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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 13:47

luxure

Il vit qu'on s'apprêtait à lapider la femme adultère. D'un geste, il arrêta la foule et dit: «Que celui qui n'a jamais péché lui jette la première pierre!» Du sein de la multitude, un gros caillou surgit alors et atteignit dans l'oeil la pauvre femme. Exaspéré, il reconnut celle qui, facétieuse, venait d'exécuter son ordre et il dit, en soupirant «Maman!»¿ Elle en avait bien le droit, non?

Cette parabole relatée par Luc et Jean, et transformée par la plèbe en mauvaise blague, illustre le danger qui nous guette tous: celui de la luxure. Le catéchisme catholique la définit comme le péché capital qui consiste à rechercher des plaisirs sexuels en dehors de la loi de Dieu: sauf dans le but de procréer, point de relations sexuelles permises.

Que dire quand deux garçons s'envoient en l'air? Alors là, papa Dieu, il est pas content du tout. Idem pour deux filles ensemble, ou une femme ménopausée avec son mari légitime (tant qu'à faire). Haro sur la libido!

L'instinct primitif de la sexualité

Pourquoi la religion s'acharne-t-elle contre l'instinct primitif de la sexualité? Les bêtes et les plantes qui libèrent leur semence, qui recherchent leur partenaire sexuel et qui s'accouplent, ont-elles toutes la conscience d'obéir à l'ordre sacré de la perpétuation de leur espèce? La séduction, la sensualité, leplaisir sexuel, ne sont-ils pas des cadeaux dont il faut remercier la Providence au lieu de les repousser comme du poison?


Écoutons ce que le Vatican dit à propos de la chasteté:

«La personne chaste maintient l'intégrité des forces de vie et d'amour déposées en elle. Cette intégrité assure l'unité de la personne, elle s'oppose à tout comportement qui la blesserait. Elle ne tolère ni la double vie ni le double langage.»


Ou encore: «La chasteté comporte un apprentissage de la maîtrise de soi, qui est une pédagogie de la liberté humaine. L'alternative est claire: ou l'homme commande à ses passions et obtient la paix, ou il se laisse asservir par elles et devient malheureux.»


Pourquoi pas? Je ne trouve rien à dénoncer dans ces affirmations raisonnables. À écouter ces raisonnements, on peut penser que si l'animal humain, un des seuls à se reproduire en toute saison, ne se faisait pas la violence de dominer ses instincts, il serait toujours en train de sauter sur tout ce qui bouge. Personne ne le souhaite.

Quand l'hypocrisie trahit le bon sens

Mais, poussée par le dogme, cette petite prescription hygiéniste et pleine de bon sens va assez loin dans la tradition catholique. On a exalté la virginité supposée de Marie, la mère de Jésus, ce qui donne à penser que toutes les autres mères sont «souillées par le péché». De Concile en décret papal, les autorités catholiques ont fini par exiger le célibat des prêtres, ce qui est tout aussi déraisonnable, parce qu'irréaliste, que le viol à répétition de son prochain.


Conséquence prévisible, ce dogme a engendré bien des abus sexuels qu'on n'a pas fini de dénoncer et des dissimulations qui bouchent toutes les anfractuosités de l'édifice catholique. Tous les épisodes de jeunes gens abusés par des membres du clergé feront longtemps encore la honte du Vatican.

La révolution sexuelle

Après la Deuxième Guerre Mondiale, perçue par la génération qui lui a succédé comme l'échec des valeurs occidentales, les jeunes ont fait de la luxure un mode de vie, en réaction contre l'hypocrisie qui faisait du plaisir sexuel un péché. Deux percées scientifiques ont contribué à la révolution sexuelle qui s'est alors déclarée: les antibiotiques, qui avaient aisément raison de lasyphilis, et la pilule contraceptive, qui prévenait les grossesses indésirables. On pouvait désormais faire l'amour impunément!


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La révolution sexuelle a été concomitante d'une autre révolution, amorcée sans doute cent ans plus tôt: la révolution féministe. La pilule, ainsi que la légalisation de l'avortement, faisaient triompher cette révolution: la femme n'était plus seulement une matrice de la reproduction. Elle pouvait prendre son plaisir quand elle le voulait, et décider de se reproduire quand elle le voulait.


Pauvre Vatican. Il ne savait plus où donner de la tête. La morale chrétienne était assaillie de toutes parts. Les églises se vidaient et les prêtres perdaient partout leur influence. Malgré Jean XXIII, malgré l'entrée des langues vulgaires dans les églises, malgré les fameuses messes à gogo où les cantiques prenaient des rythmes yéyé, le mal était fait. Dieu est mort, tout le monde tout nu!

Homosexuels punis!

La politique et la religion se sont toujours soutenues mutuellement pour assurer leurs hégémonies respectives jusqu'à que ce le peuple, en Occident, réclame la séparation des pouvoirs.


Le rapport avec les fesses de mon prochain? L'homosexualité! Quand cette tendance a été décriminalisée, l'église avait perdu son dernier bastion, et un politicien canadien, Pierre Trudeau, a eu cette jolie phrase, la plus belle de sa longue carrière: «L¿État n'a rien à faire dans une chambre à coucher.»


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L'homosexualité n'était plus un crime, ni une maladie.

Quand, une dizaine d'années après ces amendements raisonnables, le sida est apparu avec son apparente prédilection pour les victimes homosexuelles, les bigots s'en sont donnés à coeur joie: la «peste gaie» ne faisait que punir les pécheurs.


Paradoxalement, le drame du sida qui aurait pu repousser les homosexuels dans la noirceur de l'ostracisme, a énormément contribué à les «banaliser» et à les faire accepter dans la société. On le doit au lobby intelligent des leaders de la communauté gaie qui se sont battus pour que l'État participe à la lutte contre le sida. Quelques pays, dont le Canada, confèrent même un statut légal au mariage entre homosexuels.

La femme comme objet sexuel

En revanche, la sexualisation à outrance du commerce destiné aux adolescents a pris infiniment de place dans le paysage audiovisuel. La culture hip-hop et les «rappers», entre autres, font reculer les progrès féministes: la femme, dans l'imagerie des ados, redevient un objet sexuel, façonné pour le seul plaisir du mâle. Les ados ont l'air de trouver ça normal, et beaucoup s'en inquiètent.

La révolution sexuelle, qui avait été freinée par l'explosion du sida, s'est rabattue, avec l'aide des technologies, dans le monde imaginaire. L'Internet cochon offre d'infinies sources de savoir et de découverte pour les jeunes qui se retrouvent seuls à la maison. Il est loin le temps où les pensionnaires des séminaires se masturbaient sur les pages du National Geographic, quand y apparaissaient les seins d'une habitante de la forêt vierge! Internet, avec ses pages pornographiques, est un peu plus explicite.

La société doit-elle réfréner la concupiscence?

La société d'aujourd'hui est pragmatique et les symboles ont la vie dure. On ne parle plus de péchés comme des offenses à Dieu, mais plutôt de pratiques déviantes dont on veut diminuer le coût pour la collectivité. Les campagnes de prévention du sida et des maladies transmises sexuellement (MTS) n'ont que ce but: diminuer les coûts de la santé. Quand on aura assez économisé sur les antibiotiques et les frais d'hospitalisation, peut-être pourra-t-on alors rénover quelques églises. Ou pourquoi pas: en bâtir de nouvelles?


La société doit donc réprimer la concupiscence, si celle-ci mène à une recrudescence de MTS.

En même temps, le cul fait vendre.S'il rapporte plus que ne coûtent les MTS, et si l'État est satisfait des revenus qu'il en tire, alors la luxure ne sera plus un péché.






©servicevie.com



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Published by Perceval Le Gallois - dans Religion
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2 juillet 2009 4 02 /07 /juillet /2009 15:36








Quiconque a lu la Bible s’est vite rendu compte que les dates rapportées tiennent bien davantage du surnaturel que du gros bon sens.


Curieusement, les spécialistes n’ont aucune explication logique à nous proposer. En fait, ils s’en remettent au mythe, ou à la nature sacrée des personnages pour expliquer ces longévités fantastiques.


Par ailleurs, les détails qui permettraient de situer dans l’histoire certains évènements causes problèmes. En effet, si l’on en croit les Écrits, l’Exode devrait se situer sous le règne de Ramsès II, car l’histoire nous enseigne que Ramsès est effectivement le pharaon qui a fait construire la ville de Pithom :

Ex 1:11 Et l`on établit sur lui des chefs de corvées, afin de l`accabler de travaux pénibles. C`est ainsi qu`il bâtit les villes de Pithom et de Ramsès, pour servir de magasins à Pharaon.

Or, un autre verset nous donne les informations suivantes :

 

1 Roi 6 :1 Et il arriva, en la quatre cent quatre-vingtième année après la sortie des fils d’Israël du pays d’Égypte, en la quatrième année du règne de Salomon sur Israël, au mois de Ziv, qui est le second mois, que Salomon bâtit la maison de l’Éternel.

Celles-ci sont contradictoires, car il est généralement admis que Salomon régnait vers 970 AEC. Si la construction du Temple de Salomon débute quatre ans après le début de son règne, l’Exode aurait dû avoir lieu 480 ans plus tôt, soit en 1446 AEC (=970-4+480). Cette période ne correspond pas au règne de Ramsès II (1279 à 1213 AEC).


Voilà pourquoi une majorité de spécialistes qui ont tenté de situer les Patriarches dans un contexte historique évitent de se référer aux données disponibles dans la Bible. C’est plutôt en se basant sur les nombreux artefacts retrouvés lors de fouilles archéologiques que les spécialistes ont établi le cadre général de cette époque au Bronze moyen.


Dans Quiproquo sur Dieu, je démontre pour la première fois que les dates de la Bible sont d’une exactitude remarquable, mais qu’elles ont souffert d’une erreur d’interprétation. On a trop longtemps négligé de prendre en considération le contexte culturel de l’époque pour en comprendre le sens.


S’il nous est tout naturel de comptabiliser le temps en années de 365 jours, il n’en a pas toujours été ainsi. En fait, qu’est-ce que le temps pour un observateur, sinon l’observation et la mesure des cycles qui se répètent?


Le cycle le plus court est celui du jour, mais son utilisation n’est pas très pratique, car il est difficile à mesurer. Dans la Liste royale sumérienne, certains rois d’avant le Déluge auraient vécu 28 800 ans. La substitution de la notion de cycles à celle des années confère bien plus de réalisme à la chronologie. C’est ainsi qu’en divisant 28 800 cycles par 365 jours, on obtient une durée de vie bien plus concevable de 79 ans.


Le cycle lunaire de 29,5 jours est le second cycle le plus visible et facile à mesurer. Pour des nomades se déplaçant de cité en cité, il devait être beaucoup plus simple de s’en tenir aux cycles lunaires dont la présence céleste est observable sans instrument complexe. C’est ainsi que les durées de vie d’Adam (930 ans) et de Noé (950 ans) ont probablement été comptabilisées en cycles lunaires plutôt qu’en années. En divisant 365 par 29,5, soit 12,4 cycles par année, on obtient les âges respectifs de 75 ans pour Adam et de 77 ans pour Noé. Voilà qui est nettement plus réaliste!


Malgré une apparence toujours un peu surnaturelle, les durées de vie des Patriarches n’ont pas du tout le même ordre de grandeur que celles de Noé et des générations antérieures. C’est ainsi que l’on apprend qu’Abraham vécut jusqu’à 175 ans et que Sarah a enfanté à 90 ans! Cette échelle aux dimensions plus humaine témoigne fort probablement d’un accès à des sources plus récentes et à des données plus fiables. Cette reconstruction laisse supposer que cycle lunaire n’était déjà plus utilisé.


Naïfs ou incapables d’expliquer une telle « mutation », les auteurs de la Genèse semblent quand même embarrassés puisqu’ils se sentent obligés de souligner et de justifier ce changement en déclarant que les hommes auraient maintenant une durée de vie plus « normale »:

Gn : 6:3 Et Yahvé dit: Mon Esprit ne contestera pas à toujours avec l’homme, puisque lui n’est que chair; mais ses jours seront cent vingt ans.

Il est bon de rappeler qu’en Mésopotamie, les calculs se sont longtemps effectués en base sexagésimale (base 60). Il est donc fort possible qu’une erreur d’interprétation – volontaire ou non – soit survenue lors d’une transcription.


En multipliant toutes les données du Pentateuque par 6/10, nombre correspondant au rapport entre les bases 60 et 100, on arrive à des résultats remarquables. Par exemple, une génération de 40 ans x 6/10 devient 24 ans. Abraham ne serait pas mort à l’âge extraordinaire de 175 ans, mais plutôt à 105 ans. Sarah n’aurait pas enfanté Isaac à 90 ans, mais à 54 ans (on sait qu’elle était déjà « vieille » mais que la ménopause peut survenir chez la femme jusqu’à 60 ans).


Si l’on reprend les données de 1 Roi 6 :1 et que l’on situe l’Exode, non pas à 480 ans, mais plutôt à 288 ans (=480×6/10) avant la construction du Temple de Salomon en 966, on tombe cette fois en 1254, soit précisément à l’intérieur du règne de Ramsès II.

Mais si cette théorie semble intéressante, est-il possible d’en faire la preuve?


En corrigeant toutes les dates du récit des Patriarches (pas seulement quelques-unes) afin de les comparer aux données historiques connues sur le règne du roi Hammourabi, je propose une nouvelle interprétation du récit, qui cette fois, colle à la réalité. La précision avec laquelle plus d’une douzaine de dates, qui s’étendent sur plusieurs générations, se vérifient, confirme qu’il ne peut s’agir du hasard.


Par ailleurs, la science de la dendrochronologie nous permet de connaître avec précision les périodes de sécheresses vécues au Bronze moyen. Celles-ci correspondent parfaitement aux deux famines que vécurent Abraham et Joseph, lorsque celles-ci sont interprétées correctement.


  © 2009 Bernard Lamborelle
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3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 17:06



A Lake City (Minnesota), un jour de septembre des années 1950, le Lake City Herald publiait un article sur la prophétie de Maria Keech : la ville ainsi que d’autres lieux des Etats-Unis seraient détruits par une lame de fond, mais les croyants seraient sauvés par des extraterrestres venus en soucoupe volante de la planète Clairon. La fin du monde était prévue pour le 21 décembre suivant. Cette attente millénariste eut la particularité d’être suivie par une équipe de sociopsychologues qui prétendaient, à partir d’une observation contemporaine de la guerre froide, expliquer les mécanismes universels de la prophétie depuis le christianisme jusqu’à nos jours.

 


L’attente fut vaine, et les disciples trouvèrent de bonnes raisons à l’échec de la prophétie. Les observateurs identifièrent les mêmes réactions que celles repérées dans les sectes millénaristes anciennes, pour lesquelles les informations étaient lacunaires.

 


Les millérites, disciples de William Miller, un fermier de Nouvelle Angleterre qui croyait à la réalisation littérale de la prophétie biblique, attendirent tout au long de l’année 1843, sans renoncer : « La fin de l’année de la fin du monde était passée. Le millérisme demeurait. Les tièdes décrochèrent, mais ils furent rares ; nombreux au contraire ceux qui maintinrent et leur foi et leur ferveur. Ils attribuaient volontiers leur déception à une quelconque erreur de computation. Malgré l’échec de la prophétie, les feux du fanatisme redoublèrent. Les flammes de ce genre d’émotion ne s’éteignent pas sur commande. (...) Loin de décroître sous l’aiguillon de l’échec, les démonstrations de loyauté se firent encore plus résolues dans l’attente de l’imminence du Jugement dernier (1). »


Auteurs de L’Echec d’une prophétie, Leon Festinger et ses collègues pensaient manifestement à l’épisode le plus important des origines de l’Eglise catholique, organisée à partir de l’attente contrariée de la parousie, le retour rapide du Christ sur terre pour le Jugement dernier.

 


Quand la prophétie échoue, les croyants n’abandonnent donc pas forcément leurs croyances invalidées : le renoncement à leur foi étant trop coûteux, ils réagissent au contraire par un surcroît d’engagement. Ils peuvent alors inventer toutes sortes de subterfuges concernant la date de l’événement — leurs estimations étaient erronées —, s’en persuader, et redoubler de piété en tentant plus que jamais de convaincre les autres. Selon Festinger, cette conduite paradoxale, pour ne pas dire irrationnelle, s’explique par la « dissonance cognitive », un inconfort moral et intellectuel si douloureux que la réalité doit céder devant la croyance.

 


Il existe cependant d’autres domaines de conviction, comme la politique, à laquelle le préfacier français de L’Echec d’une prophétie fait référence en annonçant que le livre éclaire « nos réactions aux prophéties laïques et politiques qui ont investi plusieurs générations depuis 1917 (2) ». La date de la révolution soviétique suggérait combien le penseur libéral Serge Moscovici avait à l’esprit les thèses de Raymond Aron sur les « religions séculières », formulées au même moment que les travaux sur la dissonance cognitive. Dans L’Opium des intellectuels, Aron s’en prenait au communisme, une idéologie politique qui, selon lui, sous les apparences de la science, constituait une croyance religieuse, tout imprégnée d’espérances de salut. Ses adeptes, soulignait-il, manifestaient un refus obstiné des vérités les plus accablantes, comme la nature dictatoriale du stalinisme ou la pauvreté de la société soviétique.

 


Le sociologue, normalien et éditorialiste au Figaro, faisait ainsi coup double : il réglait ses comptes avec ses anciens camarades, compagnons de route du Parti communiste, et, en pleine guerre froide, servait l’anticommunisme de sa famille politique. Mais pourquoi les communistes auraient-ils été les seuls à s’illusionner ? Quand Aron soutenait que « la société sans classes qui comportera progrès social sans révolution politique est comparable au royaume de mille ans, rêvé par les millénaristes (3) », comment ne pas voir que la définition religieuse du communisme s’appliquait aussi à d’autres idéologies ? Pourtant, l’accusateur excluait d’emblée cette possibilité : il évoquait les siens, les libéraux, comme ceux qui doutent et n’ont aucun dogme.

 


L’analyse des religions séculières aurait pourtant gagné en universalité si elle avait été appliquée à d’autres ; mais il aurait alors fallu critiquer son propre camp, à un moment où ses idéologues ne brillaient guère. Cette faiblesse procédait directement de la récente déconfiture infligée par la crise de 1929 et de la Grande Dépression des années 1930. Quelle fut la réaction des libéraux à cet échec du marché autorégulateur ? Ils eurent des attitudes de sectateurs déniant la réalité, illustrées par la fameuse déclaration du président américain Herbert Hoover, qui assurait contre l’évidence, au cœur même de la dépression, que « la prospérité [était] au coin de la rue ».


Il y eut aussi des croyants, comme Claude Gignoux, directeur de La Journée industrielle, en 1936, pour soutenir que ce n’était pas la faute des marchés, mais celle de l’Etat trop interventionniste : « Ce qu’on appelle chaos capitaliste n’est que le mauvais rendement d’un organisme faussé depuis vingt ans par des interventions étatistes incohérentes (4). »



Face au démenti cinglant apporté par la réalité, l’obstination libérale millénariste nourrit donc un regain de prosélytisme, les croyants s’en prenant au New Deal et à toutes les politiques sociales. La seconde guerre mondiale, pourtant issue de la crise, leur donna des raisons supplémentaires de dénoncer l’intervention étatique en assimilant opportunément nazisme et communisme. La guerre n’était pas encore finie que Friedrich Hayek ignorait déjà le premier pour se consacrer à la critique de l’Etat-providence, dans lequel il voyait rien de moins — autre erreur — que le spectre du communisme. En 1946, il créait la Société du Mont-Pèlerin pour unir les efforts des vaincus. Mais qui connaissait ce club confidentiel rassemblant les rares économistes réfractaires au keynésianisme dominant ?

 


Il fallut plusieurs décennies pour faire triompher à nouveau la foi libérale, notamment grâce au prix d’économie, faux Nobel et vrai prix, fondé en 1968 par la Banque de Suède et octroyé en l’honneur d’Alfred Nobel : il permit de couronner dès 1974, à la suite d’Hayek, les économistes libéraux. « Nous avons gagné (5)  », triomphaient alors benoîtement les héritiers, auxquels l’expérience n’avait pas appris la modestie.

 


Avant leur récent et finalement bref triomphe, il était difficile de voir combien les chantres du libéralisme nourrissaient une croyance fanatique, qui n’avait rien à envier aux lendemains qui chantent des marxistes. Le providentialisme du marché est sans doute un pâle substitut du paradis sur terre, et plus encore du paradis céleste ; mais il suffit à nourrir les démissions de la raison et les délires prophétiques. Il n’est pas sans expliquer cette curieuse alliance conservatrice entre fondamentalistes chrétiens et évangélistes du marché qui a dominé la politique américaine jusqu’à la fin de la présidence de M. George W. Bush (6), et qui a servi de modèle, en France, à l’alliance des catholiques traditionalistes et des libéraux autour de M. Nicolas Sarkozy. Comment comprendre que les adeptes du profit aient fait si bon ménage avec les adeptes de la rédemption, sinon par une affinité de croyants qui avaient, en outre, le bon goût de ne pas empiéter sur leurs royaumes respectifs ?

 

©Alain Garrigou & Le Monde Diplomatique.

 

(1) Leon Festinger, Hank Riecken et Stanley Schachter, L’Echec d’une prophétie, Presses universitaires de France, Paris, 1993 (première édition en 1956), p. 16.

(2) Leon Festinger..., op. cit., p. 10.

(3) Raymond Aron, L’Opium des intellectuels, Hachette, coll. « Pluriel », Paris, 2002 (1955), p. 276.

(4) Cité par Richard F. Kuisel, Le Capitalisme et l’Etat en France. Modernisation et dirigisme au XXe siècle, Gallimard, Paris, 1984, p. 174.

(5) Jean-Claude Casanova, Le Point, Paris, 26 juin 1989.

(6) Cf. Thomas Frank, Pourquoi les pauvres votent à droite. Comment les conservateurs ont gagné le cœur des Etats-Unis, Agone, coll. « Contre-Feux », Marseille, 2008.

 

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21 décembre 2008 7 21 /12 /décembre /2008 14:19






E
ntretien avec Olivier Roy, directeur de recherche au CNRS, spécialiste de l'islam et du fait religieux, "L'Islam mondialisé". Internet et les télévisions satellitaires ont peu à peu distendu les liens traditionnels  entre les religions et leurs territoires d'origine. Le catholicisme et l'orthodoxie en souffrent. Le protestantisme et le salafisme en profitent. Quant au retour du religieux, il est à relativiser.

En dépit de leur ancrage traditionnel dans des cultures et des territoires, les religions semblent ne pas échapper aux effets de la mondialisation. Dans votre dernier ouvrage, La Sainte Ignorance, le temps de la religion sans culture (Seuil, 276 p., 19 euros), vous expliquez que la globalisation s'est emparée du religieux, provoquant ou accompagnant des mutations inédites dans ce domaine. De quelles transformations s'agit-il ?


La mondialisation a créé un marché du religieux. Aujourd'hui, les produits religieux circulent et les religions ne s'arrêtent plus aux frontières. Résultat : alors que traditionnellement les religions se sont connectées aux cultures, voire ont créé du culturel, elles se détachent de leurs territoires et de leur culture d'origine.

On pourrait penser que ce phénomène est lié aux déplacements de population, mais seuls 3 % de la population mondiale bougent. Cette mobilité des marqueurs religieux n'est donc pas une conséquence de l'immigration. Elle se produit aussi sur place, grâce à des contacts directs par Internet. De manière inédite, on a donc des conversions massives et individuelles dans toutes les religions ; une nouveauté par rapport aux conversions collectives traditionnelles, qu'elles aient été libres ou contraintes.


Mais, pour qu'un produit soit accessible partout et au plus grand nombre, il faut qu'il soit standardisé. S'il est trop identifié à une culture donnée, il ne se vendra pas en dehors de cette culture. D'où le phénomène de déculturation. La connexion entre marqueur culturel et marqueur religieux devient flottante, instable. Le lien traditionnel entre une religion et une culture s'efface : un Algérien n'est plus forcément musulman, un Russe orthodoxe, un Polonais catholique. Un musulman du Maghreb peut avoir accès à une prédication évangélique protestante sans contact physique avec un pasteur au coin de sa rue. Une étude réalisée au Maroc a d'ailleurs montré que 30 % des gens qui se sont convertis au protestantisme l'ont fait grâce aux prédications d'une chaîne de télévision évangélique diffusant en arabe. Autre exemple : le marqueur islamique "hallal" (licite) se pose aujourd'hui sur des marqueurs culturels qui ne sont pas connectés à sa culture d'origine ; d'où l'apparition des hamburgers ou des sushis hallal.


Dans ce contexte, certaines religions s'en tirent-elles mieux que d'autres ?


Les religions très territorialisées n'arrivent pas à se globaliser, à s'exporter ; c'est le cas de l'orthodoxie russe, par exemple, qui est connectée à une culture, à une nation. Dans une certaine mesure, c'est aussi le cas de l'Eglise catholique, qui a eu le souci de se territorialiser (culte de saints locaux) et de s'inscrire au coeur des cultures concrètes. Les chrétiens d'Orient sont en crise car leurs Eglises reposent sur un communautarisme de type ethnique, alors qu'on a, sur ces mêmes terres musulmanes, le développement d'un protestantisme évangélique et donc l'apparition de nouveaux chrétiens d'Orient.


Dans le christianisme, ce sont toutes les formes d'évangélisme qui s'adaptent le mieux à cette nouvelle réalité ; le pentecôtisme en étant le produit le plus pur. Dans l'islam, c'est le cas du salafisme. Les protestants et les salafistes sont très à l'aise dans la déterritorialisation car le lieu de culte n'y a pas d'importance. Pour les protestants, ce qui prime, c'est "l'esprit saint" qui, par définition, souffle où il veut.

De son côté, l'Eglise catholique, qui prend la crise de plein fouet, tente de la contrer : le pape parle de plus en plus de culture et de moins en moins d'avortement. Il rappelle régulièrement que le christianisme s'est formaté dans l'hellénisme, que les racines de l'Europe sont chrétiennes... Mais il est confronté à une contradiction : comment dire à la fois que la culture européenne a perdu Dieu et qu'elle est chrétienne ? Et comment défendre au niveau universel un catholicisme associé à la culture occidentale, à l'heure où le catholicisme bascule au Sud ?


Par ailleurs, faute de territoire, la notion de communauté de foi prend une grande importance : aujourd'hui, on est dans la communauté ou on est en dehors. Il y a de moins en moins de valeurs communes entre croyants et incroyants, comme le montrent les débats sur la bioéthique. Tout l'espace de l'entre-deux disparaît : le religieux doit être explicite et l'adhésion complète. D'où le développement dans les fondamentalismes contemporains des procédures "d'excommunication".


Est-ce un "retour du religieux" ?


Je ne pense pas qu'il s'agisse d'un retour ; les religions qui marchent sont des formes récentes. Dans l'islam, le salafisme vient du wahhabisme de la fin du XVIIIe siècle, dans les christianismes, l'évangélisme vient des mouvements de réveil du XVIIIe, et dans le judaïsme, hassidisme et harédisme sont issus du mouvement de revivalisme du XVIIIe. Les fondamentalismes prétendent souvent revenir aux premiers temps de la révélation, mais en fait leurs origines sont récentes ! A mon sens, on assiste à une mutation. Il s'agit davantage d'une reformulation du religieux qu'à un retour à des pratiques ancestrales délaissées pendant la parenthèse de la sécularisation.


Retour voudrait aussi dire que des gens qui ont cessé d'être croyants redeviennent croyants. C'est vrai pour les born again ; mais d'une manière générale, y a-t-il une augmentation de la pratique ? Ce n'est pas sûr. On a sans aucun doute une visibilité, voire une plus grande exhibition, du religieux. Mais on constate aussi que plus les jeunes catholiques vont aux Journées mondiales de la jeunesse, moins ils s'inscrivent dans les séminaires. Là, on est face au déclin du religieux institutionnel. Je ne vois pas dans l'exhibition des signes religieux une force montante. Vouloir se montrer est plutôt une conséquence de l'intériorisation du fait minoritaire. Une nouvelle perception qui explique aussi en partie la multiplication des procès pour "blasphème" ou diffamation.



Déculturation, déterritorialisation : ces nouvelles réalités s'accommodent-elles du clash des civilisations ?


Elles discréditent la théorie du choc des civilisations, que l'on appelle aussi choc des cultures ou choc des religions, ce qui suppose d'ailleurs une égalité entre les trois notions. Cette théorie part de l'idée que toute culture est fondée sur une religion et que toute religion est incarnée dans une culture. Or le contexte actuel va à l'encontre de ceux qui pensent que l'on ne peut pas dissocier culture occidentale et christianisme, et que donc les autres religions ne rentrent pas dans le moule. La mondialisation est bien le moule commun.


Pour les partisans de cette théorie, le fondamentalisme serait une réaction identitaire culturelle ; le salafisme serait l'expression d'un islam dépassé par l'occidentalisation. Pour moi, c'est le contraire : les fondamentalismes sont la conséquence d'une crise de la culture et non pas l'expression d'une culture.


Justement, quels rapports les fondamentalistes, qui dans toutes les religions ont le vent en poupe, entretiennent-ils avec la culture ?


Les fondamentalismes sont ceux qui se sont débarrassés de la culture. Ils définissent le religieux comme en opposition à la culture et rejettent tout ce qui s'est passé entre les "fondements", les origines, et maintenant, c'est-à-dire la culture. Par exemple, les salafistes veulent s'en tenir aux hadiths (les "récits" du Prophète) et, à leurs yeux, la culture est au mieux inutile, au pire, elle éloigne de la religion. Une oeuvre d'art détourne de Dieu. Ignorer une culture perçue comme païenne est donc un moyen de sauver la pureté de sa foi. C'est la sainte ignorance.


C'est d'autant plus vrai que les croyants se vivent désormais comme des minoritaires environnés par une culture profane, athée, pornographique, matérialiste, qui a choisi de faux dieux : l'argent, le sexe ou l'homme lui-même. Porté à son extrême, ce refus de la culture profane se transforme en une méfiance envers le savoir religieux lui-même, et les nouveaux croyants privilégient souvent le témoignage, l'extase, l'émotion... Ainsi, d'une certaine manière, les saints ignorants contribuent à l'épuisement du religieux.


Plus largement, la déconnexion entre culturel et religieux, qui intervient dans un contexte de sécularisation, fait apparaître le religieux comme du pur religieux. C'est-à-dire que le religieux lui-même voit la culture comme profane ou païenne, notamment depuis les années 1960. Jusque-là, même s'ils ne les justifiaient pas de la même manière, croyants et non-croyants partageaient les mêmes valeurs. Désormais, la société profane va se mettre à produire des valeurs perçues comme contraires aux religions : la libération sexuelle, le refus de la différence des sexes... Le religieux va être amené à se définir comme du pur religieux : cela l'amène à dire par exemple que l'avortement ou le mariage homosexuel "c'est mal, parce que c'est contre la loi de Dieu". Le pur religieux, c'est quand la norme religieuse est découplée de la morale sociale.


Régulièrement, le pape déplore que la morale profane ne soit plus habitée par l'esprit de Dieu ou la morale religieuse ; c'est pour cela qu'il définit la culture contemporaine comme une culture de mort.


Parallèlement, et cela est tout à fait nouveau, la culture profane occidentale n'a plus de savoir religieux. Les gens qui ne vont pas à l'église ne connaissent rien du religieux, alors que les anticléricaux du début du XXe siècle ne connaissaient que trop la culture catholique !


L'enjeu est de taille car, faute de comprendre les croyants, l'ignorance profane a tendance à voir dans le religieux une folie ; elle l'envisage comme un phénomène à réduire et, ce faisant, elle contribue à réduire l'espace de la démocratie.



http://www.lemonde.fr/organisations-internationales/article/2008/12/20/les-religions-a-l-epreuve-de-la-mondialisation_1133474_3220.html

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Published by Perceval - dans Religion
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«En chacun de nous existe un autre être que nous ne connaissons pas. Il nous parle à travers le rêve et nous fait savoir qu'il nous voit bien différent de ce que nous croyons être.»

«Ce qu'on ne veut pas savoir de soi-même finit par arriver de l'extérieur comme un destin.»

«La clarté ne naît pas de ce qu'on imagine le clair, mais de ce qu'on prend conscience de l'obscur.»
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