine (anatomie, physiologie, hygiène) et un exposé sur les maladies vénériennes, on projetait un film de l' Association américaine d'hygiène sociale : l'hygiène sexuelle chez la femme. Soucieuses de connaître les réactions des auditrices, le Comité faisait distribuer un questionnaire, auquel les normaliennes pouvaient répondre par écrit et anonymement. Le dossier ainsi réuni contient un millier de réponses individuelles ou collectives, la plupart très détaillées. Il en ressort que les jeunes filles n'ont nullement été choquées ni froissées d'entendre traiter ce sujet en public. Elles sont sensibles au tact de la conférencière, à l'objectivité scientifique dont elle fait preuve, et qui ménage toute pudeur. Par contre ce qui les choque, c'est le silence antérieur : comment osait-on les laisser dans l'ignorance du péril vénérien ?


Elles insistent sur le soulagement moral que leur procure cette information : sur un sujet aussi important pour leur avenir, le mystère les mettait mal à l'aise. Elles considèrent comme un privilège d'avoir été éclairées loyalement, et souhaitent au plus tôt partager ce privilège avec le plus grand nombre. Croire que de telles révélations puissent les détourner du mariage et de la maternité, c'est leur faire injure, disent-elles.


De la contraception il n'est jamais question. En parler aurait exposé les conférencières aux sanctions prévues par la loi de 1920. D'ailleurs, l'Association des femmes médecins détestait ce sujet. Profondément conservatrice, elle souhaitait par-dessus tout le relèvement du taux de natalité. Il faut comprendre ces femmes médecins. On sait quelle peine elles ont eu à se faire admettre dans les facultés de médecine. Encore mal acceptées par une partie de l'opinion, elles voulaient donner des gages de moralité à leurs maîtres masculins et aux pouvoirs publics.


Si la contraception reste tabou, l'éducation sexuelle l'est de moins en moins. La presse rend compte des conférences organisées par le Comité, et l'opinion s'habitue aux débats sur ce sujet.


De leur côté, les parents chrétiens se préoccupent des âmes autant ou plus que des corps. C'est pourquoi ils tiennent à se réserver l'éducation sexuelle de leur progéniture. Nombreux sont ceux qui confient leurs enfants à l'école publique, mais qui refusent à celle-ci le droit de se mêler de ces choses-là. L'Église les encourage dans cette attitude, notamment Mgr Verdier qui publie L'Église et l'éducation sexuelle. Dans ce milieu, on commence à lire les psychologues, y compris Freud et ses vulgarisateurs. Rassemblés dans l' Association du mariage chrétien, puis dans L'École des parents fondée en 1929, des militants essaient de promouvoir Les Initiations nécessaires14. Mme Vérine, fondatrice de l' École des parents rédige un manuel à l'usage de La Mère initiatrice (1929). Peu à peu les idées se précisent. Le terrain doit être préparé, dit-on, par un dialogue continu avec l'enfant ; il faut tenir compte du développement individuel, ce qui exclut toute règle et toute recette pédagogique. Les différentes étapes de la psychologie infantile sont de mieux en mieux analysées entre autres par Berthe Bernage ( La Fillette à l'âge ingrat). On apprend aussi à tenir compte des différents milieux sociaux.


Après la Seconde Guerre mondiale une nouvelle étape se dessine, au cours de laquelle la tendance sanitaire et laïque ne progresse plus, alors que la tendance chrétienne et psychologique se développe. Est-ce un effet du baby-boom ? Probablement, mais il faut aussi tenir compte de deux autres facteurs : la diffusion accélérée de la vulgate psychanalytique qui, grâce à la presse, touche désormais tous les milieux ; et l'inquiétude provoquée par l'avortement clandestin, nouveau « fléau social ».


L'École des parents se réorganise en 1946-48, après la démission de Madame Vérine, et se donne comme président le professeur Georges Heuyer, fondateur en France de la psychiatrie infantile. C'est tout un programme. Le nouveau président, entouré de jeunes pédopsychiatres (Georges Mauco, Françoise Dolto Marette, René Zazzo, Cyrille Koupernik) s'emploie à transmettre aux parents les acquis de la psychanalyse. Il s'agit entre autres de faire admettre l'existence de l'inconscient et de la sexualité infantile. L'École propose des conférences hebdomadaires, bientôt très fréquentées, des « cercles de parents », de nombreuses publications ; ensuite viendront des journées, des colloques, des congrès internationaux15. Du coup le concept d'éducation sexuelle s'épanouit. Dans une conférence (7 avril 1950) Françoise Dolto déclare : « La base d'une véritable éducation sexuelle consiste à valoriser le désir pour en assurer la maîtrise ».


Le docteur André Berge qui se spécialise sur ce sujet publie des ouvrages très attachants16. Il explique qu'il ne faut pas dissocier l'éducation sexuelle de l'éducation tout court : l'une et l'autre commencent à la naissance. C'est la mère qui éveille la sensibilité de son bébé en le touchant, en le caressant, en exprimant sa tendresse. À elle aussi de parler de ses grossesses, de ses accouchements, avec calme, sans dissimuler la peine et la souffrance, sans s'y attarder non plus, et en manifestant sa joie de connaître le nouveau bébé. À elle d'éclairer ses filles avec précision sur les changements liés à la puberté et à l'adolescence. À propos des relations sexuelles il vaut mieux que chaque enfant en discute avec le parent de même sexe que lui, aussi librement que possible. Pour prévenir les enfants des agressions sexuelles, on évoquera celles-ci en général, à propos d'un fait divers.


Il n'était que temps d'avertir les jeunes. Françoise Sagan n'a que dix-sept ans quand elle publie Bonjour tristesseLe Comportement sexuel de l'homme, 1948 ; Le Comportement sexuel de la femme, 1954) donne des lettres de noblesse à la sexologie. La description réaliste de l'acte sexuel déborde alors la littérature pornographique : on la trouve dans des romans écrits par des femmes, Les Mandarins de Simone de Beauvoir (1954), Le Repos du guerrier de Christiane Rochefort (1959). Les affiches, les magazines, les films commencent à mettre le sexe en étalage. La libération des mœurs des adultes rend de plus en plus impossible « l'innocence » des adolescents.
(1954) où elle évoque sa défloration. Le discours sur la sexualité se banalise au cours des années 50. Le fameux rapport du docteur Kinsey aussitôt traduit en français (


En même temps, l'avortement clandestin devient un objet croissant de préoccupation. Le journaliste Jacques Derogy en témoigne éloquemment par une série d'articles publiés dans Libération en octobre et novembre 1955, sous le titre « Les femmes sont-elles coupables ? » (articles réunis en ouvrage)17. Cependant le lien entre avortement et éducation sexuelle n'est pas direct : tout le monde sait, à cette date que les avortées sont en majorité des femmes mariées, des mères de famille, plutôt que des jeunes filles « fautives ». D'ailleurs, les néo-malthusiens ne se sont jamais beaucoup occupés des jeunes filles. Berty Albrecht elle-même, quand elle a publié sa revue Le Problème sexuel (1933-1935), quand elle a ouvert un centre de consultation pour le birth-control à Suresnes en 1938, s'est adressée surtout aux femmes mariées qui voulaient maîtriser leur fécondité. En effet le seul préservatif féminin en usage (clandestin) depuis les années 30 jusqu'aux années 50, c'était le diaphragme. Impossible d'en placer un dans le vagin d'une pucelle sans la déflorer… Or l'hymen gardait encore toute sa valeur symbolique et retenait la jeune fille en deçà de la sexualité.


Cela explique peut-être la durable réticence des parents. Interrogés18, ils reconnaissent n'avoir pas envie d'aborder la question avec leurs enfants. Ce n'est pas la peine, disent-ils, en substance. Les jeunes s'informent tout seuls : ils regardent les bêtes s'accoupler (les parents se croient encore au village), ou bien ils parlent entre eux, des aînés aux cadets. Le magazine Parents, fondé en 1969, essaie d'apprivoiser ses lecteurs19 : « Et si ma fille demandait la pilule ? » Certaines émissions de télévision jouent le même rôle20.


Il a fallu la violente contestation de la « société patriarcale » portée par les bourrasques de 68, pour que les féministes inventent une nouvelle éducation sexuelle.

La mutation21

Celles qui ont « radicalisé »22 le mouvement des femmes au début des années 70 étaient jeunes - entre 20 et 30 ans - presque toutes célibataires et sans enfant. C'est d'abord en tant que filles qu'elles se sont révoltées contre la société patriarcale, contre l'éducation qui leur avait été imposée. Elles ont maudit leurs mères, complices du pouvoir mâle, « courroie de transmission de l'oppression ». « J'ai été nourrie dès le berceau de l'idée que les femmes souffrent et c'est comme ça la vie, il n'y a rien à faire […] Un être humain élevé dans l'idée que la vie sera une tartine de merde, une suite de misères fatales et inévitables […] il a d'avance le dos courbé »23. Elles ont bientôt compris que la mère est victime avant d'être coupable : elle aliène parce qu'elle est elle-même aliénée. « Dans la mère, la femme est bâillonnée, réduite au silence, rendue inoffensive. On lui ferme la bouche avec un pénis ou un enfant. Puis on la fait parler, en ventriloque un langage qui n'est pas le sien… »24.


Ces filles en révolution n'ont pas renoncé à enfanter. Mais elles ont tout fait pour briser le cycle infernal, pour construire autrement le lien mère-fille, pour inventer une contre éducation. Elles ont dévoré les livres de Reich et de Marcuse, ainsi que ceux de Simone de Beauvoir ( Le Deuxième sexe), Betty Friedan ( La Femme mystique), Margaret Mead ( L'Un et l'autre sexe) et beaucoup d'autres. Deux ouvrages, deux best-sellers, parus la même année (1974) les ont plus spécialement inspirées : Du côté des petites filles d'Elena Belotti et Parole de femme d'Annie Leclerc25. Le premier analyse minutieusement la discrimination qui dès la naissance, et même avant, pèse sur l'enfant fille moins bien accueillie, maintenue en position d'infériorité et de subordination, conformément à un stéréotype de la féminité qui la veut docile, dévouée, dépourvue d'imagination et d'ambition, en un mot « castrée ».


Les mères sont en effet complices. Elena Belotti dessine toute une galerie de portraits accablants : mères rigides, tatillonnes, maniaques, répressives. Les institutrices ne valent pas mieux. Et les filles hélas s'identifient à ces modèles. L'autre livre celui d'Annie Leclerc, à l'opposé, exalte le bonheur d'être femme, d'être mère dans son corps : « Les jouissances de mon ventre de femme, de mon vagin de femme, de mes seins de femme ; des jouissances fastueuses dont vous n'avez nulle idée », écrit-elle à l'adresse des hommes.


Quand les féministes ont, à leur tour, des filles, elles se donnent pour premier objectif d'extirper le sexisme26, et de laisser à leurs filles le maximum de liberté. Certes, toutes les mères n'étaient pas féministes. Mais pendant les années 70, la plupart des femmes ont été des « pas féministes mais ». Elles accueillaient favorablement tout ce qui tendait à réhabiliter le deuxième sexe. Reste que la diffusion des nouveaux modèles éducatifs mériterait une étude.

Certains partis-pris étaient assez doctrinaires, comme celui qui consistait à imposer les mêmes vêtements et les mêmes jouets aux enfants des deux sexes.


Aucune mère féministe n'a jamais osé mettre des robes à son fils, mais toutes ont mis des pantalons à leurs filles. La gamine n'était pas toujours ravie. « Je voulais des jupes, j'avais des jeans et des clarks. Je voulais des cheveux longs, elle me les coupait ». Et pendant ce temps les mères non féministes se désolaient de ne plus pouvoir mettre de jolies robes à leurs filles qui réclamaient des jeans ! La fillette qui recevait une poupée en cadeau refusait parfois de s'en séparer. Alors maman s'évertuait à détourner l'usage et la signification du jouet. « Ce n'est pas parce qu'on aime les poupées qu'on est obligée plus tard d'élever des enfants », précisait-elle27. La poupée des années 70 était souvent sexuée ; mais qu'elle le soit ou non, la mère attirait l'attention de l'enfant sur cette partie du corps et détaillait les différences entre les sexes. Certaines disent avoir mis la poupée entre leurs jambes et mimé l'accouchement.


Bientôt après vient l'instruction concernant les règles. Maman fait savoir qu'elle-même voit couler son sang tous les mois ; elle présente la toilette intime comme allant de soi ; elle montre les protections qu'elle utilise et les fait essayer par jeu à la fillette. Les nouveaux tampons, vantés par la publicité effacent d'ailleurs les incommodités anciennes : ils sont introduits dans le vagin ; aucun risque de taches, ni d'odeurs, on peut tout oublier. Le risque de défloration est superbement dédaigné. Fi de l'hymen et de sa symbolique ! L'anatomie et la physiologie féminines ne sont pas pour autant banalisées : elles sont resymbolisées positivement. La vulve est un « joli coquillage » (l'argot dit « la moule ») ; à l'intérieur, bien protégés, se cachent des organes aussi importants, ou plus importants que le zizi du garçon, puisqu'ils peuvent donner vie à un bébé. Donc pas de « manque », pas d'» envie du pénis ». La réaction contre Freud amorcée par Karen Horney, s'intensifie et se généralise.


Le sang qui coule n'est pas une souillure, il n'est pas sale, il ne doit inspirer aucun dégoût ; et ce n'est pas « une perte », c'est une promesse de fécondité. Or c'est un insigne privilège que de pouvoir enfanter, même si plus tard on a le droit de s'en abstenir. Quelques mères ont tenté d'inventer un rite, de célébrer les premières règles de leur fille par une petite fête familiale, un joli dîner avec un beau gâteau. « Tu es une grande, tu es une femme ! ». L'usage ne s'est pas installé. Mais du moins la honte et la malédiction étaient écartées : les féministes ont su ressusciter le bonheur d'être femme ; leurs filles ont appris à aimer leur sexe, à être fières.


Un point noir subsistait : la dissymétrie des sexes se traduit notamment par le fait que les hommes peuvent violer les femmes et les filles, alors que la réciproque n'est pas vraie. Pour celles qui refusent l'inégalité entre les sexes, le viol est le scandale suprême, abominable. Les mères ont une conscience aiguë du danger, dès lors qu'on laisse aux filles toute liberté de mouvement, qu'on renonce à contrôler leurs sorties et leurs relations. L'adoption du pantalon prend tout son sens au cœur de cette inquiétude. On sait pourtant que le jean fut bientôt récupéré : la mode l'a voulu moulant, sexy. Rien de plus sexué que l'art de séduire ! Mais fait-il partie de l'éducation sexuelle ? Aux yeux des féministes des années 70, la réponse était peut-être non. Mais aux yeux de leurs filles ?


À l'inverse, comment faire savoir que la relation sexuelle procure un plaisir très vif, accompagné, dans les meilleurs cas, d'un bonheur affectif intense ? La révélation du plaisir physique pouvait être spontanée, du fait de la masturbation, qu'aucune mère féministe n'a jamais réprimée (du moins le disent-elles). Il fallait réhabiliter le clitoris, abattre, là aussi, le discours de Freud. Les filles et les femmes doivent pouvoir explorer toutes les possibilités de leur corps. C'est mieux que de coucher sans désir avec un garçon pour avoir l'air libérée. Certaines militantes s'irritent de voir la levée des tabous profiter aux hommes et trop souvent à eux seuls. « Il faut coucher et en plus il faut jouir à tout prix. C'est l'obsession. Avant nous n'avions pas le droit de jouir, maintenant nous avons le devoir de jouir… »


On fit aussi, à cette époque un usage nouveau de la nudité. « On se promenait à poil, dans la maison, parents et enfants ; on se douchait ensemble ». Si des questions fusaient les parents se lançaient dans de grands discours, « qui ne passaient pas ». Les questions ne fusaient pas toujours. Nombreuses sont les mères, qui, le jour où elles se sont décidées à informer leurs grandes filles ont été prises de court : « Non, non, maman, c'est pas la peine, je sais tout »28. Telle autre, qui a été écoutée, a vu sa fille stupéfaite, bouleversée, fondre en larmes et trembler comme une feuille. On découvrait que ce type d'information risque de faire effraction dans l'intimité d'une adolescente ; que gérer soi-même sa sexualité, c'est peut-être le seuil essentiel du passage à l'âge adulte. La mère veut libérer le deuxième sexe, la fille veut se libérer de sa mère. Ces tensions confirment ce que Nelly Roussel sentait déjà : plus que n'importe quel autre savoir, le savoir sur le sexe doit être l'objet d'une conquête personnelle, un acte de liberté.


L'Éducation nationale a essayé d'accompagner ce changement des mœurs. La « circulaire Fontanet » (nom du ministre) du 23 juillet 197329 donne des directives aux chefs d'établissements. Elle distingue l'information de caractère scientifique et hygiénique, de l'éducation, éveil à la responsabilité. Le passage aux réalisations fut difficile. Madame Missoffe, député RPR, a multiplié les tables rondes réunissant des membres des associations de parents d'élèves et des représentants des syndicats et enseignants. En 1979 elle constate qu'il est encore impossible de tomber d'accord sur ce que doit faire la famille et ce que doit faire l'école : « Nous ne sommes pas préparés ! »30.


Pour achever l'éducation d'une adolescente, on pouvait toujours lui donner des livres. Dès 1964 avait paru le Guide Marabout de la jeune fille d'aujourd'hui, par Floriane Prévot. En 1971, Maguelonne Toussaint-Samat et Thérèse Roche publient Virginie a 14 ans ou le nouvel art de vire. Ces deux manuels arborent une information sexuelle dernier cri : folliculine, hypophyse, adrénaline, surrénale… Le plus ancien des deux conseille encore d'éviter les relations sexuelles : céder à la mode c'est arriver bientôt au dégoût.


Le Nouvel art de vivre met seulement en garde contre les relations éphémères. Une autre solution, souvent adoptée, ce fut de conduire l'adolescente, dès les premiers signes de puberté, chez une gynécologue : à charge pour celle-ci de donner progressivement toute la lumière nécessaire sur le risque de viol, les maladies sexuellement transmissibles, la contraception. Les révélations de cette sorte sont sans doute moins troublantes si elles sont faites par une étrangère, dissociées des liens affectifs entre mère et fille. Les conseillères du Planning familial ont, elles aussi, joué ce rôle d'informatrices : les centres de planification se sont multipliés depuis la fin des années 60 ; ouverts tout le mercredi, ils accueillent de plus en plus de jeunes.


Une ère semble donc s'achever. Le XIXe siècle citadin apparaît comme une parenthèse obscure entre l'empirisme rustique et l'éducation sexuelle organisée. Il y a quinze ans, on pouvait écrire : « La jeune vierge a échappé au groupe, et aux mâles : elle est devenue un individu à part entière, libre de disposer d'elle-même. Sans doute est-ce toujours un moment important que celui où une jeune fille a sa première relation sexuelle ; mais important pour elle seule. C'est un événement intime, c'est une étape dans le développement de sa personnalité, ce n'est plus un rite, ce n'est plus un fait social »31. Or, depuis, le nombre des « maternités adolescentes »32 a augmenté et les cas d'inceste dont une fille est victime se révèlent fréquents. Fléaux sociaux ?… Il reste donc beaucoup à faire. Mais quoi au juste ? Les questions posées au début du siècle - quel contenu donner à l'éducation sexuelle et qui s'en chargera - sont de celles qui ne peuvent pas recevoir de réponse définitive.

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1 Fournier 1890.
2 Corbin 1987.
3 Klejman et Rochefort 1989.
4 Bell et Offen 1983.
5 Roussel 1979.
6 Mayeur 1977.
7 Pelletier 1978, Bard 1992.
8 Bard 1995.
9 Sohn 1972.
10 Avril de Sainte-Croix 1978.
11 Elle est citée en entier dans De la pucelle à la minette, op. cit., pp. 234-235.
12 Bard 1995.
13 Montreuil-Strauss 1923, 1932, 1933, 1945.
14 Ganay, Abrand, Viollet 1927.
15 Isambert 1960.
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17 Derogy 1956, Weill-Hallé 1960.
18 Fize 1990.
19 Gérôme 1984.
20 Lévy et Monthuy 1987.
21 Fortino 1992.
22 Chaperon 1995.
23 Béthune-Trolle 1977.
24 Collin 1977.
25 Belotti 1974, Leclerc 1974.
26 Le mot s'impose à la fin des années 1960 pour désigner toute discrimination qui condamne le deuxième sexe à l'infériorité.
27 Citations dans Fortino 1992.
28 Entretiens avec des femmes âgées de 40 à 50 ans, archives de l'auteur.
29 Mouvement Français pour le Planning Familial 1982.
30 Choisir 1979.
31 Knibiehler, Bernos, Ravoux-Rallo, Richard 1989.
32 Patureau, Baudillon, Donval 1990.





©Yvonne KNIBIEHLER, « L'éducation sexuelle des filles au XXe siècle », Clio, numéro 4-1996, Le temps des jeunes filles, [En ligne], mis en ligne le . URL : http://clio.revues.org/index436.html. Consulté le 28 novembre 2009.
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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 14:11


L’histoire de la sexualité au travers des moeurs matrimoniales et des pratiques sexuelles, parce que pendant des siècles l’un n’aller pas sans l’autre.


Durant toute l’histoire de l’humanité, les différentes civilisation ont montré ou caché, de manière distincte et caractéristique, la sexualité et l’amour. Il reste très peu de documents relatant la sexualité de nos aïeuls. En effet ils sont restés la plupart du temps dans cercle privé ou détruient parce qu’ils mettaient en péril les fondement même de la société des différentes époques.


La sexualité dans l’antiquité.

Les pratiques sexuelles hors mariage Nous ne pouvons pas opposé les différentes société antique. Que soit les grecs ou les Romains chaque civilisation à ces codes pour l’acte d’amour. Par exemple dans la Rome antique les ébats amoureux sont interdits à la lumière du jour ou sous n’importe quels éclairages où l’on pourrait voir une femme nue. entièrement

Cependant, l’appel au charme féminin en contrepartie d’argent est coutumier durant l’Antiquité. Les maisons closes sont des endroits prisés par les hommes politiques.

À Rome, la législation impose aux filles de joies de se vêtir de façon identifiable et de se coiffer d’une perruque blonde.


En Grèce, ce qui est sans doute commun, accepté et même désiré, c’est la passion sexuelle d’un homme mûr pour un jeune garçon. L’homosexualité est permise lorsque le maître est le seul qui travail et uni avec une autre personne asservi au plaisir de ce dernier.


Les pratiques sexuelles au sein du couple.

Tout de même dans la Grèce antique l’hétérosexualité reste la référence. En Grèce, l’écart entre les époux est compris entre 10 et 20 ans. L’âge des jeunes épouses devance bien souvent la puberté. Comment, dans ces conditions, la jeune fille grecque peut-elle être sexuellement mûre ?


Comment peut-elle vivre sa sexualité ? Dans l’empire Romains la bisexualité est courante. Au sein du couple romain, les femmes aussitôt après l’acte sexuel se lève ou se lave, elles pensent que ces méthodes ont un effet contraceptif.


La sexualité au Moyen âge.

Au moyen age la sexualité n’est pas dissociée de la religion et du mariage. Une codification de la sexualité dans le mariage est édictée par l’église.

Au XIe siècle, la politique de l’Église délimite l’acte sexuel à la sphère matrimonial, car la procréation ne peut incontestablement se faire qu’au sein du mariage.


Le mariage, septième et dernier sacrement reconnu officiellement en 1178, doit être unique et indissoluble. L’Église ne se satisfait pas d’imposer le mariage ; elle essaye de mettre en place un contrôle de l’acte sexuel précisent les moments de l’année durant lesquels les époux peuvent s’étreindre.


Les hommes d’église demandent aux couples de s’abstenir de relations sexuelles : le dimanche, le mercredi et le vendredi, les trois périodes de carême (40 jours avant Pâques, Noël et la Pentecôte) et pendant de multiples jours de fêtes de saint.


L’Église multiplie également les moments d’abstinence sexuelles entre les époux : lorsque la femme a ses menstruations, est enceinte ou après l’accouchement ; il faut attendre 40 jours après la naissance de leur enfant, et même écarter toutes relations sexuelles durant l’allaitement car elles peuvent corrompre la qualité du lait, pour revenir aux périodes propices aux ébats amoureux.


Mais heureusement il y a une différence entre le comportement amoureux des chrétiens et les règles édictés par l’église.


L’Église condamne également les coït anal ou relation oral. Ces pratiques sont condamnées au nom de Dieu qui a prévu chaque organe à des fonctions spécifiques.

La procréation étant l’essence même de l’acte sexuel dans le mariage la masturbation est prohibée.


Les positions sexuelles sont aussi permises par l’église en effet seule la position du missionnaire est autorisée. Toutes autres formes d’accouplement est fortement condamnées.

L’Église va même jusqu’à dire que toutes autres positions sexuelles exercées au sein des couples donneront naissance à des enfants contrefaits, lépreux, infirmes ou monstrueux.

De ce fait l’homosexualité est fortement condamnée par l’église, elle la définit comme une perversion et une maladie. En contrepartie dans les milieux cléricaux, l’histoire nous apprend des pratiques homosexuelles.


D’autres excommunications pèsent sur le couple marié. Le clergé considère qu’un mari ne doit pas exprimer trop de passion pour son épouse. Selon l’église un mari qui étreint sa femme avec trop d’ardeur affective est un indice évident qu’il n’affectionne cette dernière que pour son propre plaisir.


Les rapports sexuels adultère L’Église défends les actes sexuels hors mariage. Certains prévoient la répudiation d’épouses adultère. Dans cet acte de chair extraconjugal, ce n’est pas seulement le couple qui est menacé, mais c’est sur l’ensemble de la famille que la honte rejaillit.


Contraception et avortement.

Malgré la lutte de l’église contre la contraception et l’avortement, ces actes ont toujours été pratiqué. Des potions magiques étaient les seuls moyens que certaines femmes avaient trouvé pour éviter d’être enceintes.


Deux tranches de la population s’oppose dans ces pratiques, l’une aisé pour limiter les héritiers et l’autre pauvre pour éviter de nourrir plus de personnes.

Malgré cela l’efficacité de ces mixtures permet peu de contrôler les naissances. Quant à l’avortement ils existent des potions de stérilité. Au Moyens Âge la condamnation pour de tels actes est sévèrement punie.


La sexualité sous l’ancien régime.

Des règles supplémentaires Au cours de l’ancien régime les règles sexuelles sont pratiquement identique qu’au Moyen Âge, du fait de l’emprise toujours très forte de l’église.

Si le Moyen Âge était au niveau sexuel le refus du plaisir et obligation de procréer au sein du mariage, l’époque moderne accentue l’idée obligatoire de la chasteté et de la pudeur.


D’ailleurs les artistes de la Renaissance cache le sexe de leurs modèles avec des draperies ou des feuilles de vignes.


De même, la prostitution est traquée, les prostituées sont bannies à Paris et les maisons closes sont fermées dans de nombreuses villes.


L’autorisation de rapports sexuels avant mariage.

Des changements profonds se passent au sein des couples. En effet l’âge du mariage reculant les familles autorisent dorénavant des rapports sexuels avant mariage.

L’Église lutte férocement contre ces relations érotiques, et menacent d’excommunication toutes personnes se livrant à de tels actes.


La sexualité à l’époque contemporaine

À partir de la fin du XVIIIe siècle, la masturbation est particulièrement pourchassée par l’Église mais aussi dans les milieux médicaux.


Alors que la masturbation devient une vrai crainte et obsession dans les milieux aisés, il semble relativement toléré dans les milieux populaires.


C’est à la fin du XIXe siècle, qu’apparaît les premiers réel moyens de contraception : préservatifs, interruption du coït, puis au début du XXe siècle les diaphragmes vaginaux se multiplient.


Grâce au début de la contraception l’acte sexuel se sépare de la procréation et de l’approbation de l’église.


Vers la fin des tabous ?

La fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle sont incontestablement les époques, où l’on peut voir le début d’une reconnaissance du plaisir, d’une sexualité en dehors du mariage et l’amoncellement de la fin des tabous.


L’art, les écrits, les documents commencent à dévoiler et à parler des plaisirs de la chair.

Le baiser sur la bouche en public est enfin reconnu aux yeux de la société après des siècles de confinement dans le cercle privé. Il est même la preuve de la solidité d’un couple.


Le Docteur Roubaud rédige en 1855, un rapport où il décrit l’orgasme avec beaucoup de précision. 30 ans plus tard c’est la parution de la Petite Bible des jeunes époux qui incite la recherche de l’orgasme simultané.


Malgré cela ce n’est que le début de la libération des mœurs, et de la liberté sexuelle.


La sexualité aujourd’hui.

Après la Seconde Guerre mondiale, on cherche enfin à comprendre les mécanismes du plaisir et de la sexualité. C’est l’arrivée d’une discipline scientifique reconnu : la sexologie.

Depuis cela, il y a eu de nombreux écrit et de nombreuses personnes qui développent un sujet qui date de millénaire et que personne ne trouver bon de connaître et de comprendre.


Grâce à cette révolution nous avons vu la naissance de recherche scientifique sur les rapports sexuels, et surtout la réhabilitation du plaisirs. L’émergence de sexologue aident grâce à des thérapies de nombreuses personnes à trouver le plaisirs.


La libéralisation des moeurs.

Un autre changement principale c’est la reconnaissance de l’homosexualité comme une relation amoureuse et non comme une maladie ou une pathologie. Cette révolution est sûrement due à la séparation entre la sexualité et la procréation.


Autres signe de l’évolution des mentalités c’est la création par le ministère de la Santé français en 1976 du CIRM (Centre d’information sur la régulation des naissances, la maternité et la vie sexuelle).


Autre situation marquante la plupart des pays occidentaux, préconisent une éducation sexuelle à l’école. Cela permets de faire connaître aux enfants leur droit en terme de sexualité, et d’en parler librement.


Aujourd’hui nous pouvons dire que la sexualité est bien séparée du mariage de la procréation.


Merci à l’histoire. Aujourd’hui, il existe dans la langue française environ 1 300 mots ou d’homonymies pour parler de l’acte sexuel, 550 pour nommer le pénis et autant pour le sexe féminin.


La nouveauté, à l’échelle de l’histoire, n’est pas tant le nombre de mots mais le fait même qu’on puisse les dire et les écrire avec une relative facilité.
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7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 15:00


On croit que nos vies sexuelles modernes sont débridées par rapport à celles de nos ancêtres. Mais ceux-ci ne nous avaient pas attendu pour adopter certaines pratiques ou pour les représenter dans l'art…

Démonstration avec Sayuri, historienne de l'art, que Rue69 accueille avec plaisir pour une chronique sur la sexualité antique. A commencer par l'Egypte ancienne, sa grande passion.

 Peux-tu nous donner un exemple d'objet symbolique important dans la suggestion érotique de l'Egypte ancienne ?

Je me souviens avoir rencontré une prof d'égyptologie qui présentait l'érotisme chez les Egyptiens à ses élèves par la phrase suivante : « Chérie, va mettre ta perruque ! »

Pour des raisons d'hygiène (bestioles et autres petites choses agréables), les Egyptiens qui en avaient les moyens -ce qui n'était pas le cas des paysans qui avaient des conditions de vie déplorables et très peu de soin d'eux-mêmes- étaient le plus souvent rasés.

Donc les cheveux étaient chose rare (et tout ce qui est rare devient précieux) sur les têtes et l'on pouvait se mettre… des perruques ! Pour la vie quotidienne, mais aussi et surtout dans l'intimité…

Le musée du Caire en présente un magnifique assortiment très bien conservé : entre Marge Simpson et les Jackson Five. Il y en a d'autres, notamment des perruques féminines aux cheveux longs mêlés de perles dorées, parfois ceintes de couronnes d'or…


 Y a-t-il des représentations symboliques de la sexualité chez les dieux égyptiens ?

 Oui, à travers les bijoux. Notamment, si on va au Louvre, on peut voir sur le relief de la tombe du pharaon Séthi Ier un collier, dit « menat », qu'une femme offre au roi. C'est le collier d'Hathor, déesse de la féminité et de la fécondité légèrement vêtue d'une résille transparente et coiffée du hiéroglyphe de son nom…

L'idée globale est que le pharaon -mort, hein, ça se passe dans une tombe, là ! - insère sa main dans le collier (et pas que), met ainsi la déesse enceinte et renaît, tel le soleil triomphant, dans le royaume de l'au-delà.
 

Hmmm d'accord, et ainsi jamais ne se termine Hathor… Tu as d'autres secrets érotiques du Louvre à nous confier ?

 Certains d'entre vous connaissent peut-être une petite statuette en bronze représentant une femme (avec une perruque, bien sûr) appelée Karomama, dont s'enorgueillit le Louvre, et qui porte le titre de « divine adoratrice d'Amon ».

Elle était l'épouse du Dieu, auquel elle faisait vœu de se consacrer entièrement, et donc le plus souvent vouée à rester abstinente… mais pas inactive ! En effet, en tant que « main du dieu », elle avait le rôle d'« éveiller la pulsion sexuelle » d'Amon, dieu créateur et fertilisateur… »

A suivre...





©Rue69

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7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 15:00
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Allemagne : Munich, Ancienne pinacothèque
Peinture flamande, XIVe-XVe Siècles


En Occident, la très grande majorité des représentations artistiques de circoncision concerne la Circoncision du Christ. Comme tout enfant juif, Jésus a été circoncis le 8e jour. C’est Saint Luc, l’Evangéliste de l’enfance du Christ, qui rapporte cet événement dans son Evangile.

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Italie : La Circoncision, Ecole de Giovanni Bellini, XVIe Siècle
Musée du Petit Palais, Avignon



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Italie : Bartolomeo Veneto
La Circoncision, 1506,
Musée du Louvre, Paris



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Circoncision (détail), XVe Siècle.
Allemagne : Rothenburg


Quand fut arrivé le huitième jour, celui de la circoncision, l’enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l’Ange lui avait donné avant sa conception. (Lc 2,21)


L’Eglise Catholique a très longtemps fêté la Circoncision du Christ, au même titre que les autres événements de la vie de Jésus relatés dans les Evangiles et dans la tradition.


Le calendrier liturgique situe la Circoncision du Christ au 1er Janvier, soit 7 jours après la Nativité. Le 1er Janvier est bien le 8e jour après Noël.


L’art occidental, très nourri par le Christianisme et par les commandes de l’Eglise Catholique, a fourni de nombreux tableaux et quelques sculptures représentant la Circoncision de Jésus enfant, dans la période allant de la fin du Moyen-Âge jusqu’au XVIIe Siècle. Les plus grands peintres ont apporté leur contribution. Après cette période, ce thème est quasiment abandonné.

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La Circoncision, par Jean Soulas, 1530.
France : Cathédrale de Chartres, Chœur

 

Il est à noter qu’une confusion est parfois faite entre les tableaux représentant la Présentation au Temple et la Circoncision : on intitule parfois Circoncision des scènes de la Présentation et inversement. La Présentation au Temple est un autre rituel de l’époque de Jésus où les enfants mâles étaient amenés au Temple de Jérusalem pour être consacrés au Seigneur, comme le précise Saint Luc dans son Evangile :


Quand arriva le jour fixé par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus le portèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi : Tout premier-né de sexe masculin sera consacré au Seigneur. Ils venaient aussi présenter en offrande le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur : un couple de tourterelles ou deux petites colombes. (Lc 2,22-24).

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La Circoncision, par le Maître de Saint Séverin
actif 1502-1546
Musée du Louvre, Paris

 

Il est vrai que les deux thèmes sont proches l’un de l’autre, font appel aux mêmes personnages (la Sainte Famille, Jésus enfant nu ou dans ses langes, un ou des religieux juifs) et aux mêmes décors, et donc ce sont parfois seulement des détails du tableau qui feront la différence. La présence d’instruments chirurgicaux ou d’un couteau indiquera évidemment la Circoncision. En revanche, si des colombes sont peintes, ce sera une Présentation.

Les costumes, les décors et les détails sont souvent fantaisistes, le réalisme historique et archéologique n’étant pas un souci à cette époque.



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France : Claude Vignon (1593-1670)
La Circoncision - Musée de Tours



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La Circoncision par Rembrandt
Pays-Bas :



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Italie : Circoncision, par Tomaso di Andrea VINCIDOR (XVIe Siècle)
Musée du Louvre, (France)



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France : la Circoncision
Vitrail provenant de la chapelle du Connétable de Montmorency au château d’Ecouen, 1544, château de Chantilly



En dehors de l’art occidental, c’est surtout l’archéologie égyptienne et moyen-orientale qui fournit de nombreuses scènes de circoncision, traduisant que cette coutume était très répandue dans ces cultures.

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Circoncision - Egypte
L’ultra célèbre et inévitable fresque égyptienne, à Saqqarah, qui fait le bonheur des vendeurs de cartes postales pour touristes occidentaux. Clin d’œil : j’ai en la chance de voir l’original lors d’un voyage en Egypte, à une époque où je ne pensais pas que je serai personnellement confronté à la chose. Or quelques semaines après, se déclarait mon phimosis.



©Macirconcision.com
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7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 14:00

Cyril Dumas a fait la tournée des «enfers» des musées, exhumant 140 objets de la Gaule romaine consacrés à la sexualité. Archéologue de formation, ce jeune conservateur se dépense sans compter pour faire vivre le petit musée des Baux, en sortant des sentiers battus. Les pièces dont il offre une exposition inédite, appelée à voyager, étaient enfouies dans les réserves. Lors des fouilles, elles étaient incomprises et rejetées, voire mutilées ou détruites, «odieuses et salaces caricatures» que «la décence ne peut permettre de décrire», selon un récit de 1880.


Ces saynètes diffèrent des phallus, qu'on retrouve dans toutes les classes sociales sculptés dans les matériaux les plus divers : sur la vaisselle, en amulette au cou des enfants, sur les stèles ou les bornes, sur le pont du Gard ou les arènes de Nîmes, devant des magasins.


A Pompéi, un phallus servait d'enseigne à une boulangerie. Pour faire lever le pain ? Cet avatar du dieu grec de la fécondité s'est ainsi progressivement transformé en talisman. Plusieurs représentations restent difficiles à percer, comme ce relief sur lequel un sexe féminin surmonté d'un symbole phallique est entouré d'un serpent, d'un oeil, d'un corbeau et de deux phallus, l'un affublé de pattes de chèvre, l'autre de pattes de poulet.


Positions répétitives. Il en est de même des scènes de l'acte sexuel. Au IIIe siècle, les Gaulois romanisés se sont fait une spécialité de ces médaillons apposés sur des poteries. Il n'y a pas de kama sutra romain : en dépit de l'admirable acrobatie déployée par certains protagonistes, les positions sont fort limitées et répétitives.


Davantage qu'une panoplie des plaisirs, elles évoquent un récit, comique ou édifiant. Mais pour délivrer quel message ? Parfois, Cyril Dumas cherche à contourner ces mystères par des spéculations aventureuses. Figurer la fellation, est-ce véritablement en signifier l'interdit ? En revanche, on le suit sans peine lorsqu'il évoque la prévalence des rapports de domination. Pascal Quignard (1) avait déjà souligné combien les relations sexuelles, notamment avec les esclaves, étaient soumises à des interdits extrêmement stricts, dont l'affranchissement pouvait être puni de mort.


«Le couple, hétérosexuel et monogame, est finalement la règle», affirme l'auteur de l'exposition. Ainsi les échanges avec les esclaves devaient-ils être non fécondants, afin d'éviter le délitement social. Cyril Dumas pense que le rapport de fécondation se joue dans l'échange de regards. Dans certains cas, tournant le dos à son amant, la femme tient un miroir. Qu'est-elle censée mirer ?


(1) Le Sexe et l'effroi (Gallimard).




©Libération.fr

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5 novembre 2009 4 05 /11 /novembre /2009 00:00

 




Jardinier en chef du domaine national de Versailles, Alain Baraton s'est penché avec gourmandise sur les amours royales. Une balade libertine et savante, de bosquets en alcôves.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


VERSAILLES LES ALLÉES DU PLAISIR

 


Qu'est-ce qui vous a poussé, vous le jardinier, à écrire cet ouvrage? 


J'ai la chance d'être à Versailles depuis trente-trois ans, j'ai dû y donner plus de 300 conférences, et je me suis rendu compte que lorsque je raconte les amours du roi, 100% des gens m'écoutent avec attention. Je suis convaincu que cette petite histoire est aussi importante que la grande.

 


 


 


Avec quel roi commence l'aventure de Versailles? 


Avec Louis XIII. Habitant au Louvre, il vient chasser sur les terres giboyeuses de Versailles, comme le faisait son père, Henri IV. Il dort alors dans le seul hôtel de l'époque, l'Hostel où pend l'écu, un véritable bouge. Pour respecter son rang de monarque, il se fait construire un pavillon de chasse. L'avantage à Versailles, c'est qu'on est suffisamment proche de Paris pour pouvoir y retourner en cas d'urgence, et suffisamment éloigné pour devoir passer la nuit sur place si le jour tombe. L'idéal pour séduire! Louis XIII va tenter de charmer Marie de Hautefort, jeune fille vive et entreprenante, puis Louise de La Fayette. Mais le roi est un nigaud, il n'a vraiment pas le talent qu'aura Louis XIV dans ce domaine.




Tout va donc changer avec Louis XIV?


Oui, avec lui, le château de plaisir va prendre vie, même si ses débuts sont très maladroits. Alors que toutes les dames de la Cour veulent être la première à honorer le roi, l'adolescent est déniaisé par la baronne de Beauvais, une femme de plus de 40 ans, qui plus est borgne, vicieuse, et au visage piqueté par la vérole. Anne d'Autriche est effondrée. Aussi, quand il trompe sa maîtresse avec sa belle-soeur, Anne d'Angleterre, la femme de Monsieur (ou plutôt de Madame, vu ses moeurs), on ferme un peu les yeux. Mais, pour éviter de gros ennuis avec le clergé, on essaie de lui trouver un «paravent», c'est-à-dire une diversion. Arrive Louise de La Vallière, une jeune et timide ingénue.


Et Louis XIV en tombe amoureux! 


Bientôt, il lui demande même d'assister à ses côtés aux cérémonies officielles - Bossuet parlera dans l'un de ses sermons des «fleuves de l'enfer». Avec elle naît le terme de «favorite». Versailles, où le monarque s'est installé en 1660, prend de l'ampleur. Louis XIV doit y montrer sa puissance. La nature est asservie, taillée au cordeau par Le Nôtre. Le choix de la statuaire s'opère par rapport à la mythologie, aux grands artistes de l'époque, mais on en profite aussi pour disséminer ça et là quelques éphèbes au corps sublime. Afin de conter fleurette en toute tranquillité, le roi fait construire la grotte de Thétis, le Trianon de porcelaine et de nombreux bosquets. N'oubliez pas que, en 1687, 36 000 hommes travaillent au château. S'isoler n'est donc pas simple.

 


Et Mme de Montespan? 


C'est Louise de La Vallière qui l'a introduite à la Cour, en 1666. «Une beauté à montrer aux ambassadeurs», d'après Saint-Simon. Je dirais, moi, qu'elle a le corps de Marilyn Monroe et l'intelligence de Simone de Beauvoir. Elle a tout compris du parti qu'elle pouvait tirer de la conquête du roi. Elle n'est pas la seule, toutes les femmes tentent alors leur chance - le simple fait d'avoir partagé la couche du roi constitue un atout. Et puis, imaginez la France de l'époque, des champs mal cultivés, des villes qui puent, et vous arrivez dans une cité propre, bien gardée, brillante...

 

 


Parallèlement, Versailles ne devient-il pas un immense bordel? 


En effet, la prostitution va bon train dans les bois avoisinants. Bientôt le roi ne le supporte plus, car les ouvriers sont affectés par quantité de maladies, ce qui occasionne des retards importants dans les travaux. Dans un premier temps, il décrète l'interdiction de la prostitution - une mesure guère efficace. Alors, il décide que les femmes seront fouettées en place publique et que leurs clients auront le nez et les oreilles tranchés. Moralité, la prostitution se déplace, envahit les hôtels particuliers de Paris et de Versailles, signalés par des couronnes de lauriers. Quand on fermera ces maisons closes, on arrachera les lauriers, d'où la chanson: «Nous n'irons plus au bois, les lauriers sont coupés.»

 

 


Vous n'avez pas beaucoup d'estime, semble-t-il, pour la dernière favorite, Mme de Maintenon? 


En effet, elle me rappelle ces vieilles femmes qui fustigent les jeunes et leurs moeurs et dont on se rend compte combien elles ont été sulfureuses. Alors, voilà une femme qui vit avec Scarron, un mari un peu particulier, qui partage le lit de la grande courtisane de l'époque, Ninon de Lenclos, et qui a été la maîtresse du marquis de Villarceaux - il la représentera entièrement nue sur un tableau. D'abord recrutée pour s'occuper des enfants, elle se forge une morale. Puis, pas sotte, elle prend à contre-pied ce roi vieillissant, longtemps séduit par des femmes un peu légères, en l'abreuvant de principes religieux. Il érige bientôt la chapelle royale, la dernière pièce de Versailles. Mme de Maintenon est austère, les décolletés disparaissent, bref, on ne plaisante plus! Versailles devient un château hanté.

 

 


Puis vient la Régence, encore un tournant? 


Les gens aisés ont un tel besoin de respirer qu'ils tombent dans l'excès. Tandis que le peuple continue de souffrir, la débauche, ici, est totale. Le jardin devient un véritable lupanar. Quand Louis XV s'installe à Versailles, vers 1722, à 12 ans, on commence à remettre de l'ordre, la morale revient petit à petit.

 

 


Reste que vous écrivez: «Louis XIV aimait la séduction, son arrière-petit-fils, le sexe.» Louis XV tombe-t-il à son tour dans les turpitudes? 


Oui, Louis XV est un «viandard». Pour lui, seule compte la quantité. Louis XIV aimait les femmes et leur était redevable. Louis XV ne fait pas de cadeaux, écumant allègrement les bonnes familles. Mais il tombe sur une femme d'exception, d'une intelligence rare, Mme de Pompadour, qui va bientôt diriger la France. Pour satisfaire son appétit sexuel, elle n'hésite pas à se déguiser en jardinière, en fermière, et à créer le Parc-aux-Cerfs, où l'on élève des jeunes filles destinées au lit du roi. Un roi qui a tellement peur des maladies vénériennes qu'il les demande de plus en plus jeunes, les plus «neuves» possible.

 

 


Et les orgies dont vous parlez? 


Commencées avec la Pompadour, elles culmineront avec Mme du Barry. Cette dernière est une catin magnifique, du genre «bombe atomique». Elle organise des soupers fins, durant lesquels les convives quittent un vêtement à chaque nouveau plat. Quand deux personnes se retrouvent nues en même temps, le couple est formé. On dit qu'une fois Mme du Barry a été honorée par sept messieurs!

 

 


On en arrive à Louis XVI, plutôt triste sire, non?

Oui, mais honnête, humain. Simplement, il n'est pas très porté sur le sexe, il préfère la chère à la chair. En fait, on a détecté chez lui une malformation sexuelle. Marie-Antoinette, elle, s'autorise quelques aventures, n'en déplaise aux royalistes qui n'apprécient guère cette idée. Avec Louis XVI, finalement, Versailles redevient normal. On s'y tient correctement, comme aujourd'hui, avec un parc qui reste un lieu de prédilection pour tous les amoureux du monde.






©Payot Marianne
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31 octobre 2009 6 31 /10 /octobre /2009 15:00


Depuis l'Antiquité, le bain est un lieu de rencontres oà¹, selon les périodes, hommes et femmes se retrouvent pour des jeux coquins. En tenue d'Eve et d'Adam. La pudibonderie rhabille tout le monde au XIXe siècle.


Publics ou privés, pour une cure médicale ou le simple délassement, les bains sont une institution dans la Rome antique. La nudité y est habituelle, s'il faut en croire les épigrammes de Martial. " Toutes les fois que, dans les bains publics, tu entendras, Flaccus, des applaudissements, sache que la verge de Maron s'y trouve ", sourit-il, raillant par ailleurs Ménophile, qui porte une énorme fibule pour cacher sa circoncision...


Méme nudité chez les femmes : selon Suétone, la mère d'Auguste ne fréquentait plus les thermes depuis qu'une tache en forme de serpent était apparue sur sa peau. Jamais elle n'eà»t songé à  la voiler... Cette nudité cependant n'est pas choquante tant que les deux sexes sont séparés. Mais sous l'empire, les bains sont mixtes et les moeurs se relâchent. Les eaux de Baïes, près de Naples, figurent parmi les lieux de drague évoqués par Ovide dans son Art d'aimer : " Plus d'un, qui en revient le coeur blessé, dit que leur eau n'est pas aussi salutaire qu'on le prétend. " Les thermes se convertissent en lieux de débauche, ce qui provoque l'indignation des moralistes. Pline et Quintilien sont les premiers à  signaler cette évolution.


Les pères de l'Eglise prennent la relève, mais l'attraction des bains est forte et leurs condamnations inefficaces. Leur répétition suffit à  en témoigner... Car la réputation de ces lieux de débauche a la vie longue. Pour le code de Justinien, élaboré au VIe siècle, la seule fréquentation des thermes par une femme mariée est un motif de répudiation. A la méme époque, l'abbesse Radegonde de Poitiers est accusée d'avoir admis des hommes dans les bains du monastère. Elle ne nie pas le fait, mais bien la communauté des sexes dans la méme pièce. En conséquence, elle est absoute.


Les bains communs restent appréciés durant tout le Moyen Age. Charlemagne, qui séjournait volontiers dans les villes de cure, invite ses amis dans sa piscine d'Aix-la-Chapelle, " et quelquefois méme les soldats de sa garde, ajoute Eginhard, de sorte que souvent cent personnes et plus se baignent à  la fois ". Le maillot n'avait alors pas lieu d'étre. Notons qu'ici aussi, il suffit pour sauvegarder la morale que la séparation des sexes soit assurée. Personne ne s'offusque de la nudité commune, pourvu qu'elle ne rassemble que des hommes, ou des femmes.


Au XIIe siècle, de retour d'Orient, les croisés instituent les étuves en Occident. Dans ces espaces clos les deux sexes se mélangent à  nouveau. Ils ont aussi mauvaise réputation que les thermes antiques. Dans le roman Flamenca , comme dans Le Roman de la Rose de Jean de Meung, ce sont des lieux de rendez-vous pour les couples adultères. Dans le premier, c'est un tunnel qui permet aux amants de se retrouver. Mais dans le second, ils se baignent ensemble dans l'établissement et passent vite aux lits mis à  la disposition des clients, en principe, pour le repos. Quant à  la tenue, elle ne laisse aucun doute : " Si te lave nu/Et te baigne ès cuves/Jenin l'Avenu/Va-t'en aux étuves ", chante Villon.


C'est, au contraire, le vétement qui surprend, s'il faut en croire Ousâma, prince syrien qui s'est baigné avec des croisés. L'un d'eux, " qui détestait, comme tous ses pareils, que l'on gardât, au bain, une serviette autour de la taille ", arrache celle du chef des bains, et reste stupéfait devant son pubis rasé.


Des allusions à  des vétements figurent cependant dans des textes tardifs mais ils n'ont rien d'obligatoire. Les statuts des étuveurs de Paris donnés par le prévôt le 11 février 1399 fixent, par exemple, le prix payé par le client pour le drap " en quoy il se enveloppera, se aucun en veult ". Il est donc permis de ne pas en vouloir ! A Baden, en 1415, les femmes se baignent nues, mais dans une piscine séparée des hommes. Ceux-ci, raconte le Pogge, peuvent cependant y accéder revétus d'un drap de lin. Dans d'autres bassins, les femmes portent un vétement si lâche qu'il ne cache pas grand-chose. Depuis la galerie, quelques hommes leur lancent des pièces pour voir s'entrouvrir leurs vétements. Le drap semble donc le premier vétement mentionné en ces lieux.


Pour les hommes, des braies - semblables à  nos " boxers " - apparaissent sur des miniatures du XVe siècle. Ce sont leurs vétements de dessous, qu'ils ont conservés pour se baigner. Ces nouvelles règles suffisent-elles à  moraliser les lieux ? Brantôme, à  la fin du XVIe siècle, loue l'honnéteté des Suisses, qui se baignent " pesle-mesle " avec un simple linge par-devant, " sans faire aucun acte deshonneste ". Est-ce tellement rare qu'il faille s'en étonner ?


Les étuves cependant cessent d'étre à  la mode. Fermées durant les grandes épidémies, dénoncées par les moralistes et les autorités, elles se raréfient à  partir du XVIe siècle. Celles qui survivent ont une réputation de " palais des amours " destinés à  de grands seigneurs, comme l'hôtel Zamet fréquenté par Henri IV. Au XVIIIe siècle, Paris ne compte plus que deux maisons proposant des bains chauds. Caleçons et bonnets de bain y sont obligatoires, bains d'hommes et bains de femmes y sont nettement séparés. Le temps des étuves " coquines " est passé.


C'est pourtant à  cette époque qu'apparaissent de nouveaux types d'établissement, à  mi-chemin entre la baignade publique et l'hôtel de bains. Etablis sur des bateaux le long de la Seine, ils proposent, dans des cabines séparées, des bains de rivière, ou des douches, dans une eau réchauffée et courante. L'eau est froide, en revanche, dans les " bains chinois " ouverts par Turquin près du pont de la Tournelle : des baignoires percées, prévues pour trois personnes, plongent dans la Seine grâce à  un système de suspension. Elles permettent de se laisser caresser par le courant sans s'exposer au regard des passants. Il s'y ajoute une école de natation aux règles strictes : " Pour la décence, on ne pourra se dispenser de nager qu'en calçon ou pentalon, avec attention qu'il y ait un pont-levis. On en trouvera à  acheter ou à  louer dans la natation ", précise le prospectus de Turquin en 1786.


Les grandes villes de province adoptent aussi cette formule de " bains sur rivière ". En évitant la promiscuité des anciennes étuves et en respectant la pudeur des baigneurs, ces maisons d'un style nouveau témoignent du retour en grâce du bain, après la méfiance du XVIIe siècle. Elles marquent la transition entre la convivialité des étuves médiévales et l'intimité des salles de bain qui se multiplient au XIXe siècle.


Si les établissements de bains publics ne sont plus à  la mode, les cures thermales le sont restées, et la pudeur n'y a pas cours. A Bourbon-l'Archambault, on soigne la stérilité par des douches super vulvam qui poussent les femmes dans leurs derniers retranchements. Quant aux établissements de Vichy, que fréquente Mme de Sévigné, ils constituent selon elle " une assez bonne répétition du purgatoire ", quoi qu'on y ait adopté la tenue d'Eve. " On y est toute nue dans un petit lieu sous terre, o๠l'on trouve un tuyau de cette eau chaude, qu'une femme vous fait aller o๠vous voulez. Cet état o๠l'on conserve à  peine une feuille de figuier pour tout habillement, c'est une chose assez humiliante. J'avais voulu mes deux femmes de chambre pour voir encore quelqu'un de connaissance. Derrière le rideau se met quelqu'un qui vous soutient le courage pendant une demi-heure. " On voit combien les sensibilités ont changé depuis le plaisir festif des étuves médiévales. On fuit désormais le regard de l'autre.


Quant aux bains de mer, ils ne constituent pas encore un but de villégiature. En revanche, ils sont conseillés pour guérir la rage au XVIIe siècle, puis, après 1750, les troubles glandulaires. Cette " thalassothérapie " ne s'encombre guère de maillots. La marquise de Sévigné plaint le sort de Mme de Ludres, soumise à  ce traitement en 1671 : " Elle a été plongée dans la mer. La mer l'a vue toute nue, et sa fierté en est augmentée ; j'entends [la fierté] de la mer, car pour la belle, elle en était fort humiliée. "

Restent les bains de rivière, qui se prennent le plus souvent nus. Lambert d'Ardres, qui écrit à  la fin du XIIe siècle La Geste des comtes de Guînes , loue a contrario la pudeur de dame Pétronille, épouse d'Arnold le Jeune : lorsqu'elle se baigne dans l'étang du château, sous les yeux des soldats et servantes, elle conserve sa chemise. Un cas suffisamment rare pour étre cité en exemple ! Retenons-en que l'habitude est de se baigner nu et qu'aucun habit spécifique n'existe : la comtesse garde donc son vétement de dessous.


Refuser le regard de l'autre peut étre mal interprété, s'il faut en croire la boutade de Beroalde de Verville, à  la fin du XVIe siècle. Se moquant de ceux que la nature n'a guère favorisés, il les décrit cachant leur honte derrière leur chapeau, leur chemise ou leurs chausses : " Encore s'ils pouvoient prendre la Lune, ils la mettroient devant leur harnois ! " Si le costume de bain avait été répandu, nul doute qu'ils l'auraient adopté...


C'est pourtant à  la méme époque que la nudité commence à  choquer et à  étre réprimée sévèrement par les autorités communales. A Francfort, en 1541, on condamne à  quatre semaines de prison huit personnes surprises à  se baigner dans le Main " comme Dieu les avait faites, toutes nues et sans pudeur ". A Liège, en 1688, les palefreniers prennent prétexte des chevaux qu'ils mènent boire dans la Meuse pour se baigner sans vergogne ni maillot. En 1759, le prince évéque condamne au fouet tous ceux qui " seront trouvés nus dans les rues ou sur les rivages de notre cité ".


A Paris, la nudité féminine soulève d'abord plus de problèmes. Pierre de Lancre rapporte ainsi la surprise du roi Charles IX, lors d'une promenade aux Tuileries, " voyant une femme (quoique belle en perfection) toute nuà« passer la riviere à  la nage depuis le Louvre jusqu'au faux-bourg sainct Germain ". Il s'arréte avec sa cour pour la regarder et... se montre si choqué qu'on " ne luy en ouït jamais dire un seul mot de loà¼ange ". Hypocrisie ? Pierre de Lancre a beau s'offusquer, lui aussi, il n'en évoque pas moins avec une galanterie amusée le départ de la naïade, " emportant quant et soy les yeux et les coeurs de tout le monde ". Gageons, certainement, que le roi avait d'autres raisons que l'indignation pour s'arréter.


Quoi qu'il en soit, ce sont les femmes qui se voient interdire les bains de Seine au XVIIe siècle. Quant aux hommes, ils continuent à  faire rougir les précieuses, comme en témoigne une chanson du marquis de Coulanges : " Quel spectacle indécent se présente à  mes yeux ?/Des hommes vraiment nuds au bord de la rivière/Me font évanouir (ah ! de grâce, ma chère,/Evitons cet objet affreux). " C'est à  la fin du XVIIe siècle que la chasse aux nudistes est sérieusement entreprise dans la capitale.


Efficacement ? Voire ! Les mémes interdictions sont répétées en vain tout le long du siècle des Lumières et jusqu'en pleine Révolution. Si elles restent lettre morte, c'est parce qu'il est difficile de saisir des jeunes gens qui, sitôt repérés, se jettent dans le fleuve et se sauvent par l'autre rive. Bien des contrevenants, se plaint Sébastien Mercier, sont ainsi emportés par le courant pour échapper aux trois mois de prison prévus depuis 1742. La solution, curieusement, n'est pas le port du maillot, mais la création de " bains du peuple " recouverts d'une grande toile pour ne pas " blesser la décence publique ".


Ceux-ci sont, hélas ! si crasseux que les Parisiens préfèrent se baigner la nuit dans les lieux interdits. Ils passent alors de la plume de Mercier à  celle de Rétif de la Bretonne. Cet infatigable spectateur de la vie nocturne s'étonne de voir les enfants eux-mémes obligés à  ces bains glacés. " Hé, morbleu ! laissez, laissez ces pauvres Enfants se laver, s'approprier, non la nuit, qui souvent est trop fraîche ; mais au grand et beau soleil ! Dussent quelques petites Filles de Libraires les apercevoir de leur fenétre : dussent les petites Blanchisseuses les voir de quelque cinquante pas, et quelque Bourgeoise curieuse, les examiner en s'appuyant sur le parapet ! "


Ainsi l'époque classique, dans les grandes cours européennes, aura-t-elle tenté d'endiguer les nudités publiques, dans les hôtels de bains comme dans les baignades, mais souvent en vain. Pour y parvenir, la pudibonderie du XIXe siècle aura besoin de nouveaux lieux d'intimité, les salles de bain, et d'une législation plus sévère et nationale, le code Napoléon.

 


 


©Jean-Claude Bologne/Historia
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«En chacun de nous existe un autre être que nous ne connaissons pas. Il nous parle à travers le rêve et nous fait savoir qu'il nous voit bien différent de ce que nous croyons être.»

«Ce qu'on ne veut pas savoir de soi-même finit par arriver de l'extérieur comme un destin.»

«La clarté ne naît pas de ce qu'on imagine le clair, mais de ce qu'on prend conscience de l'obscur.»
[ Carl Gustav Jung ]